A Litany at dusk de duskwatcher2153

Tous les personnages appartiennent à S. Meyer

La fic a été écrite par duskwatcher 2153 qui m'a donné l'autorisation de la traduire. Vous trouverez les liens de l'originale dans mes favoris.

Cette fic est rated M pour d'excellentes raisons,

pas seulement pour les lemons mais surtout pour les thèmes adultes qu'elle aborde.

Cette lecture est vivement déconseillée aux mineurs

- Complète en 34 chapitres -


LA LITANIE DU CREPUSCULE

Note de l'auteur : Gardez à l'esprit que le passé d'Edward est totalement différent de celui que l'on connait dans la saga. Edward est un 'vrai vampire' il chasse des hommes et là il va à Forks pour la première fois, pour essayer de réintégrer sa famille, il est torturé et désespéré...

...

1 - LE RETOUR DE L'ENFANT PRODIGUE

Edward

Christopher Sloane

Chester Smith

Duvall Smith

Levoyne Sorkin

Frank Sterrit

Carl Stubbs

Frederick Surdyka

Alan Swett

Roger Swiderski

Alfred Sylvia

Laurence Symmons

Une énumération de noms, une liste que je connais par cœur. Je la récite chaque jour au crépuscule, quelquefois par ordre alphabétique, quelquefois chronologiquement, quelquefois aléatoirement. Ça permet à cette liste de ne pas devenir un bredouillement de sons dénués de sens.

Seul le phare de la moto éclairait la route sombre, et je continuais à réciter tandis que la ligne blanche défilait sur l'autoroute. L'incessant ronronnement de la moto emplissait mes oreilles. Le feuillage, de part et d'autre de l'autoroute devenait encore plus sombre depuis qu'il faisait nuit. Cette route traverse des zones peu peuplées et je n'ai pas vu de voitures depuis des kilomètres.

Peter Tesscini

David Troutman

Martha Troutman

Saul Turetzky

Sanford Tyler

Hiko Umezawa

Victor Uroz

Tant de noms. Tant de vies. Le vent ébouriffait mes cheveux et j'étais reconnaissant que les lunettes de soleil protègent mes yeux des moucherons qui apparaissaient à la tombée de la nuit. La trépidation de la moto puissante entre mes jambes accentuait le rythme insistant de la liste. C'était une Harley Davidson Night Rod et j'étais dessus depuis des jours.

Je trouvais plus facile d'énumérer cette liste si je voyageais comme je le faisais actuellement. D'une certaine façon égrener les noms au fil des kilomètres rendait cela plus facile à supporter. Comme si je les laissais derrière moi, et pouvais repartir en arrière comme la personne que j'avais été il y a longtemps.

J'approchais de la fin de mon énumération lorsque je tournais dans le chemin de terre bien caché. C'était juste comme Emmett me l'avait décrit. Je rentrais à la maison, une maison que je n'avais jamais vue avant. J'étais agité car je ne savais pas si ce serait une maison pour moi ou si c'était juste la maison de ma famille.

En remontant la longue allée, je vis la lumière dorée accueillante briller par les fenêtres. C'était encore une maison spectaculaire, contemporaine, moderne avec beaucoup de murs en verre, située dans une clairière dominée par six énormes pins. Les ombres sous les arbres s'obscurcissaient rapidement tandis que du crépuscule on passait à la nuit, les arbres étaient aussi sinistres que la maison était accueillante.

J'arrêtai la moto. Je l'éteignis et la mis sur la béquille. Baissant la tête et serrant mon poing ganté sur ma jambe vêtue de cuir, j'ouvris mon esprit. Je percevais le ténor de six voix différentes ; ils étaient tous là. Chaque voix avait sa propre tonalité et leur ensemble était comme entendre ma chanson préférée des années passées. Je scannai leurs pensées et entendis mon nom en chacune d'elles. Cependant seuls Esmée et Carlisle venaient m'accueillir. Ce devait être dû à Alice et je sentis un sentiment de gratitude à son égard. La dernière chose que je voulais, c'était éviter que mon retour soit un prétexte heureux pour fêter des retrouvailles.

Je retirai mes lunettes de soleil et les rangeai dans la sacoche accrochée à l'arrière de la moto. Je dégrippai les gants en cuir doigt après doigt et les secouai. J'avais roulé pendant quarante-huit heures sans arrêt. Je n'étais pas fatigué, je n'avais pas ce luxe mais j'étais épuisé. Epuisé par ma vie et où elle m'avait menée. Maintenant elle m'avait amenée ici. Le mouton était rentré au bercail. Le fils prodigue était de retour.

Esmée et Carlisle m'attendaient à la porte tandis que je grimpai les marches. Esmée m'attira tout de suite dans ses bras, sa pâle beauté irradiait la bienvenue et le réconfort. "Si contente que tu sois là," murmura-t-elle. J'enroulai mes bras autour d'elle et je penchai ma tête pour sentir ses cheveux sur mon visage. Elle était fraîche et rigide sous mes mains contrairement à mes victimes. Je fermai les yeux et me souvins que la dernière fois que j'avais été touché par l'affection c'était il y avait plus de quatorze ans. Esmée mit des mots sur ce que je pensais. "Ça fait trop longtemps."

Cela faisait bien longtemps que je n'avais eu de relation d'un genre quelconque. J'avais erré à travers l'Amérique du Nord tellement longtemps. Toujours me déplaçant, n'allant jamais nulle part, j'avais été le nomade par excellence. J'étais allé partout comme une feuille poussée au gré des courants de la rivière. Je me nourrissais lorsque la soif devenait trop forte et j'étais prudent dans le choix de mes victimes. Ce fut ainsi jusqu'au mois dernier et à présent je me questionnais sur mon existence et son but qui n'était que vengeance.

Esmée recula et posa sa main sur mon visage, sans doute pour remarquer la noirceur et les cernes sous mes yeux. "Tu ne t'es pas nourri." Ce n'était pas une question.

Je posai ma main sur les siennes et souris à son inquiétude maternelle. Il y a des années j'aurai rejeté toutes ses préoccupations comme une intrusion inutile dans ma vie mais à présent je le prenais pour le signe d'affection que c'était.

"Non." Je ne voulais pas arriver sur le seuil de Carlisle avec les yeux cramoisis. Je le respectais trop pour afficher mes choix.

Regardant par dessus l'épaule d'Esmée je rencontrais les yeux dorés de Carlisle. Il est mon créateur et mon père de toutes les façons qui comptent. Esmée recula tandis que Carlisle s'avançait. Je me sentis comme si j'étais au bord d'un gouffre profond et quand il m'a pris dans ses bras, c'était comme s'il m'avait tiré loin du bord de la falaise. Je commençai à trembler fortement à cause des émotions qui ne pouvaient pas s'exprimer, le désespoir, la tristesse, la honte, le soulagement d'être bien accueilli, l'amour pour son esprit clair et aimant et le sentiment écrasant de perte. Je fermai les yeux et posai ma tête sur son épaule, avec presque les larmes aux yeux et un sentiment de paradis que je ressentais dans ses bras. Je devais ma vie à cet homme et bien plus encore et je l'avais remboursé de façon déplorable. Pourtant chaque fois que je lui demandai quelque chose il me donnait tout ce dont j'avais besoin, sans contrainte et avec les deux mains tendues. Je ne méritai pas d'avoir Carlisle dans ma vie et malheureusement j'en étais conscient. "Puis-je rester ici un moment?" murmurai-je sans lever la tête.

Ses bras se resserrèrent autour de moi et je sentis sa main caresser ma tête. "Evidemment, nous sommes ta famille."

Esmée toucha mon dos. "Ta place est avec nous."

Je déglutis difficilement essayant de contrôler mes émotions. Je ne savais pas si c'était vrai ou non. Un son étouffé m'échappa avant que je retrouve ma maîtrise. La seule chose que je savais de façon certaine c'est que je ne pouvais plus vivre ma vie de la façon dont je l'avais vécue pendant une grande partie de ces soixante-dix ans.

"Vous ne savez pas ce que ça signifie pour moi de vous entendre dire cela," étouffai-je. Je n'en pouvais plus de la mort et de la violence. Avant j'avais toujours justifié mon existence rationnellement en disant que je ne sélectionnais que des monstres, j'étais prêt à admettre que je n'étais pas bon pour jouer à Dieu, j'étais prêt à admettre que le monde n'était pas tout blanc ou tout noir. J'étais prêt à capituler.

"Oh mon fils," murmura Carlisle ses bras me serrèrent encore plus fort. Ses pensées retournaient en arrière, au moment où il m'avait transformé et à nos premières années ensemble, les moments que nous avions passés à voyager et à vivre ensemble apprenant à nous connaître. J'étais revenu pour vivre comme lui plusieurs fois pendant ces soixante-dix ans mais à chaque fois, après des mois ou des années, j'avais voulais partir à nouveau juste pour régler des injustices dans le monde comme si c'était à moi de le faire. Je ne me raccrochais plus à ce prétexte maintenant.

"Merci," dis-je doucement en tenant toujours Carlisle. Ma poitrine semblait s'ouvrir de gratitude et de soulagement. J'étais à la croisée des chemins de ma vie, et j'avais envie de la patiente sagesse de Carlisle pour m'aider à remettre un certain ordre dans cette pagaille que j'avais fait de ma réalité. S'il me rejetait je n'avais plus nulle part ailleurs où aller et cette pensée me terrifiait.

Carlisle me relâcha et je m'éloignai à contrecœur. Esmée me prit par la main et sourit, m'accompagnant à l'intérieur. "Nous avons une chambre pour toi. Peu importe où nous vivons, il y a toujours une chambre pour toi."

J'hésitai mais Carlisle plaça une main sur mon épaule. Ses pensées étaient claires et compatissantes comme toujours. Vas-y, nous parlerons plus tard.

"Merci," murmurai-je de nouveau laissant Esmée me guider.

Elle se tourna vers moi tandis que nous montions l'escalier élégant en chrome et bois. "Tes frères et sœurs voulaient te saluer mais Alice a vu que tu avais besoin d'un peu de temps."

Je hochai la tête tandis que nous pénétrions dans le hall. "S'il te plait remercie-les, mais..." Je ne pus même pas finir ma phrase. Je ne pouvais pas gérer leur délicatesse et leur acceptation. Je les aimais mais je me sentais indigne de leur amour et voir tout ça dans leur yeux me ferait sentir seulement plus exclu. J'avais désespérément besoin d'un moment de silence et de paix.

La chambre au bout du couloir était grande et avait une énorme baie vitrée qui donnait sur une prairie, il y avait aussi un ruisseau qui disparaissait rapidement dans la noirceur de la nuit. Les meubles étaient peu nombreux : un canapé en cuir noir, un bureau, une stéréo avec une petite collection de cd, un écran plat. "J'espère que ça te plait." Ses yeux étaient obscurcis par l'inquiétude, elle voyait quelque chose de détraqué en moi, quelque chose qu'elle n'avait jamais vu avant et ça l'inquiétait.

"C'est plus que ce que j'aurais pu souhaiter." Je me serais contenté d'un trou au sous-sol.

"Il y a un piano en bas. Peut-être viendras-tu jouer...?" Elle sourit d'espoir. Esmée se sentait beaucoup mieux lorsqu'elle avait toute sa famille autour d'elle. Elle était le cœur de la famille Cullen et sa joie c'était de nous voir tous ensemble.

"Esmée je ne sais pas si je pourrais. Peut-être plus tard," dis-je sentant ma gorge se resserrer. Je détestais la décevoir mais actuellement je ne pouvais pas faire face à ma famille. Je retombai soudainement dans la profondeur de mon épuisement. J'étais las jusqu'aux os et l'idée d'être seul dans cette chambre tranquille m'appelait irrésistiblement.

"Bien sûr," dit-elle en embrassant ma joue. "Prends tout le temps qu'il te faut." S'arrêtant près de la porte elle me regarda dans les yeux essayant de me montrer sa sincérité. "Bienvenu à la maison Edward. Vraiment, bienvenu à la maison." La porte se referma doucement derrière elle tandis qu'elle me laissait seul.

Je passai mes doigts dans mes cheveux et regardait autour de moi. Il y avait un placard et une salle de bain à droite. Je m'avançai près des portes à la française qui s'ouvraient sur la prairie sombre en bas, les poussai et sentis la bonne odeur des forêts environnantes. La nouvelle lune se levait à l'est. Au-dessous de moi, Rosalie quittait la maison martelant le sol comme une amazone. Emmett arriva, courant après elle et il murmurait à son oreille tandis que sa main glissait sur son cul. "Peut-être bien qu'Edward n'est pas tout seul à vouloir être tranquille. Peut-être que nous pouvons être seuls ... ensemble," suggéra-t-il doucement. Elle lui donna un coup joueur sur le torse et repartit dans sa course.

Il regarda vers la maison et ses yeux me trouvèrent immanquablement. "Mon frère," murmura-t-il sachant que je l'entendais. Avec un coup de poing il frappa sa poitrine à l'endroit où son cœur serait puis il me montra du doigt en un geste d'affection filiale. Je souris et fis le même geste.

"Emmett!" l'appela Rose quelques centaines de mètres plus loin, les mains sur ses hanches.

Il sourit et dit : "A plus tard." Il la rattrapa et l'attrapa, la fit tourner autour de lui avant de la reposer sur ses pieds. Ensemble ils filèrent loin, en franchissant la rivière d'un seul bond et disparaissant au-delà de la forêt. J'entendis encore leurs rires après qu'ils aient disparu.

Leur proximité et leur familiarité me frappa. Je me sentais comme un étranger depuis si longtemps et sans espoir que ça change. Je ne savais pas si je pourrais jamais être un membre de la famille Cullen. J'avais déjà essayé et j'avais échoué, plus d'une fois. C'était moi, c'était toujours moi. Mais la pensée qui faisait grincer mon âme des dents d'angoisse était de savoir si je méritais de faire partie de cette famille. La solitude, le désespoir, la honte contre lesquels je me battais depuis des années m'engloutissaient. Je fermais mon esprit et arrêtais de respirer, arrêtais d'écouter, arrêtais de penser.

...

Je restais comme ça pendant trois jours reprenant conscience seulement au crépuscule. Je voulais prendre le temps de me ressaisir et réciter mon énumération de noms avant de retomber directement dans ce trou noir qui m'engloutissait. Je revins à moi à plusieurs reprises lorsqu'Esmée jetait un coup d'œil dans ma chambre mais je restais tranquille et elle repartirait sur la pointe des pieds bientôt. Le souci qu'elle se faisait pour moi me réchauffait mais je n'étais pas prêt. J'étais malade - le cœur complètement brisé et je ne savais pas s'il y avait un remède à ce que j'avais.

J'avais passé la plus grande partie de mon existence à me nourrir de la lie de l'humanité, de violeurs impénitents, de vendeurs de drogue, de bourreaux d'enfants. A chaque vie que je prenais, je savais qu'un autre humain quelque part serait sauvé grâce à mon action. Je pouvais entendre les pensées du diable et me sentir comme si je nettoyais le monde. Je pensais que je faisais justice, à présent je reconnaissais que ce n'était seulement que de la vengeance et ça faisait un monde de différence.

C'était comme si un voile avait été retiré de mes yeux et je pouvais me voir comme un égoïste, le monstre qui se mentait à lui-même et que j'étais.

J'entendis les pensées d'Alice arriver jusqu'à moi avant qu'elle ne monte l'escalier. Elle était en mission pour Esmée et la détermination transparaissait dans ses pensées. C'était malin de la part d'Esmée d'envoyer la seule personne qui pouvait voir quels mots pourraient me convaincre.

Edward Edward. La porte de ma chambre s'ouvrit. Sors de là, sors de là où que tu sois.

Je soupirai. Ses pensées me montraient qu'elle n'irait nulle part. A contrecœur je m'assis.

Elle était appuyée contre l'embrasure de la porte, habillée d'un jeans et d'un tee-shirt à manches longues. "Il est temps de revenir au monde."

Je frottai mes yeux et la mâchoire. "Bonjour."

Elle entra dans la chambre et vint s'asseoir près de moi. "On m'a envoyé pour t'emmener chasser. Ordres d'Esmée."

Elle me vit sursauter en entendant le mot chasser. "Dans la forêt," s'excusa-t-elle doucement.

Je hochai la tête. La soif devenait insupportable et il me serait plus facile de l'ignorer si je prenais certaines mesures pour y remédier.

Alice posa son bras autour de mes épaules et pencha sa tête contre la mienne. "Je suis heureuse que tu sois revenu." J'entendis ses pensées. "Tu m'as tellement manqué, mon homme en fer blanc," dit-elle en paraphrasant le Magicien d'Oz.

"Je me sens comme lui, tout dur à l'extérieur et creux à l'intérieur."

Elle me sourit avec sympathie et sa main glissa dans mon dos. "Un jour tu seras entier et heureux."

En secouant la tête je tapai sur mon torse. "Pas de cœur."

Elle me regarda dans les yeux et posa sa main sur ma poitrine. "Il est là," chuchota-t-elle. "Tu ne t'en es simplement pas servi. Mais tu peux Edward, tu pourras."

Je la regardai sceptique. "C'est quelque chose que tu as vu?"

Elle recula et secoua la tête. "C'est quelque chose que je sais." Elle se leva et tendit sa main. "Viens."

En bas Jasper nous attendait. "Ça vous dérange si je me joins à vous?"

Il gardait ses pensées pour lui mais j'avais la nette impression qu'il voulait être là pour Alice si je devenais un problème.

"Bien sûr, plus on est de fous plus on rit," dis-je sarcastiquement. Super c'est merveilleux d'inspirer la confiance. Jasper avait bien saisi mon état d'esprit et il ne dit rien de plus tandis que nous nous dirigions tous les trois vers la porte.

"Vers où?" demandai-je sondant les forêts qui nous entouraient.

"Vers l'est," décida Alice. "Dirigeons-nous vers le réservoir."

Jasper me regarda de côté, me jaugeant. "Je pense que tu as perdu en rapidité depuis la dernière course que nous avons faite ensemble."

Je lui souris. "Tu voudrais bien."

"Oh oh," un sourire lent s'étira sur son visage. "Ça ressemble à un défi."

"Un défi? Tu veux dire un pari?"

"Eh bien je serai ravi de voir ce qu'on peut faire avec cette moto."

"Et si je gagne?"

"Et si tu gagnes," dit-il en soulignant le si, tu auras libre accès à toute ma collection de cd."

Je fronçai les sourcils. "Est-ce que ton goût en matière de musique s'est amélioré?"

"Ce sera l'occasion de le découvrir."

"Alors fais attention de les garder," dis-je en partant à toute vitesse.

J'entendais les pensées pétulantes d'Alice derrière moi alors que j'allais de l'avant. Moi qui ait toujours voulu faire un tour en moto.

Je rejetai ma tête en arrière et rit. Elle avait déjà vu que j'allais gagner. Cependant Jasper n'allait pas me laisser la victoire aussi facilement. Il était sur mes talons, nous accélérions encore dans la forêt, passant près des arbres qui devenaient flous à cause de la vitesse.

Une demi-heure plus tard je m'arrêtai au bord de la rivière Hoh. J'entendis Jasper freiner à travers les broussailles. Il s'arrêta un peu loin de moi et me rejoignit en souriant.

"Pourquoi souris-tu?" C'était clair qu'il avait perdu.

"J'espère que tu aimes Keith Urban," dit-il d'une voix trainante.

"Génial." Je roulai des yeux.

Alice nous dépassa, courant du plus vite qu'elle pouvait et elle franchit la rivière dans un arc gracieux. "Suivez-moi!" cria-t-elle sans ralentir.

Jasper et moi redémarrâmes après elle. C'était un plaisir de la regarder courir. Ses petits pieds ne semblaient pas toucher terre. Elle effleurait le sol avec la grâce d'un cerf qui court. Nous voyageâmes à travers la forêt et je sentis mon cœur s'alléger. J'avais oublié combien ces personnes m'avaient manqué et la solitude que je ressentais commença à fondre.

Un peu plus tard nous étions sur le cours supérieur de la rivière du Loup Gris. Jasper leva la tête et renifla le vent. "Ours ou élan?" demanda-t-il.

Nous nous regardâmes Jasper et moi dîmes ensemble, "ours". Il leva son poing en l'air pour un petit jeu de papier ciseau caillou pour désamorcer la dispute, une habitude que nous tenions d'Emmett.

Alice tira sur sa chemise. "Tu oublies," dit-elle en appuyant son doigt sur sa tempe. "Il saura. De toute façon j'étais partante pour un herbivore."

Ça faisait très longtemps que je n'avais pas chassé d'ours. J'avais oublié comment atteindre sa jugulaire sans la bouchée de fourrure. Je finis d'aspirer le sang épais et fumé de l'ours, et je roulai sur le dos soutenant ma tête contre le corps qui refroidissait rapidement en enlevant quelques brins de fourrure de ma bouche. Ce n'était pas la même chose que de se nourrir d'humains. Ce ne serait jamais pareil. Ça apaisait la brûlure mais ne la faisait jamais disparaitre. Cet ours avait donné sa vie pour que je survive. Je roulai pour pouvoir toucher son épaule. "Merci," murmurai-je comme je le faisais avec toutes mes victimes, toutes celles qui étaient mortes de mes mains et qui m'avaient permis de vivre.

Serait-ce suffisant? Serai-je enfin prêt et disposé à résister à l'attrait du sang humain définitivement et à vivre comme ma famille le faisait? Je n'avais pas de réponse à cela et ça me faisait peur.

Une odeur dans l'air titilla mon nez. Je me remis sur mes pieds tandis que le vent poussait cet effluve vers moi.

Des humains. Deux. Ils randonnaient, peut-être à deux kilomètres. Je fermai les yeux pour identifier l'odeur. C'était des Asiatiques.

Je rouvris les yeux et Jasper et Alice se tenaient face à moi, une expression méfiante sur leur visage.

"Quoi?" demandai-je avant d'entendre leurs pensées. Il s'étaient approchés très vite dès qu'ils avaient réalisé qu'il y avait des humains dans le coin et ils étaient inquiets que je ne puisse pas me contrôler.

Je secouai la tête, déçu de leur peu de confiance. La connexion que j'avais éprouvée avec eux s'était subitement envolée. Je les dépassai et repartit en direction de la maison. Je ne voulais pas qu'ils voient l'expression sur mon visage qui montrait combien j'avais peu confiance en moi.

Le soleil se couchait alors que nous approchions de la limite ouest du parc. Je m'arrêtai au bord de la prairie, éclairée par une lumière dorée alors que les bords de l'ombre des arbres commençait à l'envahir. "Je crois que je vais m'arrêter ici un certain temps avant de rentrer à la maison."

Jasper et Alice se tournèrent vers moi, de l'inquiétude sur leur visage. Tu es bien sûr?

Je ris presque, ça devenait ridicule. "Je vous en prie, je vais bien. Je n'ai pas besoin de tuer tous les humains que je croise par hasard."

Jasper leva sa main. "Hey mec, je ne voulais pas..."

"Viens," Alice prit la main de Jasper. "Il ira bien."

"Merci pour votre vote de confiance." Je les regardais s'éloigner à travers la prairie.

Carlisle sera bientôt là, m'informa Alice tandis qu'ils disparaissaient sous les arbres.

J'allai au centre de la prairie et m'assis, dans la position classique de la méditation, jambes croisées et mains retournées sur les genoux, je pris une inspiration pour essayer de calmer mon esprit.

Je ne pouvais pas prier mais je pouvais me souvenir. Je murmurai leurs noms avec les yeux clos voyant chacun de leur visage en moi.

Patrick O'Malley

Chester Wainwright

Gordon Hatfield

Michael Donovan

Peter Schoonover

James Keller

Frank DeMaso

Roderic Bergen

Susan Morgan

Yolanda Jimenez

Carlos Corrida

Je sentis la présence de Carlisle quelque part au milieu de la liste. Il me regardait passivement sous le couvert des arbres environnants tandis que je finissais. Une fois fait je baissais la tête, il vint vers moi et s'assit de la même façon que moi. Ces noms — Ceux que tu as tués?

"C'est la seule façon que j'ai de les garder vivants quelque part. Je les ai tués. Ne devrais-je pas en assumer la responsabilité?"

L'église croit que la pénitence sans un changement de comportement ne sert à rien.

"C'est pour ça que je suis là," chuchotai-je. "Je ne veux plus être un ange vengeur. Je ne suis pas la bonne personne pour ce travail."

Les anges sont des créatures solitaires.

Je ris vainement. "Parle-moi de ça."

Tu as toujours porté ce fardeau volontiers.

"Je pensais que je faisais ça pour la bonne cause."

Alors qu'est-ce qui a changé?

"C'est moi qui ai changé." Je serrai le poings devant mes yeux. La honte menaçait de me submerger. "J'ai réalisé que mes motivations étaient loin d'être pures."

"Comment ça?"

"Je tuais en étant en colère," sifflai-je. Une réminiscence de nausée me submergea. J'avais eu tellement de fierté dans ma soi-disant objectivité. Ça en serait risible si ce n'était pas aussi tragique. Je m'étais représenté comme un justicier et à présent je savais que je n'étais pas meilleur que les criminels que je chassais. Ça avait cessé d'être une question de justice et avait commencé à être mon sentiment personnel de profonde indignation.

"Raconte-moi ce qu'il s'est passé".

J'avais ressassé ça encore et encore dans mon esprit.

"C'était à Détroit, il y a un mois. J'en ai entendu trois. Ils étaient en train de violer et de poignarder une jeune fille. Ils étaient sans pitié, diaboliques, remplis de désir et d'envie de meurtre. Je suis rentré dans la pièce par la fenêtre et j'ai tordu deux de leurs cous immédiatement. J'ai pris le troisième pour me nourrir et ..." Je me relevais d'où j'étais assis et commençai à faire les cent pas, incapable de rester là tellement j'étais dégoûté de moi- même. Je me tenais face aux derniers rayons du soleil. Au-dessus de nos têtes les nuages étaient teintés de rose et de mauve, les couleurs de la fin.

Il attendait.

"C'était juste un garçon," murmurai-je. "Il n'avait pas douze ans. Les deux autres aussi."

Mes mains tremblaient tellement les émotions qui couraient en moi étaient fortes. Je me tournai pour faire face à Carlisle qui resta assis sans bouger, ses mains sur ses genoux, ses yeux dorés me regardaient.

"Il m'a regardé avec son visage d'enfant et je me suis arrêté. Ses yeux étaient écarquillés de peur et je l'ai laissé glisser de mes mains. Il s'est éloigné de moi et a pris son couteau. La fille a gémi quand il s'est dirigé vers elle. Avec désinvolture comme s'il s'agissait d'une ordure il s'est penché et lui a tranché la gorge." Je me détournai une fois encore. Je ne pouvais pas supporter le jugement de Carlisle en face. "Il ne l'a pas fait derrière une porte."

C'était un tueur.

"C'était un enfant, Carlisle, un enfant!" braillai-je en me retournant pour le regarder. "Je l'ai tué et j'ai bu son sang parce que j'étais en colère contre lui! Il avait offensé mon sens personnel de ce qui est juste et je l'ai tué pour ça."

Pourquoi est-ce différent des autres?

"Je l'ai fait alors que j'étais en colère. J'ai vécu avec cette image de moi-même : le grand juge impartial qui protège les masses. Et qui va les protéger de moi?"

L'esprit de Carlisle semblait déchiré. Il détestait la violence sous toutes ses formes et pourtant il m'aimait. Combien de vies ont été sauvées grâce à ce que tu as fait? Combien de mères et de pères, de fils et de filles sont en vie aujourd'hui parce que tu as tué leur assassin potentiel? Allons-nous demander à Alice?

Je retournai m'asseoir auprès de lui faisant reposer ma tête sur mes bras que j'enroulais autour de mes genoux. "Je suis plus qu'un meurtrier. C'est ce que j'ai réalisé lorsque j'ai laissé son corps tomber de mes mains, j'étais la pire sorte de voleur."

"Je lui ai volé toutes les chances de rédemption. Voilà ce que j'ai fait. Je n'ai pas sauvé de potentielles victimes ; j'ai puni les criminels. Je les attrape au pire moment de leur vie et je les tue leur prenant ainsi toute les chances qu'ils ont d'être sauvés."

Sauvés?

"Les gens peuvent changer. Les pêcheurs peuvent être sauvés. La rédemption est toujours une possibilité même si les chances sont défavorables." Je fixai Carlisle en regardant l'obscurité nous entourer. "J'ai pensé cela parce que je connaissais leurs pensées, je connaissais leurs cœurs et je pouvais les juger."

Une distinction subtile.

"Je ne peux plus être le juge, le jury et l'exécuteur."

Personne ne te l'a demandé.

"Je sais." Il fallait que je murmure la suite. C'est ce qui me faisait le plus peur. "Est-ce toujours une excuse pour me livrer à cette soif de sang? Suis-je si faible?"

Il ne pouvait pas me donner de réponse. J'étais dévoré par la culpabilité et la honte. "Il y a des choses que même Dieu ne peut pardonner," citai-je doucement.

Il se releva et je sentis sa main sur mon épaule. "Si c'est le pardon que tu cherches Edward, tu devrais commencer par te pardonner toi-même."


Comment avez-vous trouvé cet Edward?

La prochaine fois ce sera Bella

Cette fic est écrite en points de vue alternés

Et n'oubliez pas... votre avis nous intéresse...