J'aperçus sans vraiment y prêter attention John tirer la chaise de Kyle O'Connell vers une autre pièce, accompagné de Fusco, tandis que Carter s'occupait du cas de Stephen Faggiarelli. Des questions s'élevèrent, mais je ne saurais vous dire quel en était le sujet car Harold Finch me fascinait. En apparence, cet homme n'avait rien d'extraordinaire au point d'éveiller un intérêt soutenu. A part son costume soigné qui pouvait attirer le regard, il n'y avait aucune raison d'étudier cette personne. Pourtant, il y avait en Harold Finch un quelque chose qui me donnait envie d'en savoir plus. Finch sembla lire dans mes pensées car il me prit sur le vif.
-Vous semblez intriguée, mademoiselle Mulkaney.
-Euh… je… euh…
Je passais vraiment pour une idiote avec ce bafouillement. Je fus gênée d'avoir été prise en flagrant délit. Finch continua en faisant fi de mon embarras :
-Je suis vraiment désolé que vous vous soyez retrouvée dans cette situation. Nous aurions préféré que cela se passe autrement. Heureusement, vous n'êtes pas blessée.
-Grâce à John…
-Il me semble aussi que vous avez concouru pour éloigner monsieur Bellowes de ces personnes malintentionnées… Je parle de la course-poursuite en voiture… Et de votre coup de coude à votre preneur d'otage…
-Je crois que je n'ai pas réfléchi à ce moment-là… Ca m'a paru être la seule solution… Une sorte de réflexe…
-Nous pouvons dire que vous avez de bons réflexes, alors…
Finch me sourit. C'était bizarre. Je ne le voyais pas vraiment en être humain capable de sourire. Il se concentra à nouveau sur son ordinateur. Quant à moi, cet interlude me permit de repenser à toute cette affaire.

Carter et Fusco n'avaient pas appelé de renforts, donc la collaboration de ces deux policiers avec John et Finch n'entrait pas dans leurs missions officielles. Sinon, pour quelle raison se priver d'hommes supplémentaires ? Qu'est-ce qui motivait ces deux policiers à aider John et Harold ? Une lassitude professionnelle face à des crimes et coupables impunis ? Une volonté d'en faire plus pour les autres ?
D'ailleurs, quelles étaient les modalités d'intervention de tout ce petit monde ? Qui décidait de la personne à aider ? Son nom apparaissait-il dans la base de données de la police suite à une plainte, un témoignage qui pouvait se retourner contre elle ? Dans ce cas-là, pourquoi Carter et Fusco agissaient dans la discrétion ? Ou soufflaient-ils en off l'identité à Finch et John pour qu'ils fassent une enquête préliminaire ? Ou étaient-ce John et Harold qui détectaient la personne susceptible de courir un danger et appelaient les lieutenants en renfort ? Quoi qu'il en soit, parmi les millions d'habitants que comptait New York, comment déceler un nom ? N'importe qui pouvait s'empêtrer dans des problèmes plus ou moins complexes sans que les autorités soient au courant : vol, meurtre, agression, dettes de jeu, etc. Comment pouvait-on repérer ces personnes ? Mon cerveau était en pleine ébullition, je n'en pouvais plus.
-Comment avez-vous su que Damian avait besoin d'aide ? Pourquoi lui ?
Finch releva la tête et me regarda, surpris.
-D'habitude, les gens préfèrent rentrer chez eux plutôt que poser des questions sur notre activité. Vous vous ajustez à cette situation d'une manière très personnelle, mademoiselle Bellowes.
-John m'a dit qu'il aidait les gens, et que c'était aussi le cas pour vous et les lieutenants Carter et Fusco. Ceci-dit, cela n'explique pas pourquoi vous le faîtes en dehors du cadre, on va dire, conventionnel… Est-ce que vous travaillez pour une agence privée ?
-Disons que nous préférons maintenir un effectif réduit.
-Alors vous n'êtes pas une agence…
-Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit…
-Si vous étiez une agence de détectives privés ou quelque chose qui y ressemble, je ne vois pas pourquoi vous ne l'auriez pas mentionné. John est resté vague sur la nature de votre équipe. Damian n'est pas le genre de personne qui puisse avoir les moyens de louer les services d'une agence pour régler dans la plus grande discrétion des conflits risquant de le compromettre dans un terrible scandale… Vous n'êtes pas des gardes du corps ni des spécialistes en gestion de crise, à moins que Carter et Fusco n'aient un second emploi… Alors tout cela me conduit à penser que vous agissez seuls, en parallèle. Mais ça n'explique pas comment vous venez à ceux qui ont besoin d'aide… Comme avec Damian…

Finch était interloqué par ma détermination à avoir des réponses claires malgré toutes ces aventures délicates. Mon discours fut un moyen pour Damian d'atténuer son angoisse pendant un cours instant et de sortir de son mutisme car il commença à participer à l'échange, toujours debout au niveau de la cheminée.
-C'est vrai, ça… Comment avez-vous su qu'on faisait pression sur moi et que des hommes allaient venir chez moi ?
Il avait regardé Finch avec curiosité, tout comme moi. Quelque chose dans la question de Damian fit tilt dans mon esprit. Je lui demandai :
-Quand John est arrivé chez vous, il savait déjà que des hommes viendraient ?
-Il m'a dit qu'on devait se dépêcher car des personnes risquaient d'arriver d'un moment à l'autre pour me capturer.
-Et vous ne l'aviez jamais vu avant ?
-Jamais.
-Ni les lieutenants Fusco et Carter ? Ni monsieur Finch ?
-Jamais.
-Ils vous ont peut-être suivi sans que vous vous en rendiez compte… Mais comment savaient-ils que vous étiez en danger imminent, avant de vous suivre ? Je veux dire, quel a été l'élément déclencheur de cette protection ?
-Je n'en sais rien, demandez-lui plutôt.
Damian fit un signe de tête en direction de Finch. Ce dernier était resté silencieux. Je regardai alors son ordinateur portable, puis repensai aux moments où le nom de Finch avait été associé aux échanges avec John lors de notre chevauchée, à la localisation de personnes, à l'identification de Kyle et Stephen via les réseaux sociaux, puis au fait que Finch m'avait rappelé les geeks.
-Est-ce que vous identifiez les personnes qui ont besoin d'aide grâce à un programme informatique ?