Titre : Le sang des innocents

Auteur : Tabourette

Rating : MA (pour une bonne raison)

Note 1: cette histoire contient des relations homosexuelles donc toutes les personnes que cela rebute, passez votre chemin

Note 2 : Merci beaucoup aux deux betas qui ont corrigé ce chapitre pour le confort de vos petits yeux, Celikwi et ClaP74.

Diclaimer : les lieux et personnages de l'univers d'Harry Potter appartiennent exclusivement à leurs auteur J.K Rowling. Le reste, c'est tout à moi ! :D

Résumé (qui ne vous avance pas à grand-chose…) : Le sang, ce liquide carmin qui maintient en vie, mais qui peut aussi causer la mort. Une chose si banale, mais pourtant chargée de pouvoir. Il nous relit les uns aux autres, nous enchaine, fait basculer des vies, bouleverse des destins.

Bonjour à tous ! Vous avez sous les yeux le début de ma première fic à chapitre. Je me sens un peu stressé de vous le présenter. Je trouve que c'est totalement différent de publier son premier chapitre plutôt qu'un OS. C'est ce chapitre qui va déterminer si vous souhaitez continuer l'aventure avec moi ou passer votre chemin (je croise les doigts pour que ce soit le premier choix, forcément ^^). Je vous livre donc le début de mon histoire aujourd'hui en espérant que ça va vous plaire.

Bonne lecture !

Chapitre 1

Les lampadaires éclairaient faiblement la rue de la petite banlieue de Londres. La lumière jaune pâle repoussait difficilement les ombres toujours plus pressantes qui n'attendaient qu'une opportunité pour jaillir alors que des bruits de pas solitaires résonnaient sur le bitume sombre provoquant un son désagréable et angoissant.

Harry était seul dans la rue, ce qui n'avait rien d'étonnant vu l'heure tardive, mais il n'avait pas le choix, il devait passer par ce chemin. Un sac en papier pendait au bout de son bras dans lequel quatre oranges s'entrechoquaient au gré des balancements. Sa tante Pétunia l'avait envoyé en acheter, subitement prise d'une irrésistible envie de jus d'orange frais qui chasserait peut-être la chaleur lourde qui sévissait encore malgré la tombée de la nuit.
Harry n'avait pas eu son mot à dire. Malgré les 23h passés, il avait été obligé de ressortir dans la nuit noire pour se rendre à la petite supérette ouverte 24h/24 trois rues plus loin. Un refus aurait entrainé de trop lourdes conséquences qu'il était trop fatigué pour endurer. Alors il était sorti et c'est les pieds traînants et le corps lourd qu'il amorçait le chemin de retour. Une seule chose obnubilait son esprit : son lit si accueillant qui l'attendait. Il aurait tout donné pour s'y trouver à présent au lieu de marcher dans cette rue si peu attirante. Toute la journée, il avait enchaîné les tâches que son oncle lui avait ordonné de faire, faisant abstraction de la chaleur étouffante qui régnait à l'extérieur pendant la journée. Il n'en pouvait plus.

Passant devant une ruelle sombre, il lui jeta un coup d'œil envieux. Il savait où elle aboutissait et savait donc qu'elle représentait pour lui un sacré raccourci qui le mènerait presque directement au pied de son lit. Mais, malheureusement, il savait aussi que c'était une de ces ruelles où il ne valait mieux ne pas s'aventurer, même en plein jour. Une ruelle où personne ne regardait jamais ou ne voulait pas regarder et où toutes sortes de choses se passaient à l'abri des coups d'œil indiscrets.
Harry détacha difficilement son regard de ce trou sombre qui s'ouvrait entre deux bâtiments et continua son chemin.
Mais quelques mètres plus loin, il se stoppa au milieu du trottoir, marqua un temps d'arrêt et revint finalement sur ses pas. Posté devant l'entrée de la ruelle, il pesait le pour et le contre. Le pour finit manifestement par l'emporter, car le brun pénétra dans le noir oppressant qui lui faisait face. En cas de danger, il pourrait toujours courir, il savait qu'il avait de bonnes jambes. Malheureusement, la magie lui était toujours interdite hors de Poudlard.

Les ténèbres se refermèrent sur lui, le coupant du reste du monde.
Par prudence, il préféra ne pas regarder la rue éclairée et tellement accueillante qui s'éloignait de lui à chaque pas. Mieux valait faire attention à ce qui se trouvait devant lui.
Sa vision s'adaptait petit à petit à l'obscurité qui l'entourait.
Harry savait que la rue n'était pas très longue, mais il lui faudrait encore quelques minutes avant d'atteindre l'autre bout.

Il trébucha sur quelque chose de mou et dut se rattraper au mur près de lui. Ce n'était qu'un sac-poubelle. Harry relâcha son souffle qu'il n'avait pas eu conscience de retenir, son cœur battant la chamade.
Reprenant sa marche, il crut apercevoir un mouvement du coin de l'œil. Il tourna vivement la tête, mais ne discerna rien de particulier à travers les ténèbres. Il devenait vraiment paranoïaque, les endroits sombres et confinés ne lui convenaient vraiment pas.

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Son souffle était court. Il haletait. Faim. Il avait faim. Trois nuits. Il n'avait pas mangé depuis trois nuits. Puni. Il n'avait pas pu manger. Il avait faim maintenant. Sa prochaine proie serait pour lui, pas pour ses compagnons. Il serait le premier. Faim. Un grognement de frustration sortit de sa gorge. Personne. Il n'y avait personne. Il renifla encore. La peur. Tout près. L'odeur de la peur. Quelqu'un. Vite. Faim.

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Harry perçut un autre mouvement et cette fois-ci un halètement l'accompagnait. Sans plus réfléchir, il démarra au quart de tour et se mit à courir.

Il n'eut pas le temps de parcourir plus de quelques mètres qu'une masse le percutât dans le dos, le faisant tomber en avant. Il se réceptionna douloureusement sur ses poignets.
Écroulée par terre, la chose qui l'avait percuté se trouvait maintenant sur son dos. Il avait beau se débattre, il n'arrivait pas à bouger d'un iota.
La chose se pencha sur lui et lui lécha le cou.
C'était un homme.
Une voix gutturale et haletante résonna à ses oreilles.

-Humm. Tu sens tellement bon.

Harry commença sérieusement à paniquer. Il n'était pas vraiment partant pour se faire violer. Dans le cas contraire, ça n'aurait d'ailleurs plus été un viol…

Rassemblant toutes ses forces, il banda ses muscles et essaya de faire tomber son agresseur. Au-dessus de lui, l'homme ricana et finit par se lever. Harry ne chercha pas la raison de sa libération et préféra se redresser et s'enfuir. Il ne faisait pas le poids sans magie.
Il se remettait à peine à courir qu'une poigne de fer lui attrapa le cou pour le projeter brutalement contre un des murs de pierre qui bordaient la ruelle. Le choc lui coupa le souffle que la main qui l'étranglait n'aidait pas à reprendre.

Suffocant, il releva les yeux vers son agresseur. Son regard rencontra celui de son vis-à-vis. Seuls deux orbes d'un noir d'encre lui firent face. Le blanc des yeux n'était plus visible. Il ne s'agissait peut-être pas d'un homme après tout.
Harry n'arrivait pas à détacher son regard de ces yeux obscurs. Il avait l'impression de s'y perdre, de tomber dans un abîme sans fond dont rien ne pourrait le sortir.
Trop obnubilé par ce regard envoûtant, il ne vit pas un deuxième corps se rapprocher dans l'ombre. Tous ses sens lui échappaient. Ses membres ne lui répondaient plus. Son corps ne lui appartenait plus. Il était devenu un pantin entre les mains du grand marionnettiste.

Son corps était devenu mou contre le mur, seule la main de son agresseur le maintenant encore debout. Il ne résistait plus.

L'homme qui lui faisait face lui offrit un sourire amusé révélant deux canines anormalement pointues dont la blancheur était presque trop lumineuse pour le noir environnant.
Harry n'eut même pas peur. Il ne ressentait plus rien.
Il n'esquissa aucun geste alors que les dents pointues s'approchaient dangereusement de son cou, ses yeux toujours plongés dans ceux qui lui faisaient face.
Mais le contact visuel se rompit quand la tête de l'homme s'enfouit dans son cou.
La torpeur qui l'avait envahi alors s'effilocha lentement, le menant petit à petit vers un doux état de langueur. Mais il avait encore du mal à reprendre pied dans la réalité. Il sentit une langue humide courir sur sa carotide qui pulsait sous sa peau et un souffle chaud l'effleurer.
Les deux canines frôlèrent son épiderme avant de le transpercer brutalement.
Un long cri de douleur sortit de la gorge d'Harry et alla se répercuter sur les murs qui les entouraient. Toute trace de torpeur avait maintenant disparu, ne laissant que la douleur.

Le deuxième homme grimaça.

-Tu aurais au moins pu l'hypnotiser avant de te nourrir, je déteste entendre la nourriture crier.

L'autre ne lui répondit pas. Il avait autre chose à faire. Le liquide carmin qui coulait dans sa gorge accaparait toute son attention. Il l'avait tellement attendu. Il avait tellement faim. C'était tellement bon. Ce sang était particulièrement bon. Meilleur que beaucoup d'autres. Il était bien tombé.

Harry essayait de se débattre entre les bras de son agresseur, mais celui-ci le tenait fermement contre lui. Pour rien au monde il ne l'aurait lâché.
Le Survivant sentait son sang s'écouler hors de son corps en un flot continu, irrévocable. Toujours plus de sang.
Ses forces le désertaient de minute en minute. Il avait du mal à penser correctement, sa vue s'obscurcissait de temps en temps puis redevenait claire, mais les petits points noirs qui flottaient devant ses yeux, eux, restaient.
Son regard se perdit dans le vague, plus vraiment conscient de ce qui l'entourait. Seule la douleur qui pulsait dans son cou le maintenait encore éveillé.
Son corps pressé contre sa proie, le vampire semblait ne jamais vouloir s'arrêter. Son membre gonflé sous le plaisir que lui procurait ce moment d'assouvissement se pressait contre le ventre de sa victime qui n'en eut même pas conscience.
Enfin repu, le vampire recula et lâcha le cou d'Harry qui s'écroula le long du mur. Il ne se rendit compte que son supplice était fini que lorsque sa joue rencontra la surface froide des pavés.
À présent libéré de ses entraves, il se mit à suffoquer, à s'étrangler en tentant de reprendre sa respiration. Dans une volonté farouche de rester conscient, ses doigts s'accrochèrent à la surface dure du sol, ses ongles raclèrent la pierre des pavés provoquant une douleur aigüe qui se propagea le long de ses bras. La douleur le gardait éveillé, lui prouvait que son corps était encore en vie et protestait.

Au-dessus de lui, son agresseur ne lui prêta pas plus d'attention qu'à une carcasse de poulet qui trainait au fond d'une assiette. Ce qu'il était probablement.
Rejetant ses longs cheveux blonds dans son dos, celui-ci offrit un sourire éclatant et quelque peu carnassier à son partenaire. La peau d'ébène de ce dernier captait les rares particules de lumière qui subsistaient dans la ruelle, accentuant l'effet bestial de la scène.

-Tu devrais le goûter, il est succulent.

L'autre lui lança un regard méprisant.

-Je n'ai pas pour habitude de prendre les restes des autres. Et essuie-toi la bouche, c'est répugnant. On dirait un nouveau-né qui vient de se faire sa première victime.

Un sourire toujours collé aux lèvres, le blond s'essuya le menton où un fin filet de sang s'était écoulé.

-Franchement tu devrais mettre de côté tes principes et le goûter. J'en ai rarement eu d'aussi bon.

Toujours à l'écart, le deuxième vampire passa une main pâle sur son crâne rasé.

-Il est déjà à moitié mort, il est hors de question que j'y touche. Et puis, vu le peu de résistance dont il a fait preuve, je doute qu'il soit si bon que ça. En plus, je ne suis pas là pour boire, mais pour te surveiller, je suis les ordres.
-Mais il y a déjà Rurus pour me surveiller, tu peux bien te faire un petit plaisir.
-Arrête de l'appeler comme ça, tu sais bien qu'il n'aime pas et en ce moment, mieux vaut ne pas le contrarier. D'ailleurs, il n'est pas là pour te surveiller, mais pour passer derrière toi et cacher les dégâts que tu fais. Il faut que tu arrêtes de...
-Rus ! J'ai fini ! Cria le blond à la nuit qui l'entourait.

Le chauve se décolla de son mur et s'énerva.

-Tu pourrais au moins écouter ce que je dis et me laisser finir !
-Mais tu dis toujours la même chose. Geignit le blond.
-C'est parce que tu n'écoutes jamais !

Une ombre atterrit souplement près d'eux, coupant net leur dispute naissante.

-Rus ! Reprit le blond. C'est bon, tu peux faire ton travail, j'ai fini.

Le deuxième homme croisa les bras d'un geste boudeur, irrité d'être ignoré de la sorte.

-Tu as vu, je n'ai presque pas fait de dégâts cette fois !

Seul un grognement provenant de la silhouette sombre lui répondit. Une longue cape noire recouvrait son corps tandis qu'une capuche cachait son visage des regards extérieurs.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'es pas content de ne pas avoir beaucoup de travail cette fois ?
-Arrête de m'appeler Rus ! Le dernier mot fut plus craché que dit dans une nette attitude de dégoût de la part de l'homme en noir.

Le blond se contenta de rigoler et alla s'appuyer contre le chauve, passant un bras autour de son cou.
Le nouveau venu se pencha sur Harry. Celui-ci n'arrivait pas à entendre ce qui se disait autour de lui, seuls des sons déformés lui parvenaient aux oreilles, des sons couverts par le martèlement de son sang contre ses tympans. Il n'arrivait toujours pas à bouger, il pouvait seulement rester allongé sur les pavés froids pendant que ses forces le quittaient alors que tout en lui hurlait et s'accrochait désespérément à la vie. Il ne voyait qu'une issue possible à sa situation et elle n'était pas très réjouissante. Comme ses agresseurs n'allaient probablement pas l'aider, il allait inévitablement mourir dans cette rue sombre. C'était vraiment dommage maintenant que la vie s'ouvrait devant lui. Étrangement, cette idée ne l'effrayait pas autant qu'elle aurait dû : il avait frôlé la mort tellement de fois que celle-ci faisait partie intégrante de sa vie. Il avait fait un grand pari avec elle quand il avait dû affronter Voldemort. Il avait gagné et pensait avoir repoussé l'échéance, mais elle allait tout de même gagner plus tôt que prévu.

Harry sentit une main glaciale se faufiler dans son cou et venir tâter la peau encore intacte, de l'autre côté de la morsure. Il ferma les yeux, s'attendant à recevoir à tout moment un coup mortel, mais la main se retira sans rien faire de plus. Dès que le contact entre les deux peaux se rompit, Harry sentit sa conscience de ce qui l'entourait le quitter.
La silhouette noire se redressa.

-Liam, tu n'es qu'un abruti ! Il est à moitié mort ! Tu sais bien que tu dois les laisser vivre.

Le dénommé Liam se retrancha derrière le dos du chauve qui s'écarta sournoisement pour laisser le blond affronter seul la colère de l'autre. Il n'était pas concerné. Bon, peut-être un peu vu qu'il devait surveiller Liam, mais pas assez pour être la cible de la colère du plus ancien.
Liam prit un air contrit et baissa la tête.

-Je suis désolé Rus, je me suis laissé emporté. J'avais tellement faim et il avait si bon goût.
-Je sais, mais ça n'excuse pas tout. Arrête d'agir comme un gamin, tu devrais savoir te contrôler depuis le temps.

Liam continua à regarder le sol.

-C'est d'ailleurs pour éviter ce genre de débordement que tu es là Valry.

Le chauve ne répondit que par un grognement. La silhouette encapuchonnée secoua la tête et soupira.

-Vous êtes aussi irrécupérables l'un que l'autre. Bon, il faut emmener le corps, on ne va pas le laisser agoniser ici.

Deux regards atones lui répondirent.

-Non, on ne va pas le laisser ici...

Liam et Valry soupirèrent, mais ne firent pas un geste pour l'aider. Il ne fallait jamais compter sur eux quand il était question de faire les basses besognes.

L'homme en noir se baissa pour saisir les épaules d'Harry et le retourna sur le dos.
Surpris, il suspendit son geste. Il baissa sa capuche d'un geste nerveux et dévoila son visage où perçait une pointe de panique.

-Merde. Potter...

Sans savoir quoi faire, Severus Snape fixa son élève étendu sur le sol, les yeux grands ouverts fixant le vide, sa respiration haletante et les poings crispés sur les pavés.

Valry s'approcha de Severus, un air interrogatif plaqué sur le visage.

-Tu le connais ?

Le maître des potions ne le regarda pas alors qu'il lui répondait, son attention toujours focalisée sur le corps étendu devant lui.

-Il s'agit d'un de mes élèves.

Liam, jusqu'à là silencieux, commença à se tordre nerveusement les doigts.

-Je suis désolé Rus, je ne pouvais pas savoir.

Il posa une main sur l'épaule de son partenaire pour montrer sa compassion et exprimer son pardon.
Ce contact sembla réveiller Severus. Il se pencha brusquement sur un Harry qui venait de sombrer dans l'inconscience et le prit dans ses bras.

-Il faut que je me dépêche de l'emmener. Je ne peux pas le laisser mourir.
-Mais, répliqua Liam, tu n'as pas dit qu'il était déjà à moitié mort ?
-Si et justement, il ne l'est qu'à moitié. Je peux encore faire quelque chose.

Sans attendre les autres, il courut dans la ruelle et disparut dans l'obscurité. Liam et Valry se regardèrent, un air désolé peint sur leurs visages. Sans un mot, ils s'élancèrent à la suite de Severus. Les ténèbres les engloutirent peu à peu.

Le calme était revenu dans la ruelle. Seule une tache de sang sur le sol témoignait de ce qui venait de se passer. Et quatre oranges éparpillées sur le sol.

Un bourdonnement grave sifflait à ses oreilles, accompagné d'une légère douleur qui s'amplifiait à mesure que le son se faisait plus aigu.

La douleur devint rapidement insupportable. Elle remontait le long de ses bras, courait dans ses veines comme un feu brûlant, lui étreignait le cœur, lui comprimait la tête.

Les bribes d'inconscience qui enveloppaient Harry s'effilochaient petit à petit sous la douleur. Ses doigts crispés raclèrent la surface rêche qui se trouvait sous ses ongles. Son souffle se fit plus rapide, saccadé.

Une voix traversa les nuées obscures qui l'enveloppaient, mais le sifflement aigu qui l'entourait à présent en cachait les propos.

Une main se posa sur son bras nu. La douleur éclata.

L'esprit d'Harry s'arracha brusquement à l'engourdissement qui le tenait prisonnier. Son corps se cambra sur le lit où il reposait et un hurlement rauque sortit de sa gorge malmenée.

La femme debout à côté de lui fut projetée contre le mur alors que toute la verrerie de la pièce explosait dans une gerbe scintillante.

Aussi brusquement que son cri était sorti, il s'arrêta. Le corps d'Harry retomba sur le matelas. Ses yeux grands ouverts fixaient le plafond où des petites boules lumineuses se promenaient en flottant.

Seul le son de sa respiration sifflante venait rompre le silence qui régnait maintenant dans la pièce.

Dans un froissement de tissu, la jeune femme se redressa contre le mur. Harry tourna son regard vers elle. Des cheveux roux, mi-longs qui caressaient le col de sa blouse blanche venaient encadrer un visage où fleurissaient de multiples taches de rousseur sur son nez et ses joues. Ses yeux vert pâle le fixaient avec étonnement. Malgré ce qu'il venait de lui infliger, un doux sourire éclairait son visage.

-Et bien ! Plutôt violent comme réveil.

Elle tendit une main vers lui. Dans un mouvement de crainte, Harry essaya de se dérober à ce toucher, mais son corps protesta violemment. La douleur recommença à pulser dans ses membres.

-Essaye de ne pas trop bouger, reprit la femme en laissant retomber sa main, mais le sourire toujours aux lèvres. La douleur va finir par partir, mais il faut attendre que ton corps s'habitue à l'intrusion qu'il a subie.

Harry eut soudain peur. De quelle intrusion parlait-elle ? Que lui avait-on fait pendant qu'il était inconscient ? Était-il à l'hôpital ? D'après la tenue de la jeune femme, il aurait pu le penser, mais rien dans la pièce ne corroborait une telle supposition.

Harry était déjà étonné qu'on l'ait retrouvé. Rares étaient les personnes à s'aventurer dans la ruelle où il avait été attaqué. À moins que justement…

Dans son regard transparaissaient toutes ses interrogations et ceci n'échappa pas à la rousse.

-Je suis désolée, monsieur Potter, mais je ne crois pas que ce soit à moi de répondre aux questions que vous devez sûrement vous poser. Il va bientôt arriver, ce sera à lui de juger ce qu'il est bon de vous dire. S'il daigne vous raconter quoique ce soit avant d'en finir.

La dernière phrase fut marmonnée alors que la jeune femme se retournait pour constater l'étendue des dégâts qu'avait provoquée Harry, mais les mots n'échappèrent pas au brun. Que voulait-elle dire par là ? Qui allait arriver ? De plus en plus de questions tournaient dans son esprit à mesure que la femme lui parlait. Mais il n'eut pas le temps de les exprimer à haute voix qu'une porte sur sa droite s'ouvrit avec fracas et vint s'écraser contre le mur.

Un homme relativement grand apparu dans la pièce. Sa peau pâle tranchait avec ses vêtements et ses cheveux d'un noir profond.

Sans jeter un regard à Harry il se précipita vers la jeune rousse et la prit délicatement dans ses bras.

-Guiliane ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ? J'ai senti ta douleur, tu t'es fait mal ?

La dénommée Guiliane caressa la nuque de son partenaire et le regarda dans les yeux.

-Je vais bien, ne t'inquiète pas. C'était juste un petit choc. Mon patient vient de se réveiller. Ça a juste été un peu énergique.

Le couple continua à se regarder quelques secondes les yeux dans les yeux puis l'homme finit par se détendre. Il porta enfin son attention sur Harry qui, toujours bloqué par la douleur, les fixait.

Ce dernier se sentit mal à l'aise sous le regard insistant, un regard dérangeant, comme mort et plein de vie à la fois.

Finalement, Harry préférait autant qu'il ne fasse pas attention à lui. L'homme lui adressa la parole.

-Severus va arriver dans quelques minutes.

D'accord. Harry était content de le savoir, mais qui était ce Severus ? À part son professeur de potions, il ne connaissait personne ayant ce prénom et il doutait que Snape soit venu lui rendre visite. Harry sourit à cette pensée, mais déchanta bien vite quand ledit Severus Snape apparut dans l'encadrement de la porte. Son sourire se transforma en grimace quand leurs regards se croisèrent.

Son professeur ouvrit la bouche pour parler quand une masse sombre se jeta sur son dos, le faisant vaciller.

La tête de Liam apparut au-dessus de l'épaule de son professeur. Harry eut un sursaut en reconnaissant son agresseur. Que pouvait-il bien faire ici avec son professeur et une femme aussi gentille que Guiliane ?

-Coucou Harry ! Le salua joyeusement Liam. Je suis désolé pour ce qu'il s'est passé tout à l'heure, je me suis laissé emporter. Mais tu étais tellement bon !

Harry tressaillit à ce souvenir ce qui n'échappa pas au blond.

-Hé ! C'était un compliment !

Un grand sourire vint accompagner ses propos, révélant deux longues canines blanches.

Harry resserra ses poings sur les draps du lit. Il se sentait trop exposé sous ce regard de prédateur malgré la présence des autres personnes dans la pièce.

Il essaya de se redresser malgré la douleur, mais la main que Guiliane posa sur son épaule l'en empêcha.

-Reste tranquille, il ne te fera pas de mal, il a assez mangé pour ce soir.

Et c'était censé le rassurer ?!

-Nous allons te laisser avec Severus, reprit-elle.

Sur ses dires, elle prit la main de son compagnon alors que Severus repoussait Liam contre le mur sans aucune douceur.

Ils sortirent tous de la pièce, le laissant seul avec son professeur qui continuait de le fixer.

-Je me doute que vous avez sûrement beaucoup de questions, Potter, mais ça m'aiderait beaucoup si vous vous absteniez de les poser pour le moment, commença Severus d'une voix plate.

-C'est un vampire ? Celui de tout à l'heure.

-N'écoutez pas ce qu'on vous dit surtout, marmonna le maître des potions en soupirant. Oui, c'est un vampire. Je vois que vous n'êtes pas encore un cas totalement désespéré et que vous savez faire face à une évidence.

-Les deux autres personnes, elles en sont aussi ? Continua Harry sans tenir compte du sarcasme de son professeur.

-L'homme oui, pas sa compagne.

Harry était étonné que Snape lui réponde si calmement et de si bonne volonté. Ce n'était pas dans ses habitudes et Harry était légèrement déconcerté par cette attitude conciliante. Mais il préféra ne pas trop s'attarder sur ce fait et profiter de sa chance pour assouvir sa curiosité.

-Qu'est-ce que vous faites avec eux ? Sans vouloir être indiscret.

Severus ne lui répondit pas, se contentant de le fixer.

-C'est pour vos recherches ? Essaya de deviner Harry. Pour créer une potion comme la potion Tue-loup ?

Encore une fois, Severus garda le silence.

-Mais répondez ! S'énerva le brun devant l'attitude stoïque de son professeur sans tenir compte de son insolence. Je vais finir par croire que vous aussi vous êtes un vampire, alors répondez-moi.

Severus alla chercher une chaise dans un coin de la pièce et s'assit près du lit d'Harry.

-C'est ça.

-Quoi « ça » ? Vous êtes un vampire ? demanda Harry sur un ton sarcastique.

-Oui

-Quoi ?! S'écria le Gryffondor.

Severus grimaça sous l'exclamation de son élève. Les mains croisées sur ses genoux, il essayait de se détendre et de ne pas penser au fait qu'il était en train de révéler un de ses plus profonds secrets à son élève.

-Ce n'est pas la peine de crier Potter, je suis juste à côté de vous, je vous entends très bien.

Ses paroles étaient toujours monotones malgré une petite pointe de sarcasme qui transparaissait derrière ses propos.

-Vous êtes un vampire et vous m'annoncez ça comme ça ? Demanda Harry sceptique.

-Oui.

-Mais arrêtez avec vos réponses monosyllabiques ! Vous ne pouvez pas répondre par des phrases construites, sujet-verbe-complément ?

Severus sourit intérieurement sans se formaliser du ton impertinent de son élève. Habituellement, c'était lui qui sortait cette phrase aux élèves terrorisés qu'il interrogeait. Mais Potter avait tout de même eu la politesse de ne pas continuer la phrase où il mettait en doute les capacités intellectuelles de son interlocuteur. Il ne lui avait pas fait cet affront.

-Si, monsieur Potter, j'en suis tout à fait capable, mais, dans ce cas, je n'aurais pas le plaisir de vous voir vous énerver tout seul.

Harry sourit. Au moins, il retrouvait l'attitude de son professeur à laquelle il était habitué, ce qui était rassurant dans une situation pareille.

-Vous ne voulez toujours pas me dire ce que vous faites ici professeur ? Je suis sûr que vous pensez que ça ne me regarde pas, mais vu que je suis aussi ici parce que j'ai été attaqué par un vampire, je pense avoir le droit à un minimum d'explication.

-Je vous l'ai dit, Potter.

-Vous voulez me faire croire que vous êtes un vampire ? D'accord. Je vous crois. Comment ça se fait que personne ne soit au courant à Poudlard, que personne n'ait jamais vu vos dents ou je ne sais quoi ? Le questionna Harry ne le croyant pas du tout.

-Je n'ai pas pour habitude de montrer mes dents à tout le monde. Répondit tranquillement Severus.

-Pourtant si j'en juge ce que j'ai vu tout à l'heure, il suffit que vous souriiez pour qu'elles soient visibles. Je ne pense pas que personne ne les ait remarqués depuis le temps que vous enseignez à Poudlard.

-Je tiens à vous rappeler Potter, avant que vous ne vous lanciez plus profondément dans cette argumentation, que je n'ai pas pour habitude de sourire niaisement à tout bout de champ.

-C'est pas faux, marmonna Harry. Dans ce cas…Je peux les voir ?

Severus lui lança un regard menaçant.

-Ne poussez pas Potter. Je ne vais pas vous montrer mes dents juste pour que vous me croyiez.

-Très bien. Je ne vous crois pas alors. Bouda Harry.

-Bien.

Severus avait bien essayé d'arrêter de considérer Harry comme un gamin après sa victoire contre Voldemort, mais des attitudes aussi puériles que celle-ci réduisaient tous ses efforts à néant. Il faisait déjà un gros travail sur lui-même pour ne pas s'énerver contre lui. C'était étonnant la facilité avec laquelle Potter pouvait lui faire perdre son calme. Mais pour le moment, il n'était qu'une victime et Severus comprenait la peur qu'il devait ressentir. Il essaierait donc de ne pas se formaliser de son ton insolant. De toute façon, il ne se souviendrait bientôt plus de sa gentillesse passagère. Severus n'avait donc aucune crainte à avoir quand à l'intégrité de sa réputation.

Un ange passa entre les deux hommes. Statique sur sa chaise, Severus ne bougeait pas d'un pouce. Cela rendit Harry légèrement mal à l'aise. Il préféra flinguer l'ange et rompit le silence.

-Professeur ?

-Oui Potter?

-Qu'est-ce que je fais ici ?

Harry trouvait étrange de parler avec Snape sans que l'un ou l'autre ne s'énerve, mais le maître des potions était incroyablement conciliant. En temps normal, Harry aurait déjà reçu diverses critiques sarcastiques. Autant profiter de l'attitude de son professeur pour essayer d'en apprendre le maximum et comprendre quelque chose à sa situation avant qu'il ne redevienne le bâtard des cachots auquel il était habitué.

-Je vous ai amené ici pour vous sauver. Liam s'est laissé emporter et est allé trop loin. Vous alliez mourir.

-Pourquoi m'avez-vous sauvé ? S'étonna Harry. Vous me détestez !

-Ce n'est pas parce que je ne vous porte pas dans mon cœur que je veux vous voir mort pour autant Potter.

-Ah...

-Eh oui, Potter, contrairement à ce que pense votre petite tête vide de paranoïaque, tout le monde ne veut pas vous tuer.

-C'est bon à savoir, marmonna Harry.

Harry étudia son professeur, essayant de trouver une chose inhabituelle chez lui qui expliquerait son attitude, mais rien ne vint le renseigner.

Severus sentait sur lui le regard de son élève, mais ne fit aucun commentaire sarcastique. Cela n'avait pas d'importance.

Une fois son examen terminé, Harry posa son regard sur la peau toujours aussi pâle de Snape et repris :

- Vous êtes vraiment un vampire ?

- Oui Potter, comme je vous l'ai déjà dit.

-Vous ne voulez toujours pas me montrer vos dents ? Essaya encore une fois le survivant, un air angélique plaqué sur le visage. Si je les voyais, je n'aurais plus aucun doute.

-Non.

Harry soupira.

-Qu'est-ce qui me prouve alors que vous êtes vraiment un vampire ?

-Potter, on ne va pas revenir là-dessus. Que vous me croyiez ou non m'importe peu.

Devant le silence de son élève, Severus finit par céder.

-Votre poignet, Snape désigna le bandage blanc qui enserrait le poignet du Gryffondor, c'est moi qui vous ai mordu.

Harry tressaillit au souvenir de ce qui s'était passé un peu plus tôt. Il fixa un long moment la bande blanche à la base de sa main gauche.

-Rien ne me prouve que ce soit vous.

-Non.

Harry commençait à en avoir sérieusement marre de ses phrases monosyllabiques.

-Si jamais ce que vous dites est vrai, que vous vouliez me sauver, alors pourquoi m'avoir mordu ?

-Pour vous sauver justement.

Harry secoua la tête, demandant implicitement plus d'explications.

Severus soupira une nouvelle fois. En expliquant pourquoi il avait fait ça, Potter allait croire qu'il était gentil ce qui n'était absolument pas le cas. Pour essayer de cacher la portée de son acte, Severus se raccrocha à la seule chose qui l'avait toujours aidé : le mépris.

-C'est un moyen assez compliqué pour vous sauver et je ne suis pas sûr que votre esprit attardé puisse tout comprendre. Mais je ne désespère pas de réussir un jour à vous inculquer un minimum de connaissances, c'est pourquoi je vais vous expliquer malgré votre profonde déficience intellectuelle.

Harry grimaça sous ces propos, mais ne put s'empêcher d'esquisser un discret sourire. Severus Snape, le seul et l'unique, était de retour parmi nous.

Faisant semblant de n'avoir rien vu, Severus poursuivit.

-Je vais quand même faire simple, je ne voudrais pas vous perdre en cours de route. Je serais obligé de recommencer. Mais faites quand même un effort pour comprendre et ne lâchez pas dès la troisième phrase, ça vous changera... Donc, vous avez perdu beaucoup de sang. Trop de sang. Normalement un vampire ne boit pas autant de sang d'un coup, mais Liam ne s'était pas nourri depuis longtemps. Vous seriez mort avant de pouvoir le régénérer. Pour faire simple, j'ai bu quelques gouttes de votre sang pour, en quelque sorte, le mélanger au mien. Je vous ai ensuite fait boire mon propre sang.

Devant la grimace de dégoût d'Harry, il précisa :

-Quelques gouttes seulement.

-Montrez-moi votre blessure alors. Prouvez-moi que vous êtes vraiment un vampire et que ce vous dites est vrai. Demanda le Gryffondor toujours sceptique.

-Vous êtes vraiment têtu. Je suis un vampire, Potter, je cicatrise vite.

-Mais bien sûr ! Ça vous arrange bien. Et moi je suis censé vous croire.

-Faites ce que vous voulez, ça ne va pas perturber ma vie.

Harry reposa sa tête sur l'oreiller et fixa les sphères lumineuses qui flottaient au-dessus de lui.

-En quoi me donner votre sang a pu me sauver ?

-Je ne connais pas encore tous les mécanismes du processus, mais ça fonctionne. En vous faisant boire mon sang couplé au vôtre dans mes veines, votre organisme l'accepte et assimile du sang de vampire. Je vous donne en quelque sorte ma capacité de régénération pendant quelques instants. Ça suffit à ce que votre sang se renouvelle suffisamment vite pour vous sauver. Votre organisme doit déjà être en train de détruire mon sang. Ceci explique votre douleur à votre réveil : votre corps accepte les vertus de mon sang, mais les rejette en même temps. C'est très douloureux. Mais ne vous plaigniez pas, vous êtes en vie. Il n'y avait aucun autre moyen pour vous sauver.

Harry fixa longuement son professeur. Il ne pouvait pas croire qu'il avait fait ça pour lui.

-Je ne me plains pas...Merci.

Severus, inclina brièvement la tête, lui signifiant qu'il acceptait ses remerciements.

En jetant un regard sur le verre brisé qui jonchait le sol, Harry se sentit soudain gêné. Il baissa la tête en triturant le bord de son t-shirt. On le sauvait et lui détruisait tout.

-Je suis désolé pour le désordre que j'ai provoqué. Je veux dire, pour le verre.

D'un geste du menton, il désigna le sol.

-Ce n'est pas grave.

Severus sortit sa baguette et d'un rapide reparo remit tout en place.

-En vous donnant mon sang, reprit Severus, je vous ai aussi donné un peu de ma magie. Vous n'avez pas pu vous contrôler quand vous vous êtes réveillé. Mais ce surplus de magie va disparaître dans très peu de temps.

De l'autre côté de la porte, des pas se firent entendre puis s'éloignèrent.

-Professeur, pourquoi vous me racontez tout ça ? Je ne dis pas que je vous crois quand vous dites être un vampire, mais si c'est vrai, vous n'avez pas peur que je dévoile votre secret à tout le monde ?

-Vous ne vous en souviendrez bientôt plus Potter.

-Comment ça ?

Severus inspira un grand coup et serra sa baguette dans son poing. C'était la partie de l'entretien qu'il redoutait le plus. Il n'aimait pas voir la réaction des gens sans défense quand il leur annonçait qu'il allait voler une partie de leur souvenir, qu'il leur enlevait une partie de leur vie. Mais il n'avait pas le choix. C'était pour ça qu'il était là, entre autres du fait qu'Harry était son élève et qu'il l'avait sauvé.

-Je vais effacer vos souvenirs Potter. Vous allez oublier cette soirée et rentrer tranquillement chez vous.

Harry tressaillit, mais essaya de ne pas montrer sa peur.

-C'est obligatoire ? Si je promets de ne rien dire, on peut éviter d'en passer par là ? Parce que je vous promets vraiment que je ne dirais rien à personne !

-Ça ne marche pas comme ça Potter, je n'ai pas le choix. Personne ne doit connaître notre particularité. C'est un moyen de nous préserver. Et ce n'est pas moi qui décide. Je ne vous laisse pas le choix.

Harry baissa la tête. Apparemment, il n'avait pas le choix, mais il ne voulait pas oublier. Il n'aimait pas l'idée de se sentir impuissant, de ne pas se souvenir alors que les autres s'en rappelleraient. Mais il n'était pas en position de protester : il n'avait pas sa baguette et souffrait le martyre dès qu'il bougeait.

-Vous allez me lancer un sortilège d'oubliette ?

-Non, vous savez bien que ce sort a été interdit à cause des problèmes qu'il a causés pendant la guerre. Je ne peux pas prendre le risque de l'utiliser sur vous. Surtout que j'ai une...capacité qui me permet d'obtenir le même effet à quelques variantes près.

-C'est un truc de vampire ?

-Oui. Enfin, mon « truc » de vampire.

-Les autres ne peuvent pas le faire ?

-Non, répondit Severus, mais certains ont d'autres aptitudes.

-Pas tous les vampires ? Demanda Harry de plus en plus curieux sur ce sujet, faisant fis du fait qu'il n'allait pas s'en souvenir...

-Non, ça dépend de l'ancienneté du vampire et de ses capacités magiques.

-Et pourquoi, vous, vous pouvez faire ça et pas autre chose ?

Severus soupira devant l'insistance du plus jeune, mais répondit malgré tout.

-Je suis un bon légillimens en tant que sorcier. Couplé avec ma nature vampirique, j'arrive à contrôler l'esprit des gens pour les faire oublier en remodelant leur souvenir. Je leur invente un souvenir qui va remplacer l'ancien. Et aucune capacité magique ne peut y résister.

Harry continua à fixer Snape. Il savait qu'il ne lui mentait pas quand il disait être un vampire. Jamais il n'aurait pu inventer toute cette histoire et ne voyait pas pourquoi il lui aurait dit une telle chose qui le desservait. Malgré tout, il avait besoin d'une preuve, même s'il ne s'en souviendra plus. Il n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'il allait tout oublier de cette soirée et continuait inconsciemment à penser que ce qu'il apprendrait ce soir, il s'en souviendrait demain.

-Vous pouvez me monter vos dents s'il vous plaît ?

-J'ai dit non, Potter, ne recommencez pas !

-Mais je vais tout oublier de toute façon ! Protesta Harry. Si vous me les montrez, je promets de ne pas résister quand vous allez effacer ma mémoire. Je vous laisserais faire.

Severus étudia la question. C'est vrai que c'était toujours pénible quand sa victime se débattait et après tout, Potter ne s'en rappellerait plus dans quelques minutes.

-Hmm, d'accord, grommela Severus. Mais ensuite vous ne bougez plus !

-Promis ! S'exclama Harry, tout content d'être arrivé à ses fins.

Péniblement, il se redressa sur son lit, la douleur qui l'habitait l'ayant quelque peu quitté.

Toujours assis sur sa chaise, Severus, détourna les yeux et dans une grimace, dévoila ses dents. Deux anormalement longues canines blanches et pointues se dévoilèrent au regard d'Harry. Luisantes de salive, elles paraissaient suffisamment acérées pour percer de la peau d'une seule pression. Cette vision ne dura que quelques secondes avant que le maître des potions ne referme la bouche. Severus se sentait ridicule, mais si cela permettait d'œuvrer sans résistance de la part de Potter par la suite, il était prêt à ce compromis.

Harry releva les yeux vers ceux de son professeur et remarqua sa gêne, mais ne fit aucun commentaire. Il avait eu ce qu'il voulait. Snape était effectivement un vampire.

Dans un soupir, il se laissa retomber sur le matelas et regarda une nouvelle fois le plafond.

-Je suis prêt professeur.

Il entendit la chaise crisser sur le sol, son professeur se rapprocher de lui et s'asseoir sur le lit à côté de lui. Le matelas s'affaissa sous son poids.

Doucement, Severus se pencha au-dessus du visage du Gryffondor et plongea son regard dans les orbes émeraude. Harry crispa ses doigts sur le drap du lit. Tout son corps lui criait de résister, mais sa volonté était suffisamment forte pour qu'il reste immobile. Il valait mieux que ça se passe tranquillement que dans la douleur. En cas de rébellion, Harry ne savait pas jusqu'où son professeur était prêt à aller pour arriver à ses fins.

-Je vais vous hypnotiser Potter et quand vous vous réveillerez, vous serez devant la maison de votre oncle.

Harry ne dit rien. Severus plaça alors ses mains de part et d'autre de la tête du Survivant pour la lui maintenir et commença.

Harry vit les yeux de son professeur s'obscurcir et sentit son corps se détendre. La même sensation qu'un peu plus tôt dans la ruelle avec les yeux de Liam se fit ressentir. Il se sentit happé par ces yeux maintenant complètement noirs. Son esprit, lentement, s'engourdit. Sa vision ne se réduisit plus qu'aux deux orbes qui lui faisaient face. Tout le reste avait disparu. Toutes ses pensées. Toutes ses sensations. Une irrésistible envie de fermer les yeux et d'oublier le prit.

Alors il ferma les yeux et oublia.

À suivre