John et Harold s'étaient retranchés près d'un hangar, à l'abri des regards des badauds. Carter et Fusco disposaient Dean, Isabelle et tous leurs complices près de l'entrée d'un autre bâtiment. Ils avaient garé leur voiture non loin de là. Des membres du personnel de l'aérodrome avaient rejoint les lieutenants pour s'informer de la situation et transmettre les nouvelles aux adhérents qui avaient été interrompus dans leurs activités. Joss et Lionel sollicitaient quelques salariés pour les assister. Des employés observaient, pantois, leur directeur, assis en tailleur, les mains menottées dans le dos, avec un chiffon en guise de bandage temporaire sur son avant-bras droit, ainsi que les autres complices internes. Swift était situé entre Dean et Isabelle. Dean était dépité. Isabelle aussi. Elle regardait son futur ex-mari (je me disais qu'après cette déconvenue, Damian allait probablement demander le divorce, en tout cas, si j'avais été à sa place, je l'aurai fait) attaquer sa fille avec une rafale de bisous et de câlins. Isabelle réalisait qu'elle ne verrait plus sa fille autant qu'avant. Regrettait-elle son appât du gain ? Sûrement. Non seulement elle avait perdu l'amour de son mari et le futur respect de sa fille, mais elle avait aussi perdu la passion, fut-elle véritable et vouée à la longévité, de son amant. Ce dernier évitait farouchement son regard. Quand il le croisa par hasard parce qu'il suivait les pas de Carter, Isabelle tenta une communication et Dean lui tourna le dos aussitôt, comme si elle avait été Méduse et que sa vie en dépendait donc. Isabelle regarda à nouveau son mari et sa fillette qui étaient heureux sans elle. Cette scène était à la fois une fin joyeuse et une tragédie.

Je regardais le tableau aux côtés de Reese et Finch. Je les avais rattrapés pour leur demander s'ils allaient partir. Finch m'avait répondu que l'heure était venue pour eux de s'éclipser et laisser la police intervenir officiellement.

-C'est vraiment dommage que personne ne sache le rôle que vous avez joué, soupirai-je.

-C'est mieux ainsi, me répondit Finch.

-Vraiment ?

-Ne vous inquiétez pas pour nous, me dit John, voyant ma mine déçue par cette acceptation.

-Au fait, monsieur Finch, comment avez-vous fait pour arrêter l'avion ? Vous l'avez piraté à distance ? demandai-je.

-Oui, je l'avoue, j'ai usé de moyens peu conventionnels pour arrêter cet appareil…

Finch était un peu embarrassé.

-De façon générale, vous n'êtes pas conventionnels… commentai-je.

Finch fit un léger sourire, John également. Nous regardâmes encore une fois la scène qui s'offrait devant nous. Je répétai ma pensée :

-Je trouve quand même dommage que personne ne saura ce que vous avez fait. Pas même la police… Ça aurait donné une collaboration du tonnerre, et surtout, ça aurait remonté le moral des new yorkais de savoir que vous êtes là… Ce n'est pas juste…

John me regarda, touché par ma réaction.

-Vous savez, Jordana, il existe plusieurs façons d'aider les gens. Le destin a fait que nous donnons un coup de main à notre prochain en restant dans l'ombre. Mais beaucoup d'autres le font avec plus de visibilité. C'est toujours un bon début de commencer comme cela. A chacun de trouver la méthode qui lui convient le mieux.

John regarda Carter et Fusco qui dirigeaient les opérations, avant de se tourner à nouveau vers moi.

-Certaines personnes choisissent de rester anonymes, d'autres se révèlent dans un groupe, dans la lumière, et c'en reste très noble. Vous êtes une jeune femme plein de motivation et de ressources. Vous trouverez votre chemin.

John lança un regard furtif vers Carter et Fusco, comme s'il voulait me transmettre un message, puis me sourit et tira sa révérence.

-Au revoir, Jordana. Prenez soin de vous.

-Au revoir, John, Finch.

-Merci pour votre présence, Jordana, termina Finch.

J'observai les deux hommes se retirer du champ de bataille après le combat, fiers de ce qu'ils avaient accompli et n'attendant rien en retour sauf l'assurance que ceux pour qui ils avaient lutté étaient désormais à l'abri, tout en ressassant les paroles de John. A un moment, je me retournai en direction des lieutenants Fusco et Carter, les mots de Reese toujours en tête. Carter plaçait Dean dans la voiture. Le prisonnier faisait tout pour retarder ce moment et provoquait verbalement Carter, mais celle-ci resta maître de la situation et lui claqua la portière au nez. Fusco, debout, accoudé à la portière du conducteur entrouverte, sembla taquiner sa coéquipière. Elle secoua la tête, exaspérée du comportement de Dean. Fusco rigola et reprit la discussion qu'il avait commencée avec le poste de police, via l'émetteur-récepteur.

Je n'allais pas oublier ces quatre personnes de sitôt. Elles gardaient encore une part de mystère que je rechignai à découvrir. L'inconnu contribuait au charme. Damian avait retrouvé sa fille, Dean et ses complices ne menaceraient plus personne pendant longtemps. C'était ce qui comptait. Je ne fus pas convaincue que Finch, Reese, Fusco et Carter me garderaient en mémoire très longtemps, et ne sus jamais qu'en réalité, je continuai à être le sujet de conversation de John et Harold sur leur chemin de retour…