Bonjour à toutes !

Tout d'abords, je tiens à m'excuser du retard ! Comme certaines le savent, j'ai eu un emploi du temps extrêmement chargé ces derniers temps, d'ailleurs c'est toujours le cas ! Mais passons …

Merci toutes pour vos messages, ici ou sur facebook ! Normalement j'ai répondu à tout le monde !

Bref, j'arrête mon bavardage et je vous laisse découvrir le début de vacances d'Edward et Bella !

Bonne lecture !


Chapitre 14 : Deal

J'avançai le long du chemin bordant la plage, les mains dans les poches, la gauche serrant mon portable qui vibrait pour la douzième fois de la matinée, Cullen à mes côtés, traînant sa valise derrière lui. L'hôtel n'était qu'à quelques minutes à pieds du bord de mer, j'avais eu une chance inouïe d'y obtenir une chambre. Nous étions loin de la suite que nous avions réservée initialement, mais l'établissement était charmant, tout confort et même plutôt luxueux. Quand à notre chambre, elle serait amplement suffisante pour deux. Et puis si Tanya parvenait finalement à nous rejoindre, ce dont je doutais fortement, elle n'aurait qu'à récupérer les papiers auprès de Demetri si tenté qu'il accepte de les lui donner … Qui pensais-je berner ? Évidemment qu'il accepterait et avec un grand sourire en prime ! J'étais toujours en colère contre lui, même si l'angoisse prenait largement le dessus. Je devais me faire violence pour ne pas répondre à ce satané téléphone qui ne cessait de vibrer.

« Plutôt sympa pour un système D ! »

« N'est-ce pas ? », acquiesçai-je alors que nous étions arrivés à destination. « Et encore, tu n'as pas vu l'intérieur ! »

Je fis signe à Cullen de me suivre et nous passâmes les portes de l'hôtel. Les dorures, le marbre, les lustres de cristal, le luxe, tout était à mille lieues de mon univers. Ce n'était pas désagréable cependant, et de toute façon je ne comptais pas passer mes vacances enfermée dans cet hôtel.

Je m'empressai de récupérer la carte magnétique permettant d'accéder à notre chambre auprès du réceptionniste et, nous dirigeant vers les ascenseurs, je désignai une salle au loin.

« Par là il y a la salle de restaurant mais tu te doutes bien que notre budget s'avère bien plus restreint qu'il ne l'était à l'origine, »,me sentis-je obligée de préciser, grinçant des dents à l'évocation du coup bas de Demetri. « donc, je n'ai pas pris les petits-déjeuners. Je me suis dit qu'on les prendrait à l'extérieur. Il y a aussi un bar avec un piano, on ne sait jamais, on pourrait avoir envie de noyer notre désespoir dans l'alcool en écoutant du Chopin ! »

« Dix jours avec toi, il va m'en falloir des verres pour accuser le coup ! » me nargua-t-il en pénétrant dans l'ascenseur.

« A ta place je ne jouerais pas trop avec le feu Cullen ! Je pourrais être tentée de te laisser dormir sur le fauteuil ! » contrai-je en grimaçant, taquine.

Nous arrivâmes à notre étage et je passai la carte devant le capteur avant d'ouvrir la porte.

« Et voilà notre humble demeure ! Ce n'est pas une suite mais … »

« C'est parfait ! », me coupa-t-il, l'air ravi. « On n'a pas besoin de plus de toute façon. »

Je ne pus m'empêcher de sourire. La chambre était certes belle et lumineuse, mais elle était très simple comparée à l'hôtel. Un grand lit, un bureau et sa chaise, un coin salon se résumant à une petite table et deux fauteuils, une salle d'eau avec une grande douche, le juste nécessaire, le confort en plus. Edward lâcha sa valise, défit ses chaussures et se laissa tomber en plein milieu du lit.

« Regarde-moi ça comme on est bien ! »

Une fois de plus je me mis à rire devant sa simplicité. J'étais ravie de voir que nous nous entendions sur ce point. Nous n'avions besoin d'aucun superflu, l'endroit était magique de toute façon. Je le bousculai légèrement, m'amusant toujours.

« T'affale pas trop quand même ! N'envahis pas mon côté du lit ! »

« Je suis grand, j'ai besoin de plus de place ! »

« Je te préviens, je n'hésiterai pas à te pousser en pleine nuit ! »

« Et moi à te pincer si tu ronfles ! »

« Eh ! Je ne ronfle pas ! », fis-je mine de m'offusquer tout en lui assénant un petit coup de pied dans ses jambes pendantes.

Edward était toujours hilare et ne semblait pas vouloir quitter son cocon moelleux. Pour ma part, je préférai détourner le regard et me dirigeai vers la salle de bain pour récupérer ma serviette de plage. Le voir ainsi, allongé au milieu du lit dans lequel j'avais rêvé de lui la nuit dernière, détendu, les bras derrière sa nuque, était assez déroutant.

Je tentai de me sermonner cependant, après tout, je n'avais pas à avoir peur de ce que j'avais déjà ressenti. Les rêves n'étaient rien, ils ne reflétaient absolument rien, il me suffisait de les ignorer et d'ignorer également le fait d'avoir, un jour, été perturbée. Il n'y avait rien à ressentir, nous n'étions qu'amis, rien de plus, et il était absolument hors de question que je pense à autre chose. L'idée même de fantasmer sur lui alors qu'il était avec Tanya était totalement ridicule. J'étais une adulte, pas une ado guidée par ses hormones, j'étais parfaitement capable de me contrôler. D'ailleurs contrôler quoi ? Il n'y avait rien à contrôler. Tout était normal et sans ambiguïté. Et puis aussi loin que je m'en souvienne, Edward n'avait jamais laissé sous-entendre qu'il souhaitait autre chose qu'une amitié simple. D'ailleurs il ne voulait cette amitié que dans l'intérêt de Tanya, alors à quoi bon se torturer les méninges avec des questions et des angoisses qui n'avaient même pas lieu d'être ? Nous allions passer quelques jours ensembles, des instants agréables et sans aucune ambivalence, comme lors de notre balade à moto, comme les deux amis que nous étions devenus.

Je soufflai doucement, remettant mes idées en place avant de sortir de la salle de bain pour trouver Cullen, toujours dans la même position.

« Bon, avant que tu ne t'endormes pour de bon, on pourrait aller manger un sandwich sur la plage et réfléchir aux activités que l'on pourrait s'organiser. Enfin … si ça te tente bien sûr. »

« Je suis partant ! », répondit-il en se levant d'un bond. « Je ne sais pas ce que t'en penses mais je tenterais bien la plongée ! »

Une fois de plus, je me mis à rire devant son air enjoué. Il semblait tellement enthousiaste à toutes les possibilités qui s'offraient à nous. Je l'observai et je me sentis soudain ridicule d'avoir osé m'inquiéter face à ces dix jours en tête à tête. Tout se passerait bien, je n'avais pas à me prendre la tête avec Edward. J'avais juste à me détendre, à profiter de chaque minute passée ici, à oublier mes craintes et ma retenue habituelle. Nous allions passer de bons moments, j'en étais persuadée. Nous allions nous rapprocher, c'était indéniable, nous allions retrouver notre complicité, la renforcer même. Je n'avais rien à craindre, je n'avais pas à faire semblant avec Edward, je n'avais pas à feindre d'être une autre. Je pouvais partager des instants, le rejoindre dans sa bonne humeur, lâcher du leste et m'ouvrir d'avantage à lui, quitte à m'éloigner quelques heures si je venais à me sentir un peu trop vulnérable. Il ne m'en tiendrait jamais rigueur, j'en étais absolument certaine.

Je regardai Cullen me sourire et je ne pus m'empêcher d'en faire autant. Mon portable se mit à vibrer une fois de plus et, tandis qu'Edward sortait son drap de bain de sa valise, je fixai l'écran de l'appareil sans presser aucun bouton. Le prénom de Demetri, encore. Je savais que j'aurais du décrocher, l'ignorer de la sorte ne ferait que l'énerver davantage, mais je n'avais pas envie de lui parler. J'avais toujours du mal à digérer notre dernière dispute et, pour une fois, je comptais bien ne pas le laisser retourner la situation à son avantage. Sauf à me faire culpabiliser, nos discussions ne menaient de toute façon à rien. Anxieuse mais pourtant fière de mon geste, je redirigeai l'appel vers mon répondeur et éteignis mon téléphone avant de le ranger dans ma valise. S'il y avait urgence, Tanya pourrait toujours me contacter grâce à Edward.

« Grouille-toi Swan ! Les Bahamas n'attendent que nous ! »

Je me retournai vers mon colocataire des dix prochains jours, délaissant mes pensées négatives pour lui sourire, comme à chaque fois. Il avait pris le temps de se changer, avait troqué sa chemise et son jean pour un pantacourt en lin beige et un marcel blanc, bien plus décontractés. Des tongs aux pieds et sa serviette jetée sur l'épaule, il m'attendait près de la porte, impatient. Sa tenue laissait entrevoir sa musculature fine, ses cheveux étaient en bataille et il se tenait appuyé contre le chambranle de la porte la nonchalance lui allait bien. Tanya avait raison, en toute objectivité, Edward était plutôt bel homme.

« Ouai, et le nombre de transats sur la plage est limité ! Aller on y va, je t'invite ! »

Nous reprîmes donc le chemin qui menait au bord de mer, marchant tranquillement, côte à côte, profitant du soleil de ce début d'après-midi. J'avais déjà repéré l'endroit où nous allions nous restaurer. Un petit bar situé juste sur la plage faisait office de snack et proposait des sandwichs frais. C'était parfait pour un premier repas ici. Le sable blanc, l'eau turquoise, le bruit des vagues, les palmiers, que demander de plus ? Edward aimait la simplicité autant que moi, il allait adorer cet endroit.

Je passai commande auprès du serveur du bar, ce trentenaire agréable et tout sourire qui m'avait conseillé l'hôtel où j'avais finalement trouvé une chambre après des heures de recherches. Je le remerciai une fois de plus, payai notre repas et allai rejoindre Edward, déjà installé sur les chaises longues à l'ombre d'un parasol de paille.

Je lui tendis son sandwich et sa boisson, m'installai à mon tour en soupirant d'aise.

« J'allais dire la même chose ! », plaisanta-t-il, « ça ne fait qu'une heure et c'est déjà le pied total ! »

« Ouai ! Ça, c'est des vacances ! Le calme, le soleil, la mer, la chaleur, pas de stress, pas de boulot, pas de gens aigris, le bonheur quoi ! »

« D'ailleurs, pour quelqu'un qui est en vacances depuis déjà deux semaines, t'es pas très bronzée ! », me taquina-t-il.

« Je ne suis pas partie au soleil, ça doit être pour ça ! », rétorquai-je en lui tirant la langue. « Chez moi c'est plutôt du genre gris, pluvieux et très … vert ! »

« Vert ? »

« Ouai, j'étais entourée de sapins ! », ris-je. Je caricaturais, évidemment, même si ce n'était pas totalement faux.

« Et tu as eu de la pluie ? Fin août ? »

« Non, j'exagère. Dans l'ensemble, j'ai eu du beau temps. Il n'a plu que trois fois, et toujours la nuit ! »

« Et, pendant deux semaines, tu y as fait quoi dans ton trou paumé entouré de sapins ? », reprit-il, amusé.

« Retour aux sources, rien que ça, ça fait du bien. », avouai-je, sérieuse cette fois.

« Je te comprends … Pas évident d'être aussi éloigné de sa famille hein ? »

Nous n'avions jamais vraiment parlé de son entourage, à vrai dire, nous connaissions peu de choses l'un sur l'autre. Nos échanges, quoi qu'agréables, ne s'étaient limités qu'à quelques futilités jusqu'alors. Je savais qu'il n'était pas originaire de New York et qu'il s'y était installé pour tenter de démarrer une carrière. Une belle connerie selon moi.

Je ne répondis pas, me contentai de le regarder. Il crevait d'envie d'en parler, alors j'attendis patiemment, l'encourageant silencieusement à se confier.

« Ça fait des mois que je ne les ai pas vu. On se téléphone souvent mais ce n'est pas pareil. »

« Ils sont loin ? », m'enquis-je, désireuse d'en savoir un peu plus.

« Plutôt oui, ils habitent à Seattle. »

« Sérieusement ? C'est marrant, je viens de l'état de Washington moi aussi ! »

« Je sais », sourit-il, « Tu me l'as dit lors de notre balade en moto. Tu as la mémoire courte Swan ! »

« C'est vrai, mais tu ne m'avais pas dit que tu venais de là-bas ! », rétorquai-je.

« Tu ne me l'as pas demandé ! », contra-t-il avec un petit sourire satisfait, « Et je n'ai pas jugé nécessaire de le préciser, ça n'avait pas grand intérêt. »

« Effectivement, ça n'aurait pas suffit à m'amadouer ! », plaisantai-je en me remémorant notre animosité de l'époque.

Il ria, de bon cœur, et j'étais persuadée qu'il repensait à ces moments lui aussi, à nos disputes, à nos querelles puériles. Nous continuions de manger, dans un silence apaisant, les yeux rivés vers le large. J'étais détendue, je me sentais terriblement bien ici, jusqu'à ce que Cullen ouvre à nouveau la bouche.

« Pourquoi as-tu dis à Demetri que ta mère était morte ? »

Il avait jeté sa question comme ça, de but en blanc, sans même prendre soin de préparer le terrain. Je reportai mon attention vers lui, perturbée par ce changement de climat.

« Comment tu sais ça ? », grognai-je, agressive.

« On s'est vu plusieurs fois ces deux dernières semaines. », m'informa-t-il, inconscient du malaise qu'il venait de faire naître en moi, « Il avait l'air surpris d'apprendre que tu rendais visite à ta famille. »

Il me fixa, attendant probablement des explications que je refusais de lui donner. Je n'appréciais pas d'être mise sur le fait accompli, je détestais l'idée que Demetri puisse tenter d'obtenir des informations à mon sujet en interrogeant Tanya et je ne supportais pas qu'Edward me lance sur un sujet aussi sensible.

« Pourquoi tu lui as menti ?" » repris-t-il, voyant que je n'avais aucunement l'intention d'engager ce genre de conversation.

« Je ne lui ai pas menti ! », corrigeai-je, de plus en plus énervée.

« Mais tu es allée passer deux semaines chez ta mère ? »

« C'est plus compliqué que ça ! »

Je commençais à bouillir, pourquoi fallait-il qu'il insiste aussi bêtement ? Ne voyait-il pas que cette conversation ne nous mènerait nulle part ? Qu'au contraire, ses questions me mettaient hors de moi ?

« Ouai ... C'est ce que Tanya a répondu aussi. », soupira-t-il en s'affalant sur son transat, stoïque.

« Parce que tu poses des questions à Tanya ? », m'offusquai-je, ne comprenant même pas l'intérêt de tout ça.

« Moi non ! Mais Demetri l'avait mauvaise ! Ce que je peux comprendre ! Tu lui dis que ta mère est morte et finalement il apprend que tu pars la voir pendant quinze jours. Il s'est fait des idées, c'est logique ! »

Son ton détaché, ses haussements d'épaules, ses sarcasmes, c'en était de trop. Je me levai, ne supportant plus de rester assise à côté de lui à subir son inquisition.

« Je n'ai aucun compte à te rendre Cullen ! Lâche-moi ! »

Je ne ramassai même pas ma serviette de plage. Il fallait que je parte, que je quitte cet endroit, que je m'éloigne le plus possible d'Edward et de ses questions déplacées.

Pourquoi fallait-il qu'il m'interroge de cette façon ? Quel intérêt en retirait-il ? Rien de tout ça ne le regardait et je n'avais pas à lui répondre. Que je mente ou non à mon petit-ami ne regardait que moi.

J'avais espéré passer des vacances tranquilles, m'étais même étrangement réjoui de ne les passer qu'avec Cullen. J'avais espéré retrouver notre complicité, cette ambiance bon enfant, vivre sans avoir de compte à rendre. Me détendre, simplement être moi. Je ne m'étais pas attendue à être jugée de la sorte, surtout pas par Edward. J'avais cru pouvoir ignorer ma vie, oublier New York, oublier Forks, pour juste profiter, me détacher de tout, juste être bien. Mais j'avais eu tort de penser qu'Edward me permettrait cette liberté.

J'avançais d'un pas rapide, toujours tout droit, peu m'importait où ça me mènerait, tout ce que je voulais, c'était fuir Cullen et son inquisition. C'était ridicule, déplacé, contrariant et extrêmement désagréable. Je n'avais pas menti à Demetri, il était au courant de mon histoire, tout du moins des grandes lignes, alors pourquoi était-il allé questionner Tanya ? Je ne comprenais pas son obsession autour de Forks, son insistance pour rencontrer Renée, sa colère et sa jalousie lorsque je me rendais chez elle. Être accusée, soupçonnée, que mes paroles soient sans cesse mises en doute alors que j'avais toujours été honnête envers lui me mettait hors de moi. Et alors que, pour une fois, je considérais avoir gagné une bataille, alors que j'avais tenu bon, que j'avais refusé de laisser ma mère pour revenir vers lui, il revenait me hanter à travers les mots d'Edward.

« Isabella, attends ! »

« Vas te faire foutre ! », hurlai-je à son encontre sans même me retourner. J'étais en colère, contre lui, contre moi et encore plus contre Demetri.

« Tout ce que je veux c'est que tu arrêtes de faire semblant ! », continua-t-il en arrivant à mon niveau, essoufflé par sa course pour me rattraper. « J'en ai rien à foutre de ce que tu peux raconter à Demetri ! Ce que je veux c'est que tu arrêtes d'être sur la réserve en permanence, que tu sois toi ! Puisqu'on va passer ces dix jours ensemble, autant se lâcher non ? »

« On peut très bien les passer séparément aussi ! », crachai-je en m'arrêtant pour le toiser, les bras croisés.

« C'est ce que tu veux ? », dit-il en levant un sourcil, ne croyant pas une seconde en une réponse négative.

Je le fixais toujours, muette mais feignant de considérer l'idée. Simulant très mal apparemment.

« Bien ! Moi non plus ! Donc ? Tu arrêtes tes petits mystères et tu te décides à être toi ? »

« A une seule condition ! », négociai-je, jubilant d'avance.

« Laquelle ? »

« Que tu fasses la même chose. »

« Je ne comprends pas où tu veux en venir. »

« Je veux que tu sois toi-même également, pas ce que tu penses que je veux que tu sois. »

« Effectivement, dit comme ça c'est tout de suite plus clair ! », charria-t-il, « T'es obligée de faire des phrases aussi compliquées ? »

« Ça me paraît pourtant évident. Tu ne fais pas ce que tu aimes, tu n'es pas ce que tu es. Tu t'adaptes pour faire plaisir aux autres. »

Cette fois ce fut à son tour de me regarder, dubitatif. Il ne répondit pas, restait silencieux, attendait que je précise mon analyse.

« Toi et moi, on n'est pas si différents en fait. Enfin si mais, on a cette même tendance merdique à vouloir se protéger. Moi en n'incluant pas tout à fait Demetri dans certaines parties de ma vie ou en cachant certaines choses, toi en essayant de satisfaire le plus grand nombre. »

« Je n'essaye pas de satisfaire le plus grand nombre ! », tenta-t-il pour se défendre mais je ne lui laissai pas le temps d'argumenter.

« Bien sûr que si ! Tu agis différemment lorsque tu veux plaire ! »

« Absolument pas ! », bouda-t-il, appréciant peu d'être ainsi dépeint, même si c'était de bonne guerre.

« Donc tu es toujours aussi mielleux avec toutes les filles avec lesquelles tu sors ? Si un jour tu tombes sur une fan du sadomasochisme, tu comptes rester fleur bleue ou courir acheter un fouet ? »

« Tu délire, t'es ridicule. »

Il avait raison, je l'étais totalement mais, à ce moment là, il était hors de question que je l'admette.

« Absolument pas ! Tu es comme ça car tu sais que Tanya adore le romantisme dégoulinant ! Mais je suis prête à parier que si elle faisait allusion au fait qu'elle aime les mecs dominateurs, tu le deviendrais ! », continuai-je, de plus en plus consciente que ces mauvais exemples risquaient de décrédibiliser mon discours.

« Outre le fait que tu exagères totalement, j'estime qu'il est normal de vouloir plaire à la personne avec qui tu es en couple ! », espéra-t-il clore au vu de son attitude hautaine.

« Ok, c'était un mauvais exemple, même si je ne peux pas concevoir que tu sois aussi niai naturellement ! »

« Mais … »

« J'ai pas fini ! », le coupai-je en levant mon index pour l'arrêter. « Je vais te donner un autre exemple. »

Il me regarda, les bras croisés contre son torse, me défiant du regard. Il s'attendait probablement à ce que je m'enterre davantage mais je savais que mon analyse était bonne. Il me suffisait d'aborder LE sujet sensible pour apercevoir la faille.

« La comédie. »

« Quoi la comédie ? »

« A qui ça plairait que tu deviennes acteur ? »

« Tu voudrais pas me lâcher avec ça ? », grimaça-t-il, me prouvant que je visais juste.

« C'est pourtant un parfait exemple ! Tu passes des auditions mais ça ne te plaît pas. Tu dis vouloir devenir acteur mais si c'était vraiment le cas, tu travaillerais pour ça, tu serais inscrit à des cours de théâtre, tu travaillerais ton jeu d'acteur, enfin j'en sais rien ! Mais à part passer des auditions bidons tu ne fais rien ! Je n'ai pas l'impression que ça te botte plus que ça ! Combien de fois as-tu décidé de ne pas te rendre à un rendez-vous juste pour passer du temps avec Tanya ? Pour l'accompagner à une de ces auditions à elle ou même pour aller faire un tour de moto avec moi ? C'est soi-disant ton rêve et tu laisses passer une possibilité pour aller te promener avec moi alors que tu ne peux pas me saquer ! »

J'observai sa réaction à mes paroles. Il n'était pas vraiment en colère, je le sentais plutôt nerveux, irrité même. Il ne mordait l'intérieur des joues, me fixait en soupirant.

« Je n'ai jamais dit que je ne pouvais pas te saquer. », lâcha-t-il après de longues secondes de silence. « Et je n'ai jamais dit que c'était mon rêve. »

« Bien ! On avance ! » soufflai-je, ravie d'être sur la bonne voie mais un peu honteuse de l'avoir mis mal-à-l'aise.

Il enfouit ses mains dans les poches de son pantacourt et baissa les yeux avant de focaliser son attention sur les vagues. Je ne voulais pas qu'il se sente mal, ce n'était vraiment pas le but de cette conversation. Ma colère avait disparue mais je restais frustrée. S'il voulait que je me libère, il devait en faire de même. Je m'approchai de lui, brisant cette trop longue distance que je nous avais imposé. Ma voix se fit plus douce, bien plus que je ne l'avais prévu mais je m'en fichais. Je voulais qu'il me parle, je voulais qu'il s'ouvre, qu'il me fasse confiance pour qu'à mon tour je m'abandonne.

« Pourquoi tu fais ça si ça ne te fait pas vibrer ? Ce métier a beaucoup trop de contraintes pour n'être qu'un second choix, tu ne crois pas ? »

« J'en sais rien, je crois qu'au début ça m'amusait. », commença-t-il enfin à se confier, à voix basse, comme s'il ne se parlait qu'à lui-même. « Le théâtre dans mes années lycée, tout ça. Je trouvais ça sympa, ça m'a permis de prendre confiance. Et puis il paraît que je n'étais pas mauvais. »

« On t'a poussé vers cette voie là ? »

« Je me suis laissé pousser surtout. », ria-t-il doucement, sans aucune joie, les yeux toujours rivés sur l'horizon.

« Et ça te plaît toujours ou pas ? »

Il ne me répondit pas, semblait réfléchir à ma questions sans y trouver de réponse. Le sujet était finalement plus difficile que je me l'étais imaginé. Je me rapprochai encore plus, me positionnant juste à ses côtés, dans la même position que lui, les mains dans les poches, le regard au loin. Son silence, son attitude, les choses m'apparaissaient désormais évidentes. Nous n'étions pas si différents l'un de l'autre …

« Tu décevrais qui si tu arrêtais ? »

Une fois de plus, il resta silencieux mais le regard qu'il posa enfin sur moi fut plus qu'éloquent. J'avais vu juste, et j'en étais navrée.

« Peu importe, t'es pas obligé de tout déballer. », le rassurai-je, ne souhaitant plus rien imposer maintenant que je comprenais.

J'avançai de quelques pas et allai m'asseoir sur le petit muret séparant la route de la plage, face à Edward, dos à la mer. Mes yeux ne quittaient pas son regard, j'étais désolée et je m'en voulais terriblement de l'avoir ébranlé, même si je savais cet état nécessaire. Je voulais lui faire prendre conscience qu'il devait apprendre à vivre pour lui et non pas pour les autres hypocrite que j'étais à donner des leçons que je n'appliquais même pas pour moi-même.

Il vint finalement me rejoindre et s'installa sur le muret lui aussi, mais face à l'océan, contrairement à moi qui lui tournait le dos. Notre position était idéale à nos petites confessions, à la fois face à face et côte à côte, suffisamment proches pour que nous puissions entendre même nos murmures.

« Je n'en sais rien en fait. », reprit-il, regardant tantôt ses pieds, tantôt l'eau turquoise. « Depuis le lycée on me pousse vers cette voie là. C'était un passe-temps sympa à la base. Je ne sais pas comment je me suis laissé embarquer là-dedans mais toujours est-il que tout s'est enchaîné. Je ne savais franchement pas quoi faire de ma vie, d'ailleurs je ne sais toujours pas. »

Il baissa les yeux et ria légèrement, secouant la tête presque imperceptiblement. Il se sentait sûrement gêné, probablement ridicule. Suivre une voie dans laquelle il ne trouverait aucun épanouissement, je trouvais ça triste. Je le laissai continuer, le découvrant davantage à chacun de ses mots.

« Ce que je voulais, c'était communiquer, transmettre des choses, des émotions, partager. Je ne savais pas vraiment comment. Je me suis dirigé vers pas mal de trucs, je me suis éclaté dans différents arts dans mon coin, en autodidacte. C'était plutôt cool. », sourit-il, sincère cette fois.

« Alors pourquoi tu n'as pas continué dans cette voix là ? »

« J'en sais rien, je me suis laissé porter par ce qu'on me disait de faire. Mon prof de théatre voulait que j'aille plus loin alors j'ai fait ce qu'il me disait. Et honnêtement je pensais aimer ça. Sauf qu'il y a une marge entre faire du théâtre en amateur et vouloir en faire son métier. » admit-il en haussant les épaules.

« Et tu ne voulais pas en faire ton métier. », conclus-je logiquement.

« Je te l'ai dit, je ne savais pas quoi faire du tout ! Alors j'ai fais ce qu'on me proposait ! J'ai décidé de partir pour New York en me disant que je trouverais ma vocation là-bas. Mais t'as raison, ça ne me fait pas vibrer. »

Il reporta son regard sur moi et, cette fois encore, je me sentis triste pour lui, même si je ne comprenais toujours pas les raisons de son obstination.

« Pourquoi tu continues alors ? Tu pourrais juste, zapper cette histoire d'acteur et faire ta vie. Tu penses qu'ils seraient déçus ? »

Je ne savais pas qui étaient ces ''Ils'', même si j'avais ma petite idée. Edward leva les yeux au ciel, se mit à rire ensuite.

« Ma sœur le serait probablement ! Alice raconte à tout le monde qu'un jour je serai célèbre. »

Je souris, je ne pus m'en empêcher, le voir rire était bien trop agréable. Il soupira, et poursuivit, reportant son attention sur ses doigts qu'il triturait.

« Je crois que c'est d'admettre que je me trompe depuis des années qui me fait chier. », avoua-t-il enfin.

« Et moi je crois qu'il faut que tu voies les choses autrement. Dis-toi que tu ne te trompes pas, dis-toi juste que tu as expérimenté la chose mais qu'elle ne te correspond pas, que tu ne t'épanouis pas dans ce domaine là. »

« Ça revient un peu au même. », se moqua-t-il, se tournant légèrement vers moi pour ne plus quitter mes yeux.

« Non ! Tu parles en terme d'erreur, moi je te parle d'épanouissement. », souris-je, réellement désireuse de tirer du positif à tout ce temps perdu. « Tu ne crois pas que ta famille préférerait te voir heureux et épanoui en faisant un métier qui te plaît, quand bien même ça n'aurait rien à voir avec le showbiz ? »

« Au contraire, ils m'encourageraient. », certifia-t-il.

« Alors où est le problème ? »

« Le problème c'est que je ne sais pas quoi faire d'autre. »

« Tu finiras par trouver. », le rassurai-je. « Et puisque tu ne perdras plus de temps à attendre des heures pour tes auditions, ça te laissera le loisir de penser à ce que tu veux faire lorsque tu seras grand ! »

Nous rîmes tous deux et je lui donnai un petit coup d'épaule avant de lui offrir un clin d'œil taquin. Tout semblait tellement facile avec Cullen. Je l'aurais étriper quelques minutes plus tôt et là, après seulement quelques paroles échangées, j'avais simplement envie de le rassurer, de le faire sourire et de rire avec lui.

« T'es vraiment une chieuse ! », badina-t-il en imitant mon geste.

« Alors on est ok ? On se lâche ? Pas de mystère, pas de faux-semblant ? On est nous-même, on profite, on zappe New York et on emmerde le monde ? »

Edward éclata de rire cette fois et pris la main que je lui tendais pour sceller notre pacte.

« Ça marche ! On zappe New York et on emmerde le monde ! »

Je ne pouvais m'empêcher de le regarder et je n'arrivais plus à me défaire de ce sourire qui ornait mon visage. Je me sentais bien, détendue, sereine et j'étais heureuse de ce petit rapprochement entre Edward et moi.

« Bon, je crois que c'est ton tour maintenant ! »

« Mon tour pour quoi ? », l'interrogeai-je, ne comprenant pas ce à quoi il faisait allusion.

« A ton tour d'être honnête et de te lâcher ! », décréta-t-il tout en dégainant un regard faussement sadique.

« Je n'ai pas envie de te raconter ma vie ! », le prévins-je, méfiante.

« Ce n'est pas ce que je te demande. », me rassura-t-il, retrouvant son sourire tendre.

« Alors quoi ? »

« Pourquoi tu mens ? Pourquoi tu crées autant de mystère autour de toi ? Si tu veux mon avis, ce n'est pas la meilleure façon de passer inaperçue ! »

« Je ne te demande pas ton avis ! » ris-je pour le contrer et pour tenter de gagner du temps, même si je le lui devais bien. Me livrer me mettait assez mal-à-l'aise.

« Je n'attends pas de toi que tu me déballes toute la vérité sur ta vie ! » me tranquillisa-t-il. « De toute évidence tu es retournée chez toi, du moins ce que tu considères être ton chez toi. Alors pourquoi donner une version différente à Dem ? Tu as peur de quoi ? »

« Peur ? », répétai-je, presque choquée du mot qu'il venait d'employer.

Il hocha la tête, signe qu'il n'avait pas utilisé ce terme par hasard.

« Je n'ai pas peur … Enfin, pas dans le sens où tu l'entends. Je ne lui ai pas menti, je lui ai dit la vérité. Il savait où j'étais et chez qui, seulement comme je ne tiens pas vraiment à ce qu'il m'accompagne, il doute. Mais je ne pensais pas qu'il irait jusqu'à poser des questions à Tanya pour vérifier la véracité de mes propos. »

« Tu ne l'as jamais présenté à tes parents ? »

« Ma mère sait que je suis en couple, on en parle parfois mais elle sait que je ne me sens pas prête à lui présenter. », je marquai une pause, cherchant mes mots pour lui faire comprendre mes sentiments. « C'est juste que … J'ai un peu de mal avec le fait de mélanger certaines parties de ma vie. Il y a ce que je partage avec Demetri et le reste, que j'ai envie de protéger. »

« J'ai plutôt l'impression que c'est toi que tu veux protéger. », osa-t-il, compatissant et tendre, me couvant de son regard bienveillant.

« Possible », admis-je, en confiance.

« C'est pour ça que vous vous êtes disputés ? »

« Ouai, en grande partie. Il n'accepte pas que je ne l'intègre pas totalement. Il aurait voulu que je reste une semaine là-bas, comme c'était prévu initialement, et que je revienne à New York avant de partir pour les Bahamas. Mais moi je trouvais ça plus simple de prendre l'avion à l'aéroport de Seattle. J'avais mon billet avec moi et puis ça me permettait de passer un peu plus de temps avec ma mère. »

Je tus volontairement sa crise de jalousie, ses ordres et nos multiples disputes. J'en avais suffisamment dit, ça ne servait à rien de le descendre davantage et je ne tenais pas particulièrement à lui donner une mauvaise image de Demetri.

« Tu ne parles que de ta mère … »

« Non ! Non, non, non ! », l'arrêtai-je en agitant mon index. « Pas de question sur mes parents ! »

« Trop tôt ? », devina-t-il, tout de même frustré.

« Trop tôt ! », confirmai-je, mais je décidai tout de même de lui donner quelques précisions. « Ce n'est pas un secret d'état, mais c'est une trop longue histoire, qui va amener beaucoup trop d'autres sujets et beaucoup trop de questions. En plus tu connais déjà l'histoire dans ses grandes lignes. »

« Ta petite vie tranquille dans un patelin tout aussi tranquille ? Désolée de te décevoir mais ça ne soulève pas tant de questions que ça ! », railla-t-il, respectant ma décision de ne pas m'étaler sur ma vie privée.

Mon but n'était pas de créer un quelconque mystère autour de moi, seulement me lâcher et m'ouvrir à lui ne nécessitait pas que j'étale ma biographie dans les moindre détails. J'étais reconnaissante qu'il me comprenne et qu'il n'insiste pas.

« Bon, on oublie ça, on change de sujet ! », décréta-t-il pour éviter qu'un silence gênant ne s'installe. « Alors comme ça tu composes pour le groupe ? »

« Pas vraiment, non. », rectifiai-je, ravie d'aborder un sujet qui ne me mettrait pas mal-à-l'aise. Il m'est arrivée de donner quelques idées de paroles, des sujets de chanson ou de proposer un air, un rythme mais c'est tout. Ça arrive de temps en temps mais on ne peut pas dire que j'apporte vraiment quelque chose. Demetri modifie tout et au final ça n'a plus rien à avoir. C'est très différent mais j'entends quand même ma patte, c'est amusant. Ça peut être une phrase ou une mélodie, enfin bref, ce ne sont que des détails. Il ne garde jamais grand chose. Mais ce qu'il en fait est génial. »

« Ouai, j'ai entendu. Ils ont beaucoup de talent. »

« Ouai, beaucoup. »

Demetri avait un don et je l'avais toujours admiré pour ça. Je me mis à sourire inconsciemment, repensant à nos débuts, nostalgique de ces instants magiques.

« Je suis tombée amoureuse de sa musique avant de tomber amoureuse de lui. »

Je m'étonnai moi-même de cet aveu, je n'étais pas du genre à déballer mes sentiments, mon histoire. Parler ainsi ne me ressemblait pas, je restais généralement succincte, détestais entrer dans les détails, m'exposer aux yeux des autres.

« C'est ce qui vous a rapproché ? », demanda-t-il, m'incitant ainsi à poursuivre.

« Ouai. C'est une belle histoire en fait, toute simple mais voilà … Pourtant c'était pas gagné ! »

Edward se mit à rire et se rapprocha de moi, m'encourageant silencieusement. Encore une fois, je ne comprenais pas pourquoi je lui parlais de ça, après tout, ça n'avait pas grand intérêt. Seulement je me sentais bien et en confiance. Cullen semblait avoir ce pouvoir sur moi, sans jamais rien faire, sans jamais rien dire, il parvenait à passer mes barrières et à atteindre celle que je tentais de protéger.

« Ouai, je ne me laisse pas approcher facilement, du coup il a un peu ramé ! », m'esclaffai-je en me remémorant toutes les fois où je l'avais repoussé sans ménagement. « Il m'a dit qu'il était très vite tombé amoureux, alors que moi je n'envisageai rien à ce moment là. », repris-je plus sérieusement, « Je voulais apprendre à le connaître. Alors on a pris notre temps. Surtout moi en fait. Mais au fur et à mesure, il a su me séduire. Il avait cette façon de me regarder, de me sourire. On parlait de tout et de rien, pendant des heures. On est devenu complice, en quelque sorte. Il essayait de m'apprendre à jouer de la guitare et du coup on passait beaucoup temps ensemble, du moins, lorsque j'étais libre. »

Je soufflai, me mis à jouer nerveusement avec mes doigts. Repenser à mes débuts avec Demetri, me ramenait forcément à cette époque difficile où je passais de la douceur à la violence, où j'oscillais entre ma vie avec mon petit-ami et celle avec Tanya, dévastée, meurtrie et dont le monde venait d'imploser à cause de Felix.

« Tanya avait besoin de moi à cette époque là », repris-je, la gorge serrée, toujours focalisée sur mes mains, « du coup j'annulais beaucoup de nos rendez-vous. Je partais souvent, juste comme ça, après un coup de téléphone, et il ne disait absolument rien. Il n'a jamais posé de question, il respectait ça. Il était … tellement attentionné, toujours un mot gentil, un compliment et il s'intéressait à ce que je faisais, à mon boulot, à ce que j'aimais. Il me disait sans cesse que j'étais sa priorité, qu'il ne voyait plus sa vie sans moi, il disait être fier. Il était .. tout ça. Il était ce genre d'homme. »

« Il était ? Ça a changé ? »

Sa voix était douce, inquiète et compatissante. Le genre de voix qui avait plutôt tendance à me freiner généralement, mais qui, étrangement, ne fit que m'encourager malgré ma nervosité.

« Ça a évolué, les choses sont différentes à présent. »

« En quoi le sont-elles ? »

« Il … », soufflai-je, hésitant soudain.

Je détestais parler de ça, faire l'analyse de ma relation. Je ne savais pas trouver les mots. Tout n'était pas noir, mais rien n'était rose. Comment expliquer notre évolution désastreuse puisque je ne la comprenais pas moi-même ? Je ne voulais pas faire passer Demetri pour le mauvais de l'histoire, mais je ne pouvais pas m'attribuer tous les torts non plus.

« Disons simplement que ce n'est plus pareil. », résumai-je, espérant qu'il n'insisterait pas, mais n'y croyant pas plus que ça.

« Pourtant ça ne fait que deux ans que vous êtes ensemble. »

« Ouai, je sais. », acquiesçai-je, un peu honteuse. « Mais beaucoup de choses peuvent changer en deux ans. Les priorités ne sont plus les mêmes, et puis le temps fait que tu te dévoiles un peu plus, tu te caches moins à l'autre. Tu apprends à voir qui il est vraiment, et en contre-partie tu baisses ta garde pour qu'il te voie aussi. »

« Tu veux dire que le Demetri que tu as connu n'est pas le même que celui d'aujourd'hui ? », s'étonna-t-il et je pus sentir une certaine tristesse dans sa voix.

« Je ne suis plus la même non plus. Au début tout est beau, tout est rose parce que tu cherches à séduire, à te faire aimer, tu montres tes qualités, tes forces. Quand tu n'es plus dans la phase de séduction et que tu t'ouvres, tu laisses entrevoir tes défauts et tes faiblesses. Normalement l'autre te hisse vers le haut, il apprend à aimer tes défauts, même si ça l'agace, il sait que ça fait partie de toi. Le négatif est aussi ce que tu es. »

« Normalement ... », reprit-il, comme s'il avait saisi un certain sous-entendu.

« Normalement. », assumai-je, consciente que je m'étais un peu trop laissée aller aux confidences.

J'étais gênée, j'osais à peine le regarder. Je ne voulais pas m'étaler davantage, je l'avais déjà trop fait et ce n'était pas dans mes habitudes.

« Bref ! J'ai un caractère de merde et le sien n'est pas mieux, alors parfois ça clash ! Y a rien de grave à ça, c'est partout pareil ! On ne reste pas un jeune couple éternellement ! », simplifiai-je sur un ton bien plus léger.

Je me levai d'un bond, désireuse de retrouver ma bonne humeur. J'étais d'accord pour être moi-même, pour ne pas me cacher aux yeux d'Edward, pour lâcher prise et me libérer enfin, mais je n'avais pas l'intention de passer mon séjour à me plaindre d'une situation que je n'avais pas su éviter.

« Bon ! Et si on se prévoyait une petite virée avec les requins ? »

« Tu plaisantes ? »

« Pas du tout ! », pouffai-je devant son air ahuri, « On va leur parler de notre décision d'emmerder le monde pendant dix jours ! On verra s'ils sont d'accord ! »

J'enjambai le muret et enlevai mes tongs, savourant la sensation du sable chaud sous mes pieds. Edward m'observait, un sourire tendre éternellement plaqué sur ses lèvres, mais ne semblait pas vouloir bouger. Je me doutais qu'il se posait encore beaucoup de questions, mais je lui fus reconnaissante de ne pas insister. Il me connaissait mieux que ce que je pensais, avait sûrement compris depuis bien longtemps qu'il ne servait à rien de s'acharner à vouloir me faire parler.

Je m'approchai, lentement, et tendis une main qu'il accepta aussitôt. J'accrochai son bras, me retrouvant ainsi au plus près, presque collée à lui. Être aussi tactile ne me ressemblait pas, Tanya était la seule avec qui je m'autorisais ce genre de geste, mais je ne m'en formalisai pas. Je n'avais plus envie d'analyser les choses, je voulais simplement profiter et ne plus réfléchir, délaisser ces filtres que je m'imposais en permanence, oublier celle que je prétendais être, simplement vivre et laisser parler mes envies.


J'ai hâte de lire vos impressions sur ce chapitre ! N'hésitez pas à me laisser un petit mot, pour dire ce que vous en avez pensé !