DIMANCHE 16 AVRIL 2029

« Darcy, chérie, réveille-toi ! » chantonna Louis, courbé au-dessus du petit lit de sa fille, ses doigts fins jouant avec les douces boucles rousses éparpillées sur l'oreiller.

Un faible grognement provint de la silhouette endormie sous les couvertures, le corps de l'enfant se décalant légèrement sur le matelas.

« Mon cœur, il est l'heure de se lever » reprit le mécheux, poursuivant ses caresses, ne pouvant réprimer le sourire émerveillé qui illumina ses traits lorsque les paupières de la demoiselle s'ouvrirent, dévoilant ses orbes azur tellement semblables aux siens.

« Papa, je suis fatiguée... » gémit doucement la fillette, enfouissant sa tête dans ses draps.

« Je sais, ma puce, il est tôt. Mais, c'est un jour très important, aujourd'hui. Tu n'as pas oublié ? » interrogea-t-il affectueusement, ses bras encerclant la taille de sa fille, la tirant sur ses genoux. Trouvant leur place sur la joue de son père, ses lèvres y déposèrent un petit baiser, son regard déviant ensuite vers le grand calendrier suspendu un peu plus loin sur le mur opposé. Plissant les yeux, la fillette y perçut les quelques mots écrits auparavant.

« Ni-all et... Gemma » déchiffra-t-elle précautionneusement. Ses pupilles s'élargirent, son visage s'éclairant d'un large sourire quand les pièces du puzzle se mirent en place. « C'est le jour du mariage ! » s'exclama-t-elle joyeusement, rebondissant sur les jambes de Louis.

« Oui ma belle, c'est bien ça » répondit-il, sautant sur ses pieds. Son rayon de soleil calé contre son torse, il sortit de sa chambre. S'en suivit le rituel quotidien, qui, grâce au dynamisme de Darcy et sa bonne humeur sempiternelle, ne côtoyait aucunement l'ennui. Le bain, le brossage de dents, l'habillement, les cheveux... Du haut de ses quatre ans, la demoiselle se délectait de l'attention toute particulière que lui offrait le mécheux, le remerciant à chacun de ses gestes par une moue des plus adorables. Une fois ses longues mèches nouées en une tresse élégante, tournoyant dans sa magnifique robe blanche, elle descendit prudemment l'escalier, une marche après l'autre, fermement accrochée à la main de son père.

Jetant un coup d'œil dans la cuisine d'où s'échappait une délicieuse odeur de bacon et d'omelette, la fillette rayonna une nouvelle fois.

« Papa ! » s'écria-t-elle en courant entre les bras ouverts d'Harry qui, l'emprisonnant dans son étreinte, la souleva pour son plus grand plaisir, abandonnant une série de baisers sur ses joues, son front et son nez.
Riant à gorge déployée, Darcy agita ses petites mais, suppliant son père d'arrêter sa douce torture. « Papa, stop ! Ca chatouille ! »

A nouveau en contact avec la terre ferme, la rousse s'installa sur sa chaise haute avec l'aide précieuse du mécheux. S'emparant de sa serviette, la petite-fille la plia aléatoirement, s'amusant à découvrir les moindres formes que pouvaient adopter ce bout de papier.

Profitant de cet instant de calme, Louis rejoignit son petit-ami occupé aux fourneaux, encerclant sa taille de ses bras musclés, sa tête se logeant dans le creux de son cou. Le doux rire d'Harry lui chatouilla les oreilles alors que son souffle effleurait la nuque du benjamin, des frissons de bien-être lui parcourant l'échine. Ses lippes fines frôlant le cou du bouclé, l'ainé permit à sa langue de frôler la peau exposée, ses dents égratignant la chair fine, juste assez pour s'assurer qu'une ecchymose s'y distinguerait plus tard. Sentant les muscles du chanteur se raidir contre son torse, sa respiration progressivement pantelante, le mécheux étouffa un rire contre l'épiderme de l'homme de sa vie.

« Lou... » gémit doucement Harry, ses mains se crispant sur la manche de la poêle devant lui. « Lou, pas
ici... »

Cependant, au moment où Louis s'éloigna, conscient qu'effectivement, ce matin n'était sans doute pas le meilleur moment pour se lancer dans ce genre d'expression de sentiments, ce fut le bouclé qui se retourna, attrapant le visage du plus âgé, embrassant ses lèvres avec une passion dévorante, brulante. Leur langue se battirent, désireuse de dominer l'autre, leurs dents s'entrechoquant violemment. Quand, à bout de souffle, ils furent forcés de se séparer, leur front posé l'un contre l'autre, leur regard animé de cette flamme appelée 'amour', ces quelques mots quittèrent leur bouche presque simultanément : « Je t'aime. »

Alerté par la faible odeur de brulé qui envahi la cuisine, Harry courut vers ses préparations, remplissant leurs trois assiettes, embrassant le sommet du crâne de sa fille, l'arrachant à sa contemplation de sa serviette.

Le repas fut serein, leur conversation et leur rire emplissant agréablement l'espace. Depuis le temps qu'ils l'avaient convoité, ce bonheur leur appartenait. Une famille. Malgré les obstacles jetés en travers de leur chemin, malgré les barrières biologiques qui les empêchait d'avoir un bébé, ce don du ciel que représentait Darcy avait croisé leur route. Pendant une visite d'un institut spécialisé où un petit spectacle du groupe avait été organisé en faveur de jeunes orphelins, le regard perçant de cette fillette à la chevelure de feu avait retenu l'attention du couple de manière indéniable. La représentation terminée, les adieux achevés, à des kilomètres de l'orphelinat, les traits de la demoiselle étaient restés gravés dans leur mémoire. De plus, avec ses boucles et ses orbes clairs, un parfait mélange des particularités des amoureux, elle semblait faite pour eux.

Après une longue discussion avec leur manager, leur famille et leurs amis, Harry et Louis avaient décidé de retourner à l'institution, se renseignant sur la fillette. Elle se prénommait Darcy Watson. Agée d'à peine deux ans, elle avait été amenée par les services sociaux, ses parents, seule famille qui lui restait, étant décédés dans un accident de la route. Ils s'étaient accordés quelques semaines supplémentaires de réflexions, revenant régulièrement pour observer la petite rousse, partager ses jeux ou en apprendre un peu plus sur elle. Et, peu avant le réveillon de Noël, leur décision avait été prise. Oui, ils adopteraient ce bout de chou. Ils rendraient heureuse cette accidentée de la vie. Non, ils ne permettraient pas au destin de la démolir. Ils remonteraient le défi d'élever ce petit ange, l'aimant comme si elle était leur propre fille.

Et ils avaient tenu parole. Depuis un peu plus d'un an, après une série de démarches administratives et de contrôles en tout genre, ils avaient accueilli la demoiselle. Par ses sourires et ses yeux envoutants, elle avait conquis chaque personne composant l'entourage des garçons. Bien sûr, elle ne comprenait pas tout à fait ce qu'il se passait, pourquoi ses parents se trouvaient être deux hommes et non un couple mixte, comme ses amis à l'école. Pourquoi, régulièrement, ses papas se trouvaient en couverture des magazines ou passaient à la télévision. Oui, il y avait énormément de choses à éclairer et à apprendre pour Darcy, seulement, entourée de sa merveilleuse famille, plus rien ne l'empêchait d'accéder au bonheur. Des questions seraient posées, indéniablement. Des cris et des larmes pleuvraient, surement. La réalité serait difficile à accepter, certainement. Mais leur amour ne mourrait jamais, incontestablement.

Les iris sombres de Zayn embrassèrent la scène l'entourant. A sa droite, un pan de mur récemment achevé. A sa gauche, des tas de briques claires. Devant lui, un immense terrain accidenté légèrement boueux. Et, dans son esprit, s'il fermait les yeux et permettait à ses espoirs de l'envahir, son avenir.

Inspirant profondément l'air frais de la campagne le transcendant, le pakistanais se délecta encore quelques minutes du calme apaisant de la région avant de jeter un coup d'œil à sa montre : 7H30. Il ne devrait plus trainer avant de retrouver son appartement, Liam s'inquiétant certainement déjà de son absence prolongée. D'accord, il lui avait promis qu'il ne consacrerait qu'une demi-heure à la construction, mais, comment rester de glace face à un tel spectacle ? Le bonheur, voilà ce qu'il contemplait.

Effectivement, une dizaine de secondes plus tard, rompant la quiétude du village, le téléphone du chanteur trembla fortement dans la poche de son pantalon. S'en emparant prestement, un sourire illuminant ses traits alors que l'identité de son correspondant éclaira l'écran, il pressa l'appareil contre son oreille, saluant chaleureusement son petit-ami.

« Salut, mon ange ! »

« Hors de question, tu te gardes tes mots doux et tu appuies sur ton accélérateur pour ramener tes jolies petites fesses à la maison ! Si on ne se dirige pas vers l'église dans une heure, on n'arrivera jamais à temps pour le mariage et Niall nous détestera à vie ! »

« Liam, tout va bien ! » rigola-t-il doucement face à la panique effervescente teintant la voix du châtain.

« Ne t'inquiètes pas, nous serons parfaitement à l'heure ! J'ai encore au moins dix minutes devant moi. »

« Pardon ? Ne me dis pas que tu es toujours sur le chantier ? Zayn, bon sang, on n'a pas de temps à perdre, aujourd'hui ! Si tes mèches noires n'ont pas passé le seuil de notre porte dans un quart d'heure, je pars sans toi ! »

Un soupir chancelant passa les lèvres du métis, et, même par l'intermédiaire du portable, le benjamin devina qu'il avait manqué d'habilité. Leur emménagement dans leur propre maison était un évènement tellement attendu par le pakistanais...

« Désolé, ce n'est pas ce que je voulais dire... » s'excusa doucement le châtain, regrettant aussitôt ses paroles précédentes.

« Si, c'est exactement ce que tu voulais dire... »

« Zayn, s'il te plait, pas maintenant. Pas aujourd'hui. Le mariage de Niall est une occasion tellement unique et importante...»

« Parce que notre maison n'est pas important, elle » interrompit sèchement le métis, se mordant la lèvre au ton involontairement acide de sa voix.

« Zayn, mon cœur, tu sais parfaitement que rien ne me rends plus heureux que l'évolution de cette construction. On en a déjà parlé des centaines de fois, je veux vivre avec toi, entouré de plein d'enfants au milieu des champs comme dans toutes ces comédies romantiques où les couples vivent heureux jusqu'à la fin de leurs jours ! Parce que, je te le promets, on vivra heureux jusqu'à la fin de nos jours, je n'ai aucun doute là-dessus. Je t'aime et je veux passer ma vie à tes côtés » s'exclama le chanteur, une émotion brute chatouillant les oreilles du métis.

« Alors, pourquoi ? Pourquoi l'avancement du chantier te laisse-t-il aussi indifférent ? Les véritables travaux ont commencé cette semaine, on distingue enfin les premiers éléments et tu ne t'es même pas rendu sur le terrain ! »

« Chéri, je n'ai pas réellement été maître de mon temps, cette semaine. Et, de même, cette journée ne nous appartient pas. Notre meilleur ami va se marier, épouser celle qui fait battre son cœur, celle qui lui donne une raison de se lever chaque matin. J'aurais adoré assister à la pose de la première pierre mais les préparatifs de la fête ont pris tellement d'ampleur ! Tous ces efforts pour en arriver à ce jour que Niall et nous tous espérons parfait. Alors, temporairement, nous devons mettre notre paradis entre parenthèses et se plonger dans le sien pour prendre part au plus beau jour de sa vie, comme lui le fera quand ce sera notre tour. »

« Tu... Tu veux qu'on se marie ? »

« Tu ne croyais quand même pas que j'allais me contenter de te présenter comme mon petit-ami éternellement ? » railla tendrement le benjamin. « Evidemment, que je veux t'épouser. Je veux que nous soyons liés officiellement, que notre amour soit reconnu par la loi, pour m'assurer que plus jamais personne n'essaiera de mettre ses pates sur toi. Quand je pense aux regards envieux que t'adressent la plupart de nos fans pendant nos apparitions, j'en ai des frissons... Alors, quand le moment sera venu, ce sera notre tour. Et Niall sera présent, tout comme nous aujourd'hui. »

« Je vous aime, Liam Payne. Si vous saviez à quel point je vous aime... »

« Cela est réciproque, très cher ! Au fait, Gemma a appelé ce matin... » poursuivit Liam, et malgré la distance, Zayn le devina jouer avec ses doigts, la nervosité dans sa voix plus que familière après toutes ces années.

« Tout va bien ? » s'inquiéta aussitôt le jeune homme, se dirigeant vers sa voiture garée un peu plus loin.

« Oui, oui, ne t'en fais pas. Elle voulait simplement mentionner que ton papa l'avait appelée hier soir... »

« Oh... » Cette unique et presque imperceptible syllabe roulant sur la langue du chanteur en indiqua bien plus que n'importe quelle autre réaction.

Liam était conscient de la frayeur qui tordait les entrailles de son copain lorsqu'il envisageait leur futur. Ils
s'aiment, le monde l'avait accepté, la presse avait fini par se calmer, les rares cruautés avaient disparus. Les pièces semblaient s'être mises naturellement en place, seulement, l'une d'entre elles manquait, détruisant l'harmonie du puzzle, planant telle une ombre noire sur leur amour invincible.

Quelques mois après le premier baiser qu'ils avaient échangé, main dans la main, ils avaient fait le voyage
jusque Bradford, rendant une visite surprise à la famille du métis. S'installant dans le salon des parents du pakistanais, entourés de ses trois sœurs, Zayn assisté de Liam avait annoncé leur relation, affirmant ses sentiments et revendiquant leur différence. Les multiples réactions ne s'étaient pas faites attendre. Les trois jeunes filles, habituées à la proximité complexe des garçons et attendries par l'éclat amoureux de leurs yeux avaient hurlé de joie, sautant dans les bras ouverts des chanteurs. Patricia avait rapidement rejoint l'étreinte, félicitant les garçons. L'homme avait longuement dévisagé son fils, ses traits tirés témoins de son débat intérieur. Son fils était heureux, cela devrait résumer l'essentiel, non ? Malheureusement, non. Allait-il balayer en une fraction de seconde des préceptes instaurés depuis des siècles ? L'homosexualité était un pêché dans leur religion, comment accepter l'impardonnable ? Cette réponse, il ne la détenait pas. Voilà pourquoi, dans le silence épais qui entourait l'aveu, il s'était lentement redressé et avait disparu dans le couloir, la porte d'entrée claquant quelques secondes plus tard. Cela était le dernier contact qu'il avait eu avec son géniteur, anciennement son model sur Terre, désormais le visage le hantant la nuit.

Alors, oui, Liam comprenait la curiosité paniquée qui caractérisait la voix de son petit-ami.

« Gemma n'avait pas eu confirmation de sa venue, et il a accepté d'accompagner ta maman et tes sœurs à la cérémonie. Il sera là, Zayn. Il sera là uniquement pour te voir. Il prétend vouloir s'excuser... »

Seul le silence résonna entre eux.

« Il a également demandé à Gemma comment tu allais, si ta santé suivait toujours le rythme acharné du groupe et si tu restais loin des lames de rasoir et des cigarettes. Mon cœur, il n'a jamais cessé de s'intéresser à toi. Il lui a simplement fallu du temps pour accepter la nouvelle... »

« Sept ans, Liam. Sept putains d'années où les larmes me montaient aux yeux à chaque fois que l'un d'entre vous mentionnait sa famille. Je n'ai pas entendu le son de sa voix depuis sept ans. Cela fait tellement longtemps que j'ai peur de ne plus la reconnaître quand je l'entendrai. Tu crois vraiment qu'il s'intéresse ? Non, il essaie simplement de ne pas passer pour le salaud égoïste qu'il est. S'il tenait vraiment à moi, il saurait que cela fait trois ans que je ne fume plus et que ma thérapie contre l'automutilation s'est achevée il y a cinq ans. Ma mère connait parfaitement ces informations, mais, visiblement, il a oublié de l'interroger ces derniers mois... »

« Un jour ou l'autre, tu devras le confronter. Ce jour est arrivé, Zayn. Mais je serai constamment à tes côtés. Il a essayé de nous séparer une fois, il a échoué. A nous de lui prouver que ce n'était pas dû au hasard. »

« Tu seras là, toujours, tu me le promets ? Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse ? »

« Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, je serai là. Pour toujours et à jamais... »

Un sourire lumineux éclairant son visage fin, une élégante robe beige épousant ses courbes gracieuses, Eleanor Calder pénétra dans l'église prestigieuse dans laquelle se déroulerait le mariage. A ses côtés, un bras posé autour de sa taille, habillé d'un costume noir des plus classiques se tenait son petit-ami depuis désormais six ans, Josh Devine. Après l'obscur trafic de drogues qui avait failli lui couter la vie, la jeune femme avait accompagné les garçons en tournée pendant quelques mois, suivant des cours par correspondance. Ce fut lors de cette visite détaillée du Royaume-Unis qu'elle avait fait la connaissance du batteur du groupe. Les étincelles avaient été immédiates. Un coup de foudre ? Non, il y avait longtemps que la magie ne représentait plus rien à ses yeux. Mais, un coup de cœur fulgurant, certainement. Au fil des discussions et des rendez-vous, leur alchimie s'était développée jusqu'à atteindre son apogée et se transformer en un baiser timide et pourtant passionné. Depuis, ils étaient officiellement ensemble et l'affection qu'ils partageaient n'avait montré aucun signe de faiblesse. Justement, depuis quelques jours, le jeune couple avait appris que cette tendresse avait pris la forme d'un cadeau du ciel, et, que, prochainement, leur famille s'agrandirait.

Se faufilant dans l'arrière du bâtiment où deux vestiaires se faisaient face, échangeant un dernier baiser et
quelques mots doux, ils se séparèrent, la demoiselle retrouvant la mariée, le batteur rencontrant le futur époux. A l'instant où elle posa le pied dans la pièce réservée à Gemma, Eleanor sentit, impuissante, ses yeux s'humidifier et les larmes se presser contre le bord de ses paupières. Etouffant un sanglot, elle se racla fermement la gorge, tentant de reprendre son sang-froid alors que la silhouette de l'ainé s'orienta vers elle.

« Eleanor, qu'est-ce qu'on avait dit ? Pas de pleur avant la cérémonie ! » gronda doucement la brune en agitant un doigt soigneusement manucuré. « Hors de question que ma demoiselle d'honneur ait un maquillage dégoulinant et gâché ! »

Réprimant un rire, la concernée s'approcha davantage, l'enlaçant affectueusement. « Désolée, j'arrange ça tout de suite. C'est juste que tu es tellement sublime ! » S'emparant de sa main, elle se détacha de son corps, la faisant tournoyer autour d'elle, sa beauté rayonnant de mille feux.

« Une vraie princesse... » murmura la demoiselle, laissant ses yeux examiner consciencieusement la robe blanche. Un corset paré de dentelle translucide embrassant sa poitrine, la tenue s'élargissait au niveau de ses hanches, rejoignant le sol en un tissu fin et léger. « Niall ne va pas en revenir quand il va te voir descendre l'allée. Au fait, tout est prêt ? »

« Oui, les garçons sont avec Niall, l'orchestre et le prête sont en place, les invités sont installés. Dans une quinzaine de minutes, c'est à nous d'entrer en scène... Mais, je t'en supplie ! Parle-moi de tout ce que tu veux mais oublie le mariage. Je suis tellement stressée que je risque de ne jamais sortir de cette pièce si on me rappelle ce que je suis en train de faire ! » S'exclama Gemma, ses orbes chocolat étincelants de crainte, d'impatience, d'excitation et, surtout, d'amour. Un amour impérieux, invulnérable, frôlant l'adoration.

« D'accord, d'accord. En fait, j'ai appris une grande nouvelle il y a quelques jours, et j'avais une question à te poser... » commença doucement la brune, jouant nerveusement avec l'ourlet de sa robe.

« Je t'écoute, qu'est-ce qu'il se passe ? »

« Eh bien, il s'avère que désormais ma vie ne se résumera plus qu'à Josh, mes amis et le travail mais plutôt Josh, mes amis, le travail et un ventre tout rond... »

Rendue muette par l'information fournie par son amie, Gemma resta immobile, ses yeux écarquillés par la surprise alors que ses idées se mettaient lentement en place.

« Alors, je me demandais si, peut-être, cela te plairait de devenir la marraine du bout de chou qui va bientôt pointer le bout de son nez ? » Interrogea-t-elle, sa voix agitée par la vague d'émotions qui la submergea.

« Oh mon dieu, je n'en reviens pas ! Tu es enceinte, tu es enceinte ! » S'écria la future mariée en bondissant dans les bras de sa demoiselle d'honneur, riant aux éclats. « Evidemment, que j'accepte ! Je n'arrive pas à y croire ! J'ai l'impression que ça fait à peine quelques mois que toi et Josh avez commencé à vous voir ! »

« Je sais, le temps passe tellement vite... Tu te rends compte, tu vas épouser Niall ! Tu vas te marier, c'est incroyable. »

« Non, je ne réalise pas dans quelques heures je serai une femme mariée. Wow, rien que le dire c'est étrange mais... Je me rappelle parfaitement de notre premier rendez-vous, du premier baiser que nous avons échangé, de la première nuit qu'on a passé ensemble... Tous ces souvenirs sont tellement clairs, tellement précieux, inoubliables. Il a toujours été parfait, presque comme une évidence en fin de compte. Et je l'aime comme je n'aurai jamais cru aimer qui que ce soit... C'est l'homme de ma vie, je veux vieillir avec lui, fonder une famille à ses côtés, mourir dans ses bras à 120 ans. A quoi bon perdre une seconde de plus, je veux lui appartenir entièrement. »

« Niall et toi êtes vraiment un exemple pour nous, je vous souhaite tout le bonheur du monde. »

Quelques coups légers abandonnés contre la porte du dressing attirèrent l'attention des demoiselles et Anne passa sa tête dans la pièce. « Les filles ? Il est temps d'officialiser cette union ! »

Partageant une dernière étreinte et quelques précieuses félicitations, les jeunes femmes sortirent de leur antre, inspirant profondément avant de rejoindre leur place. Que le spectacle commence, que l'avenir déploie ses ailes...

La cérémonie défila rapidement, purement, majestueusement. L'arrivée de Niall à l'autel, la descente de l'allée de Gemma au bras de son père, le regard amoureux qu'échangèrent les promis, les perles salées emplissant le regard de chacune des personnes présentes dans l'église, le célèbre discours, les sermons répétés, les échanges d'alliances, et, bouclant le cercle de ces semaines de préparatifs, d'excitation et d'impatience, les 'oui' retentissants des amants.

Oui, je le veux.

A ces simples petites syllabes, des milliers de sensations s'épanouirent dans les entrailles des acteurs du
mariage.

Oui, à un amour indestructible entre deux âmes sœurs finalement réunies.

Oui, à un cadeau du ciel confirmant et intensifiant l'amour partagé par un couple inattendu.

Oui, au défi d'élever une enfant brisée avec une tendresse éternelle.

Oui, au pardon demandé par un père ayant retrouvé la raison.

Les regards de ces huit jeunes adultes se croisèrent, reflétant la même ambition, exaltant la même détermination, brillant des mêmes intentions, remplis de promesses indomptables.

Oui, au bonheur.