34 - A litany at dusk de duskwatcher2153

Edward

Je frappai contre la porte ouverte. "Puis-je entrer?"

Carlisle était dans son bureau en train de remplir un carton de livres. "Je t'en prie."

J'entrai dans la pièce et errait entre les étagères. Le bureau de Carlisle était l'un de mes endroits préférés dans cette maison. Il était calme et serein tout comme Carlisle. A présent il y avait des cartons partout dérangeant l'ordre habituel. "Nous allons bientôt partir," lui dis-je.

La maison était déjà presque vide. Emmett et Rosalie étaient partis une semaine plus tôt et retrouveraient Esmée et Carlisle à Dartmouth après être rentrés de leur nouvelle lune de miel à Poconos. Alice et Jasper étaient partis hier, s'arrêtant juste pour récupérer le chat de Bella, Darcy, et le déposer chez Arlène, la collègue de Bella au restaurant, pour qu'elle le garde. Bella et moi allions aller chez moi à Horseshoe Bay pendant un moment puis nous les rejoindrions. Son contrôle s'améliorait rapidement mais elle avait encore besoin de temps pour s'entrainer à cette discipline. Nous irions au nord de l'Alaska une fois que le froid se serait installé, il y aurait moins d'humains là-bas.

"Quand pensez-vous nous rejoindre à Dartmouth?" demanda Carlisle.

"Au printemps je suppose mais nous resterons en contact et vous serez informés si nous changeons nos projets."

"J'ai hâte d'avoir Bella dans notre famille."

"Merci Carlisle," dis-je. Je me tus un instant caressant les livres sur une étagère. "Je pense que je te dois des excuses."

Il s'arrêta, un livre à la main. "Pour quoi?"

"Mes actions ont contribué à la rupture du traité. Ce n'était certainement pas mon intention..."

Il balaya mes excuses d'un seul geste de la main. "C'est mieux que nous quittions cet endroit. Nous créons des problèmes aux Quileutes ... avant même que tu n'arrives." Il posa encore plusieurs livres dans un carton avant de le fermer. "Ils nous ont généreusement accordé plus de temps mais ce sont leurs terres ici."

"Tu leur as sauvé la vie," dis-je en repensant à la confrontation avec les Volturis.

"Oui mais c'était d'un danger que nous avions amené près d'eux." Il attrapa un carton vide et le déposa sur la table.

"Tiens qu'est-ce que c'est que ça?" demandai-je en remarquant un paquet emballé dans du papier marron que je n'avais jamais vu avant. Il était affranchi avec des timbres étrangers.

Carlisle fronça les sourcils. "Ça vient d'Aro."

Je m'approchai de la table où il était posé et ouvrit le papier d'emballage brun. Il contenait un manteau gris plié avec une lettre sur le dessus.

Cher Carlisle,

Ce fut un plaisir de te revoir. J'espère que tu viendras et que nous passerons plus de temps ensemble. J'ai hâte de faire un peu mieux connaissance avec tous les Cullen.

Au cœur de l'action Bella a oublié de prendre son cadeau. S'il te plait, rends-le lui et salue-la de ma part.

Affectueusement,

Aro.

Je regardai Carlisle. "C'est plus qu'une visite qu'il veut, tu sais."

Carlisle soupira. "Oh crois-moi! Je le sais." Il rangea d'autres livres. "Alice serait un atout majeur pour lui. Il est très protecteur de sa puissance. Prévoir les dangers possibles, eh bien... ce serait un don très précieux pour lui."

"Il a trouvé Bella fascinante aussi."

"Pour Bella il attend de voir si elle mérite son attention. Il sait qu'Alice serait précieuse et par extension, Jasper aussi."

Je secouai la tête. "Je ne pourrai jamais imaginer qu'Alice rejoigne les Volturi, volontairement du moins."

"Je suis d'accord avec toi. Jasper cependant c'est un peu plus compliqué." Je fronçai les sourcils en essayant d'imaginer Jasper en garde Volturi. Je n'étais pas très loin de pouvoir l'imaginer, les yeux rouges avec une cape. "Il est à l'aise dans les organisation style milice," dit Carlisle. "Il se bat toujours contre les restrictions qu'imposent notre mode de vie. Il retient son don, ne voulant pas influencer indûment les autres mais il peut arriver un moment où il voudra voir exactement ce qu'il peut accomplir." Il termina ce carton et se tourna vers le dernier qu'il restait par terre. "Certes il peut être charismatique quand il veut. Et pour ce que ça vaut, peu importe où Jasper ira, Alice le suivra."

"Que feras-tu?" demandai-je.

"Jasper aura un choix à faire et Alice aussi."

"Eh bien ils seraient fous de s'éloigner."

Carlisle s'arrêta et me regarda. Son esprit emplit de souvenirs de ces années où nous étions ensemble, lui et moi. J'avais apporté quelque chose à sa vie, quelque chose qu'il avait désespéré de trouver un jour, il lui semblait qu'il avait une dette envers moi mais je ne méritais pas cela.

"Non Carlisle, c'est moi qui ai une dette envers toi," murmurai-je. Il fit un pas vers moi et posa sa main sur mon visage d'un geste affectueux. "Mea filius," murmura-t-il.

"Mea pater," lui répondis-je de même. Nous nous fixâmes un moment et je fus submergé par la force de notre connexion. J'avais rencontré tant d'hommes dépravés et corrompus par leur une vie et leurs désirs. Si ce n'avait pas été Carlisle il y a des décennies j'aurais perdu foi dans l'humanité. Il me faisait me rappeler ce que les hommes pouvaient être - ce qu'ils avaient de meilleur et je savais que si un jour je pouvais avoir la moitié de la générosité de l'esprit, de la compassion et de la bonté simple de Carlisle alors en effet je pourrais être appelé son fils.

Il sourit et retourna à ses cartons. Du tiroir de son bureau il sortit une boite en bois sculpté. Ce n'était pas la première fois que je la voyais, à l'intérieur de cette boite il y avait un manuscrit enluminé. "C'est la bible de ton père, n'est-ce pas?

"Oui," dit-il en passant une main avec amour sur la surface de la boite. "Elle a plus de quatre cents ans."

J'allai vers la fenêtre et mis mes mains derrière mon dos. "J'ai eu... des expériences plutôt inhabituelles dans l'église de Bella tandis que tout cela se passait."

"Oh?" dit-il en rangeant sa boite en bois.

"Crois-tu aux miracles?" demandai-je sans me retourner.

Il soupira. "Quand j'étais jeune et humain tout le monde y croyait. Dieu était sur toutes les lèvres et on voyait sa main partout. Mais la science a progressé et nous a donné d'autres explications. Les miracles semblent plus lointains et Dieu semble aussi s'être éloigné de l'homme."

"Je pensais qu'Il nous avait abandonnés mais à présent..."

" Je pense qu'abandonner n'est pas le mot. Le travail d'un parent n'est pas de protéger son enfant contre le monde mais d'apprendre à l'enfant à y vivre. Si l'enfant veut apprendre à marcher et bien le parent doit lui lâcher la main. Peut-être que c'est ce que Dieu a fait. Peut-être que la responsabilité est entre nos mains, pas dans celles de Dieu."

Je me tournai vers lui. "Et pour nous les immortels?"

"Je sais que tu penses depuis des années que du fait de notre nature, nous sommes automatiquement damnés. Que nous avons perdu notre âme lors de notre transformation."

"Nous sommes si contre nature. Trouve autre chose qui soit aussi en dehors du temps que nous."

"Nous ne sommes pas en dehors du temps. Il agit aussi sûrement sur nous comme sur toute autre chose." Il prit un petit rocher qu'il utilisait comme presse papier sur son bureau. A l'extérieur il était gris et rugueux mais l'intérieur brillait de cristaux en quartz mauves et blancs. "Il y a cent mille ans c'était juste un trou dans le sol. Le temps et la nature ont travaillé ensemble jusqu'à ce qu'il devienne cette beauté que nous voyons maintenant et pour la durée de ma vie, jusqu'à présent il n'a pas changé. Mais dans cent autre mille ans qui sait quelle forme il pourra prendre? Peut-être que notre espérance de vie est plus grande mais ne doute jamais que nous changeons aussi. J'ai vu d'énormes changements en toi en l'espace de quelques petites semaines."

Je haussai les épaules. "C'est Bella."

Carlisle secoua la tête en souriant. "C'est l'amour. Tu ne sais pas combien ça a fait du bien à mon cœur de voir cela." Il ferma la boîte et soupira. "Aro croit que nous faisons partie des plans de Dieu comme la personnification du diable et que notre rôle doit être diabolique. Mais je crois que chacun de nous doit trouver son chemin vers Dieu," dit-il en souriant, "seulement certains d'entre nous rencontrent plus d'obstacles que d'autres. Pour quelques-uns ce chemin passe par l'église ou la mosquée ou la synagogue. Pour les autres c'est un chemin plus tortueux et pour d'autres encore c'est un chemin qu'ils doivent parcourir seuls."

"Et les miracles?" demandai-je.

"Ça c'est une question à laquelle tu dois trouver une réponse par toi-même."

OOO

La prairie était baignée par une lumière dorée. C'était ce que les photographes appellent l'heure magique. Pas vraiment l'heure par elle-même, juste quelques minutes mystiques quand l'atmosphère semble irradier, que le soleil disparait derrière l'horizon et que la nuit étend son voile noir dans le ciel.

Je regardai ce que j'avais fait pendant les dernières heures. Il y avait maintenant là un rocher, dans la partie nord de cette prairie. Je l'avais apporté des falaises de Elh-Wall. Il était grand, plus grand que moi et massif. Je l'avais sculpté du côté visible, il y avait 1743 noms en écriture cursive.

Adrian Knoll

Michael Melrose

Travis Johansen

Vernichel Sangalang

Michael Valentine Smith

Frances Taylor

Richard Willians

Benjamin Jolly

Christian Mcyntyire

Aaron Ebert

Christopher Siedow

Hector Selenas

Stuart Katz

Lawrence Kelly

Ivan Prygocki

Gloria Ritter

Raymond Burns

Kevin Tokas

Simon Ryan

Anthony Lorinelli

... et tous les autres, les noms que je récitais au crépuscule tous les soirs depuis des années et des années. Les noms coulaient autour du rocher comme des rayures. Je baissai la tête et fermai les yeux. Entre les mains de Dieu, je te félicite.

J'entendais le moindre bruissement dans l'herbe haute tout en regardant mes mains pâles et dures. Elles n'étaient pas abimées - j'avais utilisé mon index pour écrire ces noms dans la pierre.

Bella arriva par derrière et enroula son bras autour de ma taille. "C'est bien."

Je passai mon bras autour de ses épaules et embrassai le dessus de sa tête. "C'est étrange de ne pas réciter leur nom quand le soleil se couche."

"Il était temps," dit-elle. "Parfois le meilleur mémorial change la façon dont tu mènes ta vie." Elle s'avança et sous le nom de famille, elle grava Bébé Swan. Puis mettant ses mains derrière son cou, elle fit passer ses cheveux sur son épaule. Le crucifix flasha une nouvelle fois dans les derniers rayons de lumière tandis qu'elle enlevait la chaine et la posait délicatement sur le dessus du rocher.

"Bella," dis-je soucieux. "Je ne veux pas que tu laisses ta foi derrière toi. Je n'ai jamais voulu te l'enlever."

Elle secoua la tête en souriant. "Oh tu ne l'as pas fait." Son doigt traça les lettres qu'elle venait de graver. "Je suis sûre dans un sens, plus sûre que je l'ai jamais été avant que je n'aurais pas dû aller à l'église pour trouver Dieu." Elle revint vers moi.

"C'est si difficile que ça pour toi?" demandai-je. " Laisser ta vie humaine derrière toi?"

"Il y a des choses et des gens qui vont me manquer. Charlie, surtout, je suppose. Le plus difficile est de m'habituer à ne pas dormir."

"Si je dormais je rêverais de toi."

Elle se mit sur la pointe des pieds pour m'embrasser. "Mes rêves sont devenus réalité."

Trop tôt elle s'éloigna en soupirant. "Je suppose que nous devrions y aller. Les Quileutes ne vont pas tarder à arriver."

Je reniflai l'air et ne sentis rien d'autre que l'odeur des profondes forêts humides nous entourant. Très loin j'arrivai à percevoir un cliquetis qui pourrait être l'esprit de la meute mais c'était trop loin pour que je puisse le dire avec certitude.

"Comment sais-tu cela?" demandai-je.

Elle pencha la tête comme si elle écoutait puis cligna quelques fois de ses yeux écarlates et haussa les épaules. "Je ne sais pas comment je le sais mais je le sais."

"Tu les entends?" insistai-je.

"Non ce n'est pas ça," dit-elle. "C'est juste un sentiment, comme de savoir où est ta main."

Etait-ce un effet de la morsure du loup? C'était la seule chose inhabituelle. Et si ça s'arrêtait là ce serait parfait.

Je me dirigeai vers ma moto et passai une jambe par dessus la selle. Elle démarra et le grondement familier me rassura.

Bella était derrière moi attendant de monter. Elle avait mis un jeans et une veste en cuir noir comme moi. "Je dois dire," dis-je en couvrant le bruit du moteur, "Que tu as vraiment le look."

"Mieux que le polyester jaune?" demanda-t-elle en tendant les bras pour que je l'admire.

Je tournai la tête pour le faire. "Difficile à dire. Je suis devenu partial."

Elle souffla. "Bien." Elle monta derrière moi et accrocha ses mains à ma taille.

C'était juste incroyable de la sentir appuyée contre mon dos, je conduisis la moto doucement à travers la forêt et arrivai enfin au goudron. J'accélérai, nous roulions sur l'autoroute, nous dirigeant vers là où le soleil s'était couché. Bella appuya sa tête contre mon dos et enroula ses bras autour de moi. Je lâchai le guidon d'une main et la posai sur les siennes tandis que mon cœur silencieux éclatait de joie, de contentement et de gratitude.

Le ciel au-dessus de nous étaient de toutes les couleurs et j'imaginai entendre une note basse qui retentissait à travers les cieux et la terre, les unissant en une chanson dynamique qui se propageait à toutes les choses vivantes de la plus grande à la plus petite.

Pendant si longtemps je n'avais pensé au crépuscule que comme à un moment de deuil. Mais je savais à présent qu'il n'était pas une fin, c'était seulement le début de la nuit, une belle nuit.

F I N


Je suis toujours très contente de terminer une fic

J'espère que cet épilogue vous a satisfaites

Je peux vous dire que presque 19 000 personnes sont passées lire ces chapitres

Je tenais à vous remercier - vous toutes - mais plus particulièrement toutes celles qui demeurent invisibles de l'autre côté de l'écran

Un grand merci à vous

A bientôt!