Résumé : Harry a dix-sept ans lorsqu'il découvre le Miroir du Riséd. Et s'il voyait à l'intérieur quelque chose de totalement différent de ce à quoi il pensait ? Et si ce miroir reflétait des sentiments profondément enfouis en lui ?

Rating : K+

Paring : Harry Potter/Drago Malefoy

Disclaimer : Bon, ben, comme toujours, rien ne m'appartient.


Bonjour à tous ! Me revoilà avec un deuxième Drarry ! Je ne pensais pas en refaire un si tôt (hum, aurais-je dit « tôt » ?) mais vos reviews à Legilimens ! m'ont beaucoup encouragée, et Bloodspell B m'a un peu poussée à écrire ceci. Je tiens également à remercier Miss-plume-blanche pour son soutien.

Pour le titre de cette fanfiction, il est tiré d'une chanson de Michael Jackson du même nom (mais je l'ai connue dans Glee, cependant). J'avais autrefois intégré la chanson à mon histoire, mais à cause de reviewers effarés, et du fait que je n'aimais pas vraiment ça non plus (avouons-le, Harry Potter en comédie musicale n'est bon qu'avec A Very Potter Musical !), j'ai décidé de changer le cours de ma fanfiction et de retirer le passage où Drago et Harry s'annoncent qu'ils s'aiment en chanson (que de guimauve). Donc au lieu de ça, j'ai mis un dialogue, assez soutenu et étrange pusiqu'inspiré de la chanson de Michael Jackson, vous retrouverez donc les paroles traduites en prose. Voilà j'espère que certains seront moins horripilés ! Je trouve aussi que c'est mieux comme ça.

Ensuite, on m'avait demandé de rectifier quelques couacs dans mon intrigue. En effet, Fred et George ne devraient pas être à Poudlard. Mais j'ai inventé une petite raison abracadabrantesque pour couvrir cela.

Par ailleurs, à la demande de certains, j'ai tenté d'améliorer la dispute de Harry et Ron, assez niaise je l'avoue, en quelque chose de plus constructif... Sans grand succès. Désolée, j'espère que ce sera déjà un peu mieux.

Enfin, encore une fois, cet OS est pour toi, Mariane, et j'espère que je serai pardonnée de ne pas avoir fait de présentation sur Pottermore Army !

Aussi, un hommage à Alan Rickman qui nous manque à tous et qui a rendu le rôle de Rogue sublime... Rest in peace.

Bonne lecture à tous.


The Man In The Mirror

Harry marchait dans les couloirs de Poudlard avec ses amis, Ron et Hermione. Les deux amoureux riaient gaiement tandis que le brun cheminait derrière eux en trainant des pieds. Depuis que ses meilleurs amis s'étaient mis en couple, il y avait quelques jours, Ron et Harry passaient beaucoup moins de temps ensemble. Il aimait bien être seul avec son ami, parfois, mais maintenant Hermione était dans leurs pattes vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Ils entrèrent dans la Grande Salle et s'assirent à leur table habituelle. Fred et George, qui par un malencontreux coup du sort avaient trouvé un emploi à Pré-au-Lard en attendant de rassembler des fonds pour leur grand projet d'un magasin de farces et attrapes et avaient l'autorisation du Professeur McGonagall pour séjourner au château, étaient déjà assis et quand ils virent leur petit frère, ils le hélèrent en même temps :

– Rony Granger !

– La ferme, marmonna le roux, peu réjoui de leur constante présence, en s'asseyant en face d'eux.

– Tu es fâché contre nous ? demanda Fred, d'un ton faussement triste. Oh non, tu me fais pleurer. J'ai besoin d'un petit câlinou ! Dommage qu'Hermione ne veuille en faire qu'à toi !

Fred fit semblant de pleurer et George le prit dans ses bras, alors que Ron levait les yeux au ciel. Hermione se servit à manger et commença à parler de la S.A.L.E. à Ron.

– Tu es avec moi, n'est-ce pas ?

– Euh, ouais, bien sûr. Les lutins, les gnomes, j'aime bien ça. Et puis la Ségrégation Anti-Lutins Emprisonnés, c'est vraiment une bonne association !

– … C'est la Société d'Aide à la Libération des Elfes, Ron.

Il y eut un blanc où le roux fronça les sourcils et réfléchit. Harry, exaspéré par le manque total d'intérêt que portait Ron à l'association créée par sa petite amie, leva les yeux au ciel et se mit brusquement debout.

– Bah, tu vas où, Harry ? demanda George.

– Euh… Je… J'ai besoin de faire un tour.

Il partit seul dans les couloirs de Poudlard. Le brun marchait tête basse, réfléchissant intensément. Au fond, il était un peu jaloux de Ron et Hermione. Les deux adolescents étaient ensemble et étaient heureux, alors que lui était seul depuis toujours.

Il soupira et tourna dans un couloir. Sans le remarquer, il percuta un élève. Il se retourna pour s'excuser, quand la personne le devança :

– Regarde un peu où tu marches, Potter.

Malefoy releva le menton avec dédain puis continua son chemin. Le cœur du brun se fit un peu plus lourd dans sa poitrine. Il en avait marre de tout le temps devoir vivre en tant que l'ennemi de Drago. Il ne savait pas ce qu'il avait fait au blond pour mériter sa haine. Peut-être que s'il avait été quelqu'un d'autre, ils se seraient bien entendus ? Mais qui était-il réellement ? Harry Potter, l'Elu, celui qui avait triomphé de Vous-Savez-Qui… Mais après ? Il n'était plus très sûr de qui était la personne qui vivait dans son corps.

Il soupira et, alors qu'il réfléchissait à un moyen de savoir qui il était vraiment, il vit une porte apparaitre sur le mur. La Salle Sur Demande, songea-t-il. Il eut un petit sourire et entra.

A l'intérieur, c'était tout noir et vide. La pièce s'éclaira faiblement et Harry vit une sorte de grand meuble doré. Intrigué, il s'en approcha et découvrit que c'était un grand miroir. Il toucha les bords en pierre.

– Le Miroir du… Riséd, lut-il difficilement.

Harry se contempla pendant plusieurs secondes dans la glace. Il détailla ses traits. Ses cheveux étaient plus noirs et en bataille que jamais. Ses yeux, verts comme l'émeraude, flamboyaient de mille feux. Sa peau pâle illuminait la glace grâce à la lumière. Sur son front, sa cicatrice en forme d'éclair brillait tel le feu. Ses lèvres étaient tirées dans une expression triste. Il avait l'air fatigué. Fatigué de vivre de cette manière.

Harry allait repartir quand l'image reflétée frémit. Il fronça les sourcils et fixa le miroir. L'image changea soudain. Ce n'était plus un garçon avec des lunettes qui se tenait devant lui, mais un tout autre garçon. Il était un peu plus grand que lui, avec des cheveux d'un blond éclatant, des yeux bleus glacials, et un mince sourire sournois.

Harry haussa les sourcils en croyant le reconnaitre. Malefoy. Il se retourna vivement pour voir si son ennemi juré n'était pas derrière lui, mais il était bel et bien seul. D'où venait donc cette image ? Pourquoi voyait-il le visage de la personne qu'il haïssait de tout son cœur ? Le brun ferma les yeux et les rouvrit. Malefoy était toujours là, souriant un peu plus. Harry secoua la tête et partit en courant de la Salle Sur Demande.


– Harry, où étais-tu passé ? On te cherchait partout !

Le brun venait d'entrer dans la salle commune. Ron et Hermione faisaient leurs devoirs.

– Nulle part, grommela-t-il en montant dans son dortoir.

Il s'allongea sur son lit et se mit à réfléchir au sens de tout ça. Pourquoi la Salle Sur Demande lui avait donné un miroir avec Drago à l'intérieur, alors qu'il pensait à qui il était vraiment ? Il fronça les sourcils. Est-ce que ça voulait dire qu'il était, ou qu'il deviendrait, comme Drago ? Non, c'était impossible. Ils n'étaient pas du tout les mêmes. Drago était la méchanceté à l'état pur. Lui, il était censé être le gentil. Non ?

Bercé par ses pensées, il s'endormit.


Le lendemain, alors qu'Harry avait cours de potions, il se rangea près de la porte avec Roon et Hermione et regarda avec mépris le groupe de Serpentards qui avaient cours avec eux. Soudain, il remarqua trois garçons qui arrivaient. Crabbe, Goyle, et Malefoy. Harry déglutit en remarquant que Drago était exactement pareil que dans le reflet du Miroir du Riséd. Il avait ce mince sourire fourbe et cette lueur étincelante dans le regard.

– Qu'est-ce que tu regardes, mec ? demanda Ron en chuchotant.

Le brun secoua la tête et murmura un petit « Rien ». Ils entrèrent dans la classe et s'assirent derrière leur chaudron. Harry n'arrêta pas de fixer Drago avec curiosité, se demandant à chaque seconde le sens de ce qui lui arrivait. Pourquoi l'avait-il vu dans ce miroir ? Pourquoi lui en particulier, et pas quelqu'un d'autre ?

– Monsieur Potter, je doute que ce à quoi vous pensez puisse être d'un quelconque rapport avec mon cours. Je vous somme donc de répéter ce que je viens de dire.

Harry baissa les yeux et dit qu'il ne savait pas.

– Bien. Deux heures de retenues ne vous feront aucun mal.

Harry soupira et n'eut même pas la force de répliquer. Il coula un regard vers Ron et Hermione, qui lui jetèrent un regard réconfortant. Ses yeux se posèrent sur Drago et ses amis, qui ricanaient. Il regarda son livre de potions.

Les cours terminés, il monta dans son dortoir et s'allongea sur son lit. A l'heure du dîner, il descendit avec Ron et Hermione, mais c'était comme s'il n'était pas là. Les deux amoureux discutèrent sans faire attention à lui. En ce moment plus que jamais, il se sentait seul et mis à l'écart.

La soirée fut longue, à écouter ses deux meilleurs amis discuter avec lui, sans trop lui demander son avis.


Pendant les jours suivants, Harry fut d'humeur maussade et désinvolte. Tant et si bien que son entourage commença à se demander ce qu'il avait.

– Harry, tu es sûr que ça va ?

Il ne répondit pas et haussa les épaules.

– Tu nous dirais s'il y avait quelque chose, hein ?

Il acquiesça en direction d'Hermione. La fille aux cheveux châtains soupira et se posta près de lui. Elle posa une main sur sa cuisse.

– S'il y a quoi que ce soit qu'on peut faire pour toi..., ajouta-t-elle.

– Il n'y a rien, coupa-t-il aigrement.

Ron s'approcha enfin d'eux et dit :

– On sait qu'il y a un truc qui ne va pas. On est tes amis, on le voit bien.

Harry eut un rire sec.

– Quoi ? demanda Ron, perdu.

– Si vous étiez vraiment mes amis, vous verriez à quel point je me sens seul parce que vous passez tout votre temps ensemble.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? fit Hermione.

– Je ne voudrais pas avoir l'air du plus grand égoïste du monde des sorciers, mais avoir mes amis qui passent toute la sainte journée à m'ignorer, c'est assez frustrant à la longue ! D'accord, c'est pas toujours facile de traîner avec moi, je suis né pour attirer les embrouilles, mais ça ne vous manque pas d'être à nouveau nous trois, sans histoire d'amour qui vienne tout détruire ? J'ai tout simplement l'impression que vous n'êtes plus les mêmes, surtout par rapport à moi, et que je passe ma vie à attendre comme un imbécile que vous daigniez remarquer ma présence ! Chaque sorcier a beau connaître mon nom, il n'y a que les vôtres qui importent vraiment. Et je ne comprends pas comment vous pouvez me laisser à part en sachant tout ce qu'on a traversé ! lista Harry qui s'énervait crescendo.

– Pourquoi tu ne nous as pas tout simplement dit que tu allais mal, Harry ? balbutia son meilleur ami qui venait tout juste d'encaisser ses accusations.

– Il aurait peut-être fallu que vous le remarquiez !

– Mais on ne faisait que le remarquer ! contredit Ronald. Tu refusais juste d'en parler !

– C'est parce que je n'avais pas envie de passer pour celui qui se plaint tout le temps, et qui ne sait pas accepter le bonheur des autres ! Je suis juste en train de faire une stupide crise de jalousie !

– Pourquoi tu serais jaloux ? s'étonna Hermione.

– Parce qu'à mener votre petite idylle, vous en venez à me faire comprendre que vous êtes mieux sans moi, et que ma présence vous gêne et vous ennuie. J'ai sérieusement l'impression de ne servir à rien !

– Comment peux-tu dire ça ? s'horrifia Hermione. Sans toi, la moitié de ce château ne serait pas vivante, et c'est sans compter Ron, et moi. Combien de fois est-ce que tu nous as prouvés ton amitié et ton courage ?

– Ça n'a rien à voir, bon sang ! Les gens m'aiment pour ça, pour ce fait insignifiant que j'ai réussi à triompher une fois sur Voldemort ! Je n'étais qu'un bébé, tout le monde aurait pu le faire ! Je ne suis pas si spécial ! Je ne suis personne, et personne ne devrait m'aimer comme ils le font tous !

– Nous, on t'aime pour autre chose que ça, Harry. Tu le sais, j'espère ? tenta Hermione, voyant que son petit ami était trop gêné pour prononcer une telle phrase, qu'il pensait pourtant.

– Récemment, je ne pense pas que vous m'ayez vraiment aimé, comme vous dites ! Si ça avait été le cas, je vous aurais moins vus perfectionner votre petit couple déjà si parfait, et plutôt essayer de vous soucier de moi !

– Pourquoi tu t'attaques à nous comme ça ? intervint soudain Ron, sourcils froncés. On essaie juste de vivre heureux !

– En laissant votre meilleur ami de côté !

– On ne te laisse pas de côté, c'est juste que...

– Ron, ça va ! Je sais bien que tu préfères Hermione à moi !

– Je ne préfère ni toi ni Hermione ! Ce n'est pas la même chose !

Harry se leva et lança :

– Bien sûr que c'est la même chose ! Tu n'as juste pas assez de courage pour me dire en face que tu préfères ta copine à ton meilleur ami !

Le roux s'avança près de lui et dit :

– Harry, ne t'énerve pas…

– Je m'énerve si je veux ! Je n'ai pas besoin de toi pour me dire ce que je dois faire !

Ron roula des yeux. Harry commença à s'en aller vers les dortoirs quand son ami lui demanda :

– Où tu vas ? On doit aller manger.

– T'as qu'à y aller tout seul, avec Hermione, vu que tu as l'air tellement heureux de passer du temps avec elle !

– Qu'est-ce que tu as contre Hermione ? s'énerva-t-il.

– Rien, c'est juste que j'aimerais passer du temps avec toi, et qu'elle est toujours entre nous !

La jeune fille se leva et dit :

– Je suis encore là, vous savez. Et Harry, je n'aime pas du tout la façon dont tu parles de moi. On dirait que tu me détestes...

– Je déteste que tu colles les basques de Ron et que tu ne le laisses jamais passer du temps avec moi !

Il ouvrit la porte des dortoirs et Ron cria :

– Fais-lui des excuses ! Pourquoi tu lui parlers sur ce ton ?

– Je m'excuse si j'en ai envie ! Et je n'ai pas le moins du monde envie de parler avec elle ! Ni avec toi, d'ailleurs !

Il claqua la porte et se jeta sur son lit. Heureusement, il n'y avait personne, ils étaient tous en train de dîner dans la Grande Salle. Il laissa couler quelques larmes avant de se ressaisir et de finalement se rouler en boule dans ses couvertures. Il s'endormit rapidement, le ventre vide.


Quand il se réveilla, il découvrit qu'il était seul dans son dortoir. D'habitude, Ron le réveillait toujours pour aller en cours. Mais ce matin, apparemment, le roux avait décidé de le laisser dormir. Il se prépara mais fut étonné de ne voir absolument personne dans la salle commune, ni dans les couloirs. Soudain, il vit l'heure. Dix heures. Il était vraiment en retard. Il courut jusqu'en cours de métamorphose.

– Monsieur Potter ? fit la professeur.

– Excusez-moi, on ne m'a pas réveillé.

Il planta son regard sur Ron et Hermione, qui le regardaient en baissant les yeux.

– Bon pour cette fois, asseyez-vous.

Il prit place à côté de Ron, qu'il ignora royalement.

Le soir, au lieu d'aller manger avec ses deux amis, il se rendit dans la Salle Sur Demande. Il y découvrit le même miroir que la dernière fois. Il caressa le bois doré et se regarda dans la glace. Quelques secondes plus tard, l'image changea et Drago apparut. Cette fois, Harry ne fuit pas. Il resta devant le Miroir du Riséd à contempler la silhouette du Serpentard. Le brun posa ses doigts sur le verre, à l'endroit du cœur de Malefoy.

– Qu'essaies-tu de me dire ? chuchota le brun.

Drago cligna dans les yeux, dans le miroir, puis sourit doucement. Harry soupira. C'était bien la première fois que le garçon lui souriait. D'habitude, soit il se moquait de lui soit il l'insultait. Il n'avait jamais été gentil avec lui, et dans ce miroir il avait l'air tellement inoffensif. Il avait l'air tellement sociable, aimable. Harry avait même envie d'être son ami.

Mais il secoua la tête et se remit en question. Il ne pouvait pas devenir ami avec le garçon. Ils étaient trop différents, et en plus ils se détestaient. Ils se vouaient une haine cruelle depuis leur première rencontre.

Le Gryffondor releva la tête vers la glace. Drago le couvait d'un regard bienfaisant.

Comme il commençait à se faire tard, le jeune homme décida de quitter le Miroir du Riséd pour remonter dans la tour des Griffondor. Son ventre gargouilla, mais il préféra l'ignorer.


Le matin suivant, la voix de Dean le réveilla. D'habitude, c'était toujours Ron qui le faisait se lever. Il soupira. Le roux devait vraiment lui en vouloir. Il descendit dans la Grande Salle et mangea un peu. A l'autre bout de la pièce, il aperçut la chevelure blonde d'un Serpentard. Harry reconnut Drago. Quand le garçon croisa son regard, Harry lut dans ses yeux une expression neutre. Le brun détourna vite le regard.

– Harry ? demanda Dean, qui était assis près de lui. Pourquoi est-ce que tu ne restes plus avec Ron et Hermione ? Vous vous êtes fâchés ?

Il acquiesça en s'assombrissant. Il ne voulait plus repenser à sa dispute avec ses deux meilleurs amis.

Après le déjeuner, il alla en cours. Il ne s'était jamais senti aussi seul de toute sa vie. Ses amis, après tout, c'était tout ce qu'il avait. Et il venait de les perdre.

Le soir, pour la troisième fois, il se rendit dans la Salle Sur Demande. Le Miroir du Riséd était toujours à la même place, et le reflet de Drago était au rendez-vous. Il passa plusieurs longues minutes – vingt-sept en tout – à fixer la silhouette du blond, en s'interrogeant sur le sens de son existence.

Pourquoi était-il Harry Potter ? Pourquoi avait-il fallu que ça tombe sur lui ? Pourquoi ne pouvait-il pas avoir une vie simple et sans ennuis, comme les autres ? Pourquoi avait-il été privé de ses parents ? A quoi ça servait d'être célèbre, si même ses propres amis ne l'aimaient pas ?

Son ventre vide cria famine mais il monta se coucher sans passer dans la Grande Salle.


Ce petit manège dura plus de deux semaines. Harry ne faisait que ça de ses journées : le matin, réveillé par Dean, il mangeait un peu, puis il avait cours, puis le soir, au lieu de diner avec les autres, il s'enfermait pendant parfois deux heures dans la Salle Sur Demande et fixait le reflet du Serpentard. Il ne savait pas vraiment ce qui se passait dans sa tête, mais le fait d'être si proche et si éloigné de Drago lui plaisait. Il pouvait d'un côté être son ennemi et le détester autant qu'il voulait. Et d'un autre côté, il pouvait l'observer et le détailler sans qu'il le sache, autant qu'il le souhaitait.

Il n'aimait pas vraiment cette nouvelle vie. Il la trouvait vide. Il avait perdu ses deux amis les plus chers, qui de leur côté étaient très heureux ensemble, et personne ne semblait le comprendre. Il voulait que tout redevienne comme avant. Il voulait ses amis près de lui, il voulait se sentir aimé.


Au bout d'une semaine, il avait beaucoup changé. Déjà, physiquement, parce qu'il ne mangeait plus le soir et que sa faible matière grasse s'éliminait. Et moralement, car il se renfermait sur lui-même et passait son temps à réfléchir.

Et un matin, il reçut un hibou. Normalement, il ne recevait jamais de hibou. Il prit la lettre dans ses mains et l'ouvrit. L'écriture était belle et fine.

Cher Harry,

J'ai remarqué que tu n'étais plus le même, ces temps-ci. Ça m'inquiète. D'habitude, tu es si joyeux et si enjoué. Je me demande ce qui ne va pas.

Retrouve-moi dans mon bureau ce soir à 19:00.

Albus Dumbledore.

P-S : J'aime beaucoup le thé glacé.

Harry soupira. Une de fois de plus, le directeur de Poudlard s'inquiétait de son état. Il n'avait vraiment pas envie d'aller voir le vieux sorcier.

Lorsque la fin de la journée arriva, le brun n'eut même pas le temps d'aller dans la Salle Sur Demande que c'était déjà l'heure de son rendez-vous. Il prononça le mot de passe explicitement donné dans la lettre de Dumbledore, « thé glacé », et se retrouva devant la porte du bureau du directeur. Elle s'ouvrit d'elle-même et Harry entra. La pièce était toujours la même, spacieuse et organisée. Fumsec, le phénix, était sur son perchoir, et semblait faire un somme.

– Tu es venu, fit remarquer Albus.

Le brun releva la tête. Le directeur, sa barbe blanche tombant sur sa robe de sorcier d'un bleu aussi clair que ses yeux, descendit près du jeune Gryffondor. Ils prirent place sur une chaise, et Dumbledore proposa des bonbons au garçon, qui refusa.

– Comment vas-tu, Harry ? demanda innocemment Albus.

– Bien, monsieur.

– Je recommence. Comment vas-tu réellement, Harry ?

Les épaules du brun s'affaissèrent et il prit sa tête entre ses mains. Des larmes vinrent inonder son visage et son corps fut soudain secoué de soubresauts. Ça faisait longtemps que le Gryffondor n'avait pas pleuré, et il fallait admettre que ça faisait du bien. Le directeur de l'école resta en face de lui et attendit que le brun ait terminé de décompresser. Quand Harry releva la tête, les yeux rougis, Albus sourit faiblement et poursuivit :

– Dis-moi ce qui ne va pas.

– Ron et Hermione. J'ai… Je me suis énervé contre eux, et on est en froid depuis plus de deux semaines.

Dumbledore hocha la tête, compréhensif.

– Y a-t-il autre chose dont tu voudrais me parler ?

Le brun fuit le regard du plus vieux. Il secoua très lentement la tête. Dumbledore soupira.

– Je ne te vois plus le soir, dans la Grande Salle. Tu ne dînes plus, Harry. Pourquoi ?

– Je n'ai pas faim.

– Ce n'est pas que pour ça.

– Je ne veux pas voir Ron et Hemione.

– Non, c'est autre chose.

Harry se mordit la lèvre. Devait-il parler au professeur de ses escapades nocturnes ? Devait-il parler du miroir et de Drago ? Il ne savait plus ce qu'il devait faire.

– Monsieur, dans la Salle Sur Demande…

– Oui ?

– Il y a cet objet…

– Quel type d'objet, Harry ?

– Un miroir, monsieur.

Le sorcier hocha la tête, lui intimant de continuer.

– Il s'appelle le Miroir du Riséd, je crois. Et… il est vraiment très étrange. Je veux dire, quand je regarde à l'intérieur, je ne vois pas mon reflet, mais celui de… quelqu'un d'autre.

Albus plissa les yeux.

– Ce miroir est très spécial. Il te donne en quelque sorte ce que tu veux voir. Ou plutôt ce que tu désires tout au fond de toi.

Harry ouvrit des yeux ronds. Ce qu'il désirait tout au fond de lui ? Drago Malefoy ? Il rit sèchement.

– Harry, que vois-tu dans le miroir ?

Le brun inspira et décida de ne pas répondre.

– C'est n'importe quoi ! Ce miroir ne montre pas ce qu'on désire.

– Bien sûr que si. Qu'as-tu vu ?

Une vague de colère envahit alors Harry, sans qu'il sache pourquoi. Il se leva brutalement et cria :

– Rien du tout !

Le Gryffondor partit en courant. Il ne voulait plus penser à tout ce qu'il venait d'apprendre. Non, le directeur devait se moquer de lui. Drago n'était rien d'autre que son pire ennemi. Qu'aurait-il voulu de lui ?

Le brun aux yeux verts traversa d'un pas rapide la salle commune, où Ron et Hermione discutaient. Ils levèrent les yeux vers lui, et Ron dit timidement :

– Harry, on aimerait te parler de-

Il ne l'écouta pas et, trop énervé par les paroles de Dumbledore, il se jeta sur son lit et s'endormit. Il ne se réveilla que le lendemain, vers dix heures. Comme c'était un dimanche, il n'y avait pas cours. Il déjeuna lentement, la faim lui tenaillant l'estomac. Comme il ne mangeait plus le soir, et ce depuis deux semaines, son organisme était plutôt affaibli. Les entrainements de Quidditch l'épuisaient aussi.

Le soir, comme d'habitude, au lieu d'aller manger avec les autres dans la Grande Salle, il alla dans la Salle Sur Demande pour regarder le Miroir du Riséd. Au moins, lui, il ne l'énervait pas.

Harry observa pour la énième fois le reflet de Drago. Qu'avait voulu lui faire comprendre Dumbledore en disant que ce miroir reflétait ce qu'on désirait ? Il ne pouvait tout de même pas vouloir Malefoy ? Pouvait-il ? Non, c'était complètement insensé.

Il fronça les sourcils. La haine perpétuelle du garçon à son égard lui voilait les yeux, et il ne s'était jamais interrogé sur ce qu'il ressentait vraiment pour le blond. Ce sentiment de chaleur intense qui lui emplissait le corps et lui tenaillait le cœur, dès qu'il le voyait, était-ce autre chose que de la haine ? Si oui, quoi ? Ça ne pouvait pas être de l'amitié. Peut-être de l'admiration ? Comment Harry aurait pu admirer quelqu'un comme Drago ? Non, décidément, ce n'était pas ça. Alors quoi ?

Le brun ne savait plus du tout où il en était. Si seulement il pouvait en parler à ses amis ! Si seulement ils ne s'étaient pas disputés ! Ron et Hermione sauraient ce qui se passe. Comme ses amis lui manquaient…

Il s'assit contre le miroir et prit sa tête entre ses mains.

– Je savais que je te trouverais là, dit une voix douce.

Harry se leva brusquement et menaça l'étranger de sa baguette. Mais il se détendit quand il vit que ce n'était qu'Albus Dumbledore.

– Professeur ? interrogea-t-il, confus.

– Ron et Hermione sont venus me voir, ce matin. Ils s'inquiètent pour toi, Harry.

– Ah bon ? marmonna-t-il, quand même un peu intéressé.

– Oui. Tu devrais aller leur parler.

– C'est à eux de s'excuser.

– Ne fais pas l'enfant. Tu as besoin de tes amis.

– Mais ils me laissent de côté !

– Parle-leur de ça. Vous trouverez une solution. Mais vous ne pouvez pas rester comme ça tout le temps. Tu leur manques. Et le contraire est valable, aussi. Je me trompe ?

– Non, monsieur, chuchota le garçon.

Dumbledore sourit dans sa barbe longue et blanche puis s'avança vers le miroir. Il le toucha de sa main osseuse et fripée. Il se tourna vers l'adolescent et demanda, comme il l'avait fait un jour plus tôt :

– Harry, que vois-tu dans le miroir ?

– Je…

Il se mordit la lèvre. Il ne pouvait tout simplement pas lui dire.

– Tu n'as pas de honte à avoir. Moi, par exemple, je vois un thé fumant, avec ce genre de gâteaux moldus, tu sais, les Oréos. Parfois, il y a même une assiette remplie de purée de carottes et de pommes de terre. Je n'ai pas honte de le dire.

– Vous, ça avoisine le ridicule, mais moi, ça frôle la gêne.

– Pourquoi ? Tu vois des personnes nues ? demanda le vieil homme, suspicieux.

– Non.

Albus soupira.

– Je comprends que tu ne veuilles pas me le dire. Mais si tu ne me dis pas quel est le problème, je ne pourrai pas t'aider.

– Je ne veux pas d'aide, mentit le brun.

– Très bien. Comme tu voudras. N'oublie pas qu'une aide te sera apportée si tu le souhaites.

Harry hocha la tête, laissant le directeur de Poudlard sortir de la pièce. Lui, il continua de fixer le miroir étrange. Cet objet le fascinait vraiment. Il ne savait pas pourquoi, mais chaque soir il l'attirait comme un aimant. Il éprouvait le besoin de fixer cette glace ancienne. Même si c'était Malefoy qui était reflété, il aimait regarder ce miroir. Après tout, le Serpentard n'était pas si mal, en y réfléchissant à deux fois. Seule son attitude déplaisait à Harry. Il soupira et se mit à parler au miroir :

– Drago, dis-moi ce qui se passe…

Le blond regarda le brun dans les yeux, ses lèvres restant pourtant closes.

– Je n'y comprends plus rien… Aide-moi…

Le blond cligna une fois des yeux puis pencha la tête sur le côté.

– Pourquoi est-ce toi que je vois ? Pourquoi pas un autre ?

Le Serpentard haussa lentement les épaules.

– Est-ce que ça veut dire que je te veux, ou que je veux ce que tu es ? Est-ce que je suis jaloux ? Est-ce que je voudrais être comme toi ? Je ne sais pas ce que je dois faire…

Le reflet du garçon le couva d'un regard réconfortant. Harry émit un petit rire et baissa les yeux.

– Au moins, avec ton reflet, je peux parler tranquillement sans me faire insulter.

Drago sourit, comme s'il réagissait à la blague.

– Tu penses que je devrais t'en parler ? Enfin, en parler au vrai Drago, je veux dire.

Le garçon dans le miroir le détailla sans rien faire.

– Peut-être qu'il me prendra pour un fou, et qu'il y verra une autre chance de se moquer de moi. Mais peut-être que lui aussi ressent ces choses étranges ? Non. Je délire. Il n'y a que moi qui suis si bizarre que je vois mes ennemis dans un miroir censé montrer mes désirs.

Drago plissa les yeux dans la glace.

– Est-ce que ça veut dire que je désire Drago ? souffla le brun, incertain.

Le blond sembla soupirer.

– Aide-moi, s'il te plait. Eclaire-moi.

Malefoy, n'étant qu'une image et n'étant donc pas doté de la parole, mit sa main droite en face de Harry, paume vers le brun, puis plaça sa main sur son cœur.

– Non, contredit Harry d'un ton sec.

Drago hocha la tête.

– Je ne l'aime pas. Je le déteste.

Le blond dans le miroir leva les yeux au ciel.

– Je sais ce que tu veux dire : « C'est dans la haine qu'on aime le plus. » Mais c'est faux. Je hais vraiment Drago.

Le reflet de l'adolescent croisa ses bras sur sa poitrine, puis leva le menton.

– Oui, j'y réfléchirai. Je dois y aller. A demain soir.

C'était étrange de parler à un miroir, mais ça faisait du bien d'avoir des discussions comme ça avec le reflet de Drago. Il était vraiment gentil.

Lorsqu'il s'allongea sur son lit, il croisa ses bras derrière sa tête et soupira. Drago Malefoy. Ce nom résonnait dans sa tête depuis plus de deux semaines. Pourquoi lui ? Il n'en savait rien. Mais ce qui était sûr, c'était qu'un changement s'opérait dans son corps, dans sa tête et dans son cœur.

Il se dit que chaque soir, il était de plus en plus pressé de voir le miroir. Mais ce n'était pas pour le miroir, en fait. C'était pour Drago. Il voulait voir Drago. Et voir les choses dans ce sens là équivalait à une révélation pour Harry. Il n'avait plus besoin de réponses, il venait de la trouver. Il savait pourquoi le Miroir du Riséd lui montrait Drago. C'était parce qu'il voulait Drago.


– Harry… Harry, réveille-toi.

Cette voix, ce n'était pas celle de Dean. Il la connaissait bien, elle lui était très familière, même si ça faisait longtemps qu'il ne l'avait pas entendue.

– Harry ?

Il ouvrit un œil. La première chose qu'il vit fut une tignasse rousse. Il leva la tête et aperçut Ron. Pourquoi est-ce qu'il lui parlait ?

– Ron ? murmura-t-il d'une voix brisée par le manque de sommeil – il n'avait pas beaucoup dormi, à cause du miroir et de ses pensées sur Drago.

Ce dernier hocha la tête.

– Mais quelle heure est-il ?

– L'heure d'avoir une discussion.

Le brun se mordit la lèvre et mit ses lunettes sur son nez. Il suivit Ron dans la salle commune vide. Hermione arriva peu après et s'assit près de Ron sur le canapé. Harry avait opté pour un fauteuil aux couleurs de Gryffondor.

– Harry, entama le roux. On doit parler.

– Pendant les deux dernières semaines – ou presque trois – tu ne nous as pas parlé. Et on voit bien que tu vas mal, bien plus mal encore que lorsqu'on n'était pas en froid. Ça nous fait mal de te voir comme ça. On est tes meilleurs amis, tu devrais nous parler de ce qui ne va pas, non ?

– Oui, Hermione, j'avais besoin de vous, mais… je me suis rendu compte trop tard que ça ne servait à rien de me morfondre dans mon coin. Désolé.

– Tu ne veux pas nous parler de ce qui n'allait pas ?

– J'ai trouvé les réponses seul.

Et en disant ça, il sentit un pic s'enfoncer dans son cœur. Devait-il parler à ses amis de la découverte capitale qu'il avait faite la veille ? Peut-être pas… C'était trop tôt, beaucoup trop tôt.

– Tu nous manques, mec, lâcha soudain Ron.

Harry sourit faiblement et baissa les yeux.

– Vous m'avez manqué aussi.

– Est-ce que ça veut dire qu'on va arrêter ce petit jeu ridicule ? demanda Hermione.

– Bien entendu. Je n'en pouvais plus sans vous.

Ils rirent tous les trois et se prirent dans les bras, sous les premiers rayons de soleil du matin.

Le reste de la journée fut calme. Harry chercha Drago des yeux pour confirmer ses récents sentiments. Enfin, il le trouva le midi, à table, avec Crabbe et Goyle. Il était magnifique. Plus beau encore que dans le Miroir du Riséd. Le Serpentard rit et Harry s'attendrit devant lui. Son cœur était en train de chavirer, il le savait. Et il craquait pour son pire ennemi. Il voulait Drago, plus que tout.

Harry déglutit quand Malefoy le regarda un instant. Il n'y eut aucune violence ou haine dans ce regard, simplement un sentiment neutre et vide. Le brun ne tenta pas de sourire, il ne détourna pas non plus les yeux. Il laissa Drago tourner la tête vers ses amis, un peu confus, vu ses sourcils légèrement froncés.

Le soir venu, il en était absolument certain : son cœur ne battait plus que pour une seule personne. Drago Malfoy. Et quand, après avoir un peu mangé avec Ron et Hermione, il retourna dans la Salle Sur Demande, prétendant avoir quelque chose d'important à faire, et qu'il se positionna devant le miroir, le sourire aux lèvres, il fut plus qu'heureux de voir le visage du blond maintenant si familier se former et lui sourire.

– Merci, dit le garçon aux yeux verts. Tu m'as beaucoup aidé. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans toi.

Drago hocha la tête. Après quelques minutes, Harry passa une main dans ses cheveux, gêné.

– Je ne sais pas par où commencer avec Drago. Tu crois que je dois lui dire ? Je veux dire… Je ne sais pas comment m'y prendre avec lui. Il me rejetterait, j'en suis sûr. Tu penses que c'est mieux que je me taise ?

Le reflet du garçon secoua la tête, puis montra le cœur d'Harry.

– Je dois lui dire ce que j'ai sur le cœur ? Oui, mais comment ? Il ne va pas du tout aimer.

Drago leva les yeux au ciel en soupirant.

– Je dois trouver la solution par moi-même, c'est ça ?

Le blond sourit.

– Bon, d'accord, soupira le garçon. A bientôt.

Le garçon aux yeux verts repartit dans sa chambre, tout en essayant de ne pas réveiller ceux qui dormaient déjà.


Quelques jours passèrent sans qu'Harry n'ose approcher Drago. Il l'aimait, il en était certain, et il voulait le lui dire, mais il avait trop peur pour le lui avouer. Il craignait que le Serpentard se moque de lui et le prenne pour un idiot. Mais, en même temps, il devait le lui dire. Il se l'était promis. A lui-même, et au miroir.

Il n'en avait pas parlé à Ron et Hermione, il voulait que seul Drago soit au courant pour l'instant. De toute manière, ses amis l'auraient pris pour un fou. Aimer son pire ennemi, c'était vraiment paradoxal.


Ce fut à la fin de la semaine que tout changea pour Harry. Ça faisait plus d'un mois et demi qu'il allait tous les soirs ou presque dans la Salle Sur Demande. Mais ce matin là, c'était un samedi, il n'avait pas d'autre envie que de se rendre dans cette pièce là du château.

Le brun sourit en entrant une fois de plus dans la Salle Sur Demande. Il aimait vraiment beaucoup cette pièce. C'était devenu une sorte de jardin secret, un havre de paix, son chez-lui. Il aimait passer des heures à ne rien faire d'autre que regarder le reflet de Drago. Il n'avait pas honte de l'admettre. Il reluquait le blond chaque soir. Qui pouvait l'en blâmer ? Il était amoureux, il n'y pouvait rien.

Le Gryffondor s'avança de quelques pas mais s'arrêta quand il vit quelqu'un devant le Miroir du Riséd. Quelqu'un qui n'avait pas sa place ici. Le garçon aux yeux verts fronça les sourcils et se cacha dans la pénombre, pour que l'intrus ne le remarque pas. La personne qui était sous la lumière toucha la glace et dit tout haut :

– Qu'est-ce que je dois faire ? Aide-moi…

Harry se revit en train de poser la même question. Il ne distinguait pas le visage du sorcier mais se douta bien de son identité. Qui d'autre avait des cheveux blonds magnifiques aussi éclatants ?

Drago se laissa tomber par terre et, sans que Harry ait pu prévoir quoi que ce soit, le blond murmura, assez fort pour que le brun l'entende :

– Harry… Je suis désolé, tellement désolé…

Le brun sursauta presque. Pourquoi avait-il prononcé son prénom ? Et pourquoi parlait-il au miroir comme Harry lui-même avait l'habitude de parler au reflet de Drago ? Quelle ne fut pas sa surprise quand le blond à terre poursuivit ses lamentations, qui devinrent toujours plus précises et spécifiques :

– Toute ma vie, j'ai été victime de mon propre amour égoïste, j'étais trop aveugle pour réaliser qu'il ne servait qu'à me voiler la face. Aujourd'hui, je regarde dans le miroir, et l'homme que je vois n'est plus le même. J'ai changé mes habitudes, tu sais, mais apparemment pas assez pour que tu me voies sous mon vrai jour. Pour toi, je changerais toutes mes couleurs, et je le ferai. Pour la première fois de ma vie, je vais changer, je vais commencer à changer pour l'homme dans le miroir, et j'espère que ça va faire la différence. Harry, je veux que tu saches que j'ai envie de te rendre heureux, de faire de ton monde un endroit meilleur. J'ai envie que quand je regarderai dans le miroir, je sois un homme nouveau.

Harry, caché derrière une colonne en marbre, avait presque les larmes aux yeux. Celui qu'il aimait était en train de prononcer un discours en lui clamant son amour, grâce à un miroir magique. Aucun message n'aurait pu être plus clair, Drago était amoureux de lui.

Le brun fit un pas vers la lumière, se découvrant aux yeux brillants du Serpentard, et répondit avec un sourire :

– Drago, si tu veux changer, fais-le pendant que tu en as le temps, car si tu fermes ton cœur maintenant, alors tu fermeras ton esprit pour toujours. Tu sais, moi aussi, je le vois cet homme dans le miroir, et je veux aussi le rendre heureux. Pour lui, je vais changer mes habitudes. Viens, lève-toi, et changeons ensemble.

Drago, qui avait sursauté en entendant Harry commencer à lui répondre, fronçait les sourcils. Sa surprise ne l'empêcha pas d'accepter la main tendue d'Harry qui l'aida à se mettre debout. Drago était juste en face d'Harry. Ils se regardaient dans les yeux sans oser parler, leurs mains toujours intimement entrelacées.

– Je suis désolé, murmura Drago en baissant les yeux, lâchant Harry.

– Pourquoi ?

– Je suis désolé de… t'aimer. Je sais que c'est vraiment pathétique et que dire ce que j'ai dit tout haut était une mauvaise idée. Tu m'as répondu, mais je ne pense pas que tu savais ce que tu faisais. Tu ne dois pas m'aimer comme je t'aime et je me sens tellement nul de faire ce que je suis en train de faire, je-

– Drago. Je savais très bien ce que je faisais.

Le blond fronça les sourcils en relevant lentement la tête.

– Tu veux dire que-

– Oui. Je n'ai pas dit tout ça pour rien.

– Tu-

– Je ressens la même chose que toi.

Le Serpentard ouvrit plusieurs fois la bouche pour la refermer à chaque fois. Il rougit puis se tourna vers le Miroir du Riséd.

– Qu'est-ce que tu vois dans le miroir ?

– Toi.

– Je te vois aussi, avoua le garçon.

Drago se mordit la lèvre. Harry ne put s'empêcher de trouver ça incroyablement mignon. Le Serpentard joua avec ses mains et demanda :

– Tu- Tu voudrais bien…

Il déglutit et Harry espéra un instant qu'il dise qu'il voulait sortir avec lui. Mais ces mots ne sortirent pas de la bouche du sang-pur.

– … me pardonner pour tout ce que je t'ai fait ? J'ai vraiment changé, tu sais.

– Ouais. Bien sûr.

Drago passa une main dans ses cheveux. Harry alla devant le miroir, sachant que Drago n'arriverait pas à dire quoi que ce soit d'autre. Le blond vint se poster près de lui, gêné. Ils observèrent leurs reflets pendant ce qui sembla à Harry une éternité. Puis soudain l'image se modifia. Alors qu'eux restaient bien immobiles, les deux garçons dans le miroir se regardèrent fixement. Le brun prit la main du blond. Ce dernier sourit et l'autre l'embrassa. Puis leurs reflets se prirent dans les bras. Harry (le vrai, cette fois) rougit et regarda Drago pour vérifier s'il avait vu la même chose. Apparemment oui, vu qu'il se mordait la lèvre et qu'il baissait les yeux.

– Tu vois la même chose que moi ?

– J'imagine, dit Drago à mi-voix.

Harry sourit et chuchota à son oreille :

– Et si on allait autre part ?

– Où ça ?

– Je ne sais pas… Quelque part où on pourrait être tranquille…

– Les toilettes des filles ? A part Mimi Geignarde, il n'y a jamais personne.

Harry sourit malicieusement et attrapa la main de Drago pour le tirer vers l'endroit indiqué. Ils ouvrirent une porte et la refermèrent derrière eux. Sans trop de brutalité, mais plutôt avec douceur, Harry colla le blond contre le mur et posa ses lèvres sur les siennes. Drago lui rendit son baiser avec fougue et posa ses mains dans le creux de ses reins. Harry prit le visage de son pire ennemi entre ses mains et l'embrassa à nouveau. Drago se cogna contre les cabinets et dut s'asseoir sur le dossier rabaissé des toilettes. Harry s'assit sur ses genoux sans arrêter de l'embrasser.

– Ouuuuuh ! fit une voix stridente.

Les deux garçons se figèrent et levèrent les yeux. Mimi Geignarde les regardait, intéressée.

– Je ne pensais pas que tous les deux…

– Mimi, va-t'en ! siffla le Serpentard.

Le fantôme s'approcha d'Harry et grimaça.

– Harry, je pensais que tu voulais partager ces toilettes avec moi quand tu serais mort.

– Pour l'instant, je savoure le plaisir d'être vivant.

Elle grommela quelque chose avant de plonger dans les toilettes. Drago leva les yeux au ciel avant d'attirer Harry vers lui en tirant sur son t-shirt. Ils passèrent la matinée dans les toilettes des filles à s'embrasser comme si leur vie en dépendait.

Quand ils se quittèrent, Harry fit tout son possible pour ne pas paraitre trop heureux. Mais c'était impossible. Il avait eu aujourd'hui ce qu'il voulait depuis un mois. Après un mois et demi de peine, de solitude, de pleurs et de tourment, il était enfin joyeux. Et il avait l'homme de sa vie à ses côtés. La vie lui souriait enfin.

– Harry ? Où étais-tu ? demanda Hermione alors que le brun entrait dans la salle commune. On ne t'a pas vu au petit déjeuner.

– Oh, je me baladais juste…, dit-il d'un air évasif.

Le garçon se demandait quand est-ce qu'il devrait informer ses amis de sa situation avec Drago. Il se dit qu'il avait tout son temps pour leur dire et que, de toute manière, il n'était pas prêt.

Il consacra son après-midi à se promener dans Pré-au-lard avec ses deux meilleurs amis. Ils s'étaient arrêtés aux Trois Balais pour boire de la bièraubeurre et étaient à présent en train de discuter. Harry tourna légèrement la tête vers la porte d'entrée et son cœur battit plus vite. Drago venait d'entrer avec Crabbe et Goyle. Le blond ne l'avait pas encore remarqué. Le brun le détailla discrètement de haut en bas en se remémorant tout ce qu'il avait fait avec le garçon le matin même, et tout ce qu'il ferait dans le futur… En pensant à ça, Harry se mordit la lèvre puis rougit. Hermione le remarqua.

– Qu'est-ce qu'il y a, Harry ?

– Rien, rien…

Elle fronça les sourcils tout en sirotant sa bièraubeurre. Enfin, le Serpentard nota la présence d'Harry. Alors que le garçon aux yeux verts lui offrait un sourire timide, le sang-pur haussa les sourcils et partit s'asseoir à une table, indifférent. Ça fit mal au jeune Gryffondor. Il savait que c'était pour que personne ne sache la vérité, mais le blond aurait quand même pu lui sourire. Ils ne s'étaient quittés que quatre heures plus tôt. Le joueur de Quidditch soupira et se reconcentra sur la discussion.


Le soir même, Harry reçut un hibou. Il ne l'avait encore jamais vu et il se demandait de qui il était. Il prit le petit bout de papier et le déplia.

Viens me rejoindre dans la Salle Sur Demande à vingt-deux heures – D. M.

Les battements de cœur d'Harry se firent plus rapides et il ne put s'empêcher de sourire. Heureusement, personne ne le remarqua. Pendant l'heure qui suivit, il fut tout excité. Que lui voulait Drago ? Etait-ce juste un rendez-vous amoureux ou… plus ?

L'heure arriva et le garçon se leva doucement. Sans bruit, il ouvrit la porte du dortoir des garçons et descendit les marches d'escalier. Il murmura le mot de passe à la Grosse Dame et s'enfuit dans les couloirs. Ce n'était pas la première fois qu'il sortait tard le soir. Mais c'était son premier rendez-vous nocturne amoureux.

La porte de la Salle Sur Demande s'ouvrit et la pièce sombre apparut sous les yeux d'Harry. Le Miroir du Riséd baignait toujours dans un faible faisceau de lumière. Drago n'était pas encore là. Le garçon aux yeux verts s'approcha du miroir. Comme d'habitude, il vit d'abord son propre reflet. Puis l'image de Malefoy se matérialisa derrière lui. Il l'enlaça en posant sa tête sur son épaule. En voyant cette scène dans la glace, Harry émit un petit rire. Dans le miroir, le Gryffondor se retourna et embrassa le Serpentard. Ce dernier lui prit la main et le regarda avec amour. Harry soupira. Il espérait que sa relation avec Drago ne serait pas comme toutes ces relations secrètes. Il voulait du romantisme. Drago pouvait-il être romantique ? Harry n'en savait rien du tout.

Soudain, il sursauta. Quelque chose venait de lui agripper la taille. Harry se retourna vivement pour croiser le regard émeraude d'un beau blond.

– Drago…, murmura le brun, soulagé.

Il rit et l'embrassa sur la commissure de ses lèvres. Harry se blottit contre le jeune garçon qui enfouit sa tête dans le cou du sorcier. Ils s'adossèrent contre le miroir et Drago commença à embrasser le brun dans le cou. Il remonta sur sa joue puis finit par attaquer ses lèvres. Harry avait enlacé le cou du blond et se laissait crouler sous ses baisers, laissant parfois échapper quelques gémissements étouffés. Finalement, ils se laissèrent tomber par terre. Drago s'allongea, adossé au miroir, et Harry se cala près de lui. Le brun leva la tête vers son amant et demanda :

– Qu'est-ce qu'on va faire ?

Le blond soupira.

– Je ne sais pas, Harry. J'ai vraiment envie d'être avec toi, mais… Il y a le regard des autres et c'est quelque chose que je ne peux pas supporter.

– Je comprends. Ecoute, je t'aime et je veux vraiment qu'on soit un couple. Moi, je me fiche des autres. Mais je ne vais pas te forcer, Drago.

Le garçon acquiesça.

– Ce que je ne veux pas, c'est qu'on perde toute la magie de l'amour. Je veux dire, là c'est le tout début et on s'aime. Mais si on doit seulement se voir dans ces circonstances, on va finir par se lasser.

– Je sais, Harry. Mais si mon père entend parler de ça, je n'ose même pas imaginer ce qui adviendra de moi.

Harry posa sa main sur celle de Drago. Ce dernier sourit faiblement.

– Harry, je ne suis juste pas prêt à faire mon coming-out. J'ai déjà eu beaucoup de mal à l'avouer à toi, et à moi-même…

– Ne t'inquiète pas. On ira à ton rythme.

Le blond sourit et embrassa son petit ami.


Sept semaines se déroulèrent de cette façon. Ennemis le jour, amants la nuit. Chaque week-end, ils se retrouvaient dans la Salle Sur Demande et vivaient des instants amoureux secrets. Aucun des deux n'avait dit à ses amis ce qu'il était ou ce qu'il faisait.

Et, enfin, à la huitième semaine, les deux garçons décidèrent qu'il fallait que leurs amis sachent. « On ne peut pas se cacher éternellement, Drago », avait dit Harry. C'était pour ça que le garçon était avec Ron et Hermione dans la salle commune et que ses deux meilleurs amis commençaient à s'impatienter.

– Allez, Harry dis-nous ce qui se passe !

Il inspira et dit :

– Je… Je suis amoureux. Et… je sors avec la personne que j'aime.

Il y eut un petit silence.

– Elle est à Gryffondor, au moins ? demanda Ron.

Hermione lui donna un coup de coude.

– Aïe ! Euh… Je voulais dire : on la connait ? Elle est jolie ?

– C'est la plus belle personne que j'aie jamais vue.

Hermione sourit doucement puis demanda de qui il s'agissait. Harry se mordit la lèvre en baissant les yeux. Ron fronça les sourcils.

– C'est Ginny. C'est ma sœur, c'est ça ? marmonna-t-il, légèrement énervé.

– Non, pas du tout ! C'est… euh… quelqu'un de Serpentard.

– Serpentard ? Tu aimes une fille de Serpentard ?

– Oui…

– Pourquoi tu ne nous dit pas tout simplement qui c'est ? fit Hermione.

– Parce que je ne suis pas sûr que vous l'aimiez.

– Roh, ça va ! voulut plaisanter Ron. C'est pas comme si tu aimais Malefoy !

Hermione rit. Le cœur d'Harry se fit lourd. C'était ce genre de réaction qu'il craignait. Il se mordit la lèvre. La blague de Ron l'avait blessé. Mais il se reprit. Il ne fallait pas qu'il se laisse atteindre par ça. Il était fort. Il n'avait pas honte d'assumer sa relation avec le Serpentard. Il releva fièrement la tête et dit calmement :

– Eh bien si, justement. J'aime Drago.

– Non, sérieusement, Harry. Dis-nous qui c'est !

– Je viens de vous le dire. C'est Drago.

Hermione regarda le sol. Ron fronça les sourcils en fixant le brun. Un silence gênant s'était installé entre eux trois.

– Tu aimes Malefoy ?

– Il s'appelle Drago. Et oui, je l'aime.

Ron rit brièvement.

– Non, ce n'est pas…

– Possible ? compléta sèchement Harry. Si, ça l'est. Je suis fou amoureux de lui.

Hermione et Ron se regardèrent. Finalement, la jeune fille inspira et dit :

– Ecoute, Harry… On est peut-être juste un petit peu étonnés, mais…

– Vous êtes juste choqués.

– On pensait pas que t'étais gay ! intervint Ron.

– Vous auriez dû le remarquer tout seuls. Ce genre de choses se voit.

Ron allait répondre mais sa petite amie l'en empêcha.

– On est super contents pour toi, Harry. Franchement, c'est bien que tu aies trouvé quelqu'un à aimer… Bon, ce n'est peut-être pas la personne à qui nous nous attendions, mais au moins tu l'aimes et il t'aime en retour…

Harry sourit faiblement.

– Je pensais que vous le prendriez plus mal que ça.

– On est tes amis, on t'accepte comme tu es. On t'aime, Harry. Pas vrai, Ron ?

– Bien sûr.

Le brun sourit à nouveau, avec un peu plus de confiance.

– Merci.

– Pourquoi ?

– Pour me soutenir.

– C'est rien, fit Ron dans un sourire.

Les trois se prirent dans les bras en riant. Harry était heureux. Ses amis ne l'avaient pas rejeté. Ils avaient accepté son homosexualité. Soudain un peu plus inquiet, il se demanda comment ça se passait pour Drago. Il alla se coucher, se glissant rapidement sous les draps.


Le lendemain matin, en se réveillant, la première chose à laquelle pensa Harry fut son petit ami. Est-ce que tout s'était bien passé pour lui ? Ses amis avaient-ils bien pris le fait qu'il soit gay ? Avait-il au moins eu le courage de leur dire ?

Ron, Hermione et lui descendirent dans la Grande Salle et déjeunèrent. Les trois sorciers guettaient l'arrivée des Serpentard. Harry parce qu'il voulait voir la tête de son amoureux, pour vérifier qu'il aille bien. Ron et Hermione parce qu'ils voulaient voir si ce que leur avait dit Harry était vrai.

Le blond arriva. Il était seul. Il entra fièrement dans la pièce, la tête haute et le regard perçant. Mais Harry, qui le connaissait bien, savait qu'il cachait quelque chose. Il remarqua avec un pincement au cœur que les yeux du Serpentard étaient légèrement rougis. Il se dirigea vers sa table et s'assit à l'écart des autres. Les Serpentards lui jetaient des regards étranges. Harry soupira. Ils avaient dû mal le prendre, vu l'attitude du garçon. Il ne l'avait même pas regardé. D'habitude, le matin, ils se lançaient toujours un petit sourire pour se dire bonjour.

– Tu es sûr qu'il va bien ? demanda Hermione.

– Non, il ne va pas bien, rétorqua un peu trop sèchement le Gryffondor.

– Va le voir, suggéra Ron.

– Je ne peux pas.

Le roux soupira et continua de manger. Harry ne put rien avaler. Il était trop inquiet pour son amant. Qu'avait-il donc ? Pourquoi ne le regardait-il même pas ?

Le début des cours commença et lorsque la journée se fut enfin terminée, Harry décida de rendre visite à Drago. Il savait que son dernier cours du lundi était le cours de potions. Il attendit donc devant la porte de la salle du professeur Rogue. Après quelques instants, les Serpentards de septième année commencèrent à sortir de la salle. Harry guetta l'arrivée de son bien-aimé. Il sortit en dernier de sa classe, juste devant Rogue qui fermait la porte. Ce dernier haussa les sourcils en le voyant.

– Potter ? s'étonna-t-il. Je ne pensais pas que vous m'aimiez au point de me rendre visite après les cours.

– Ce n'est pas pour vous que je suis là, monsieur, répliqua Harry en insistant sur le « monsieur ».

Drago leva tristement les yeux vers Harry et sourit très faiblement. Harry releva le menton en fixant Rogue puis passa son bras sur la taille du blond, l'emmenant loin du cachot. Le professeur de potions les regarda suspicieusement tandis qu'ils s'éloignaient. Harry et Drago se dirigèrent vers un coin sombre. Le brun s'arrêta et posa une main sur l'épaule du blond.

– Drago ?

Aucune réponse.

– Drago, chéri, est-ce que ça va ?

Le blond ne dit rien. Harry planta ses yeux dans ceux du garçon. Il pleurait. Le sorcier soupira et le prit dans ses bras, le serrant fort contre lui.

– Non, chut… Calme-toi.

Harry sentit les larmes salées du Serpentard couler dans son cou et tacher sa robe de sorcier. Il prit le visage de Drago entre ses mains et lui chuchota :

– Dis-moi tout. Respire, et dis-moi tout.

Drago se calma un peu et dit en sanglotant :

– Hier soir, j'ai- Je leur ai dit que j'étais- Je leur ai tout avoué, Harry, et- Ils ont juste- Ils m'ont laissé seul dans la salle commune. Je ne sais pas pourquoi… Harry, ils ne veulent plus être mes amis ! Je suis seul, tout seul… A tous les coups, ils vont en informer mon père…

– Hé, non, Drago, ne pleure plus… C'est rien. Tu n'es pas seul, je suis là.

– Mais tu ne comprends pas ! s'énerva-t-il en le repoussant. Mon père va me renier ! Il va informer tout le monde que je suis une espèce de monstre hideux et plus personne ne voudra me parler ! Maintenant que je l'ai dit à mes amis, ils me rejettent ! Je n'ai plus personne, Harry !

– Tu m'as, moi.

– Oui, chuchota le blond en se radoucissant.

Le brun lui caressa la joue. Harry se pencha vers lui et l'embrassa, obligeant Drago à poser sa tête contre le mur.

– Comment l'ont pris tes propres amis ?

– Bien. Ils ont été étonnés que ce soit avec toi, mais n'ont rien ajouté.

– Toi, au moins, ils t'aiment pour ce que tu es.

– Ne t'inquiète pas. Tout le monde n'est pas aussi ingrat. Tu finiras par te faire d'autres amis.

Drago plissa les yeux et, alors qu'ils se dirigeaient vers la Grande Salle, bras-dessus bras-dessous, dit :

– Tu as raison, Harry. On se fiche du regard des autres, en fait. Je t'aime et c'est tout ce qui compte. Et puis si tes amis m'acceptent, peut-être que je m'entendrai bien avec eux ?

– Je te présenterai.

– Ils me connaissent, lui rappela le blond.

– Oui, mais officiellement, je veux dire.

Drago acquiesça lentement.


Quelques jours passèrent où ils ne cachèrent plus leur relation. Ils s'étalaient au grand jour, passaient leurs journées ensemble, accompagnés parfois de Ron et Hermione. Ils étaient un petit couple heureux et très adorable. Beaucoup de gens les regardaient de travers, choqués ou étonnés, mais encore aucun écho négatif n'était parvenu. Certains professeurs remarquèrent aussi leur batifolage. Mais, aucun élève ne leur posa de questions. Même Ron et Hermione semblaient apprécier le copain de leur ami. Finalement, la vie leur souriait. Mais malheureusement, cette exhibition ne plut pas à tous, et comme la plupart des Serpentards, qui avaient déjà tourné le dos au jeune blond, un autre sorcier déprécia cette relation et ébranla Poudlard d'un scandale mémorable.

Lucius Malefoy n'avait pas tardé à être informé des aventures honteuses de son fils à l'école, par l'intermédiaire d'un enfant d'un de ses amis Mangemorts probablement, et avait par conséquent envoyé une lettre par hibou postal à Drago. Rien qu'en voyant l'oiseau, le blond s'était figé sur place alors qu'il déjeunait à la table des Gryffondors.

– Qu'y a-t-il, Drago ? demanda Harry, perplexe.

– C'est le hibou de ma famille...

Un silence se fit autour de leur table. Tout le monde connaissait le tempérament des Malefoy. Drago grimaça mais fut obligé de prendre l'enveloppe du bec du hibou car l'animal s'impatientait.

– C'est une beuglante, murmura Ronald, qui vivait toujours dans la crainte de sa première lettre de réprimande.

– Tu ne veux pas attendre d'être sorti d'ici avant de l'ouvrir, Dra..., commença son petit ami.

Mais il ne termina pas. L'enveloppe s'ouvrit d'elle-même, reprenant les traits fins et outragés de Lucius. Harry sentit la main de Drago agripper la sienne, fermement.

– Drago Malefoy ! tonna la voix de son père, faisant taire toute la Grande Salle. Comment oses-tu faire ça à notre famille ?! Ta mère et moi avons longtemps porté beaucoup d'espoir à ton égard, nous étions fiers... Autant dire qu'il n'en est absolument plus rien à présent ! Tu as totalement déshonoré nos principes ! Toi, un Sang-Pur, de famille noble, aimante, délaisser un avenir et une situation plus que prospères pour t'amuser à de telles sortes de jeux obscènes ! Et avec qui ? Je te le demande : avec qui ?! Harry Potter ?! Tu ne peux même pas imaginer à quel point j'ai honte, et de mon propre fils ! Jamais — Jamais, tu m'entends ? — je ne m'étais senti autant trahi ! Mon propre enfant qui fraternise, qui batifole, avec l'ennemi juré de notre famille ! Même ta mère est effondrée, tu lui as retiré jusqu'à sa dignité ! Je ne tolèrerai pas une telle attitude de ta part, Drago ! Dorénavant, je n'aurai plus aucune confiance en toi. Pas après que tu m'as trompé de la sorte. Tu seras constamment accompagné de Crabbe et de Goyle, quoi qu'il arrive. Et ne pense même pas continuer à voir ce... cette espèce de garçon — l'Elu, Celui qui a survécu, peu importe sa notoriété publique, il restera la pire des vermines du monde des sorciers : l'Elu de ton cœur, Celui qui a perverti ta vie, oui ! — je veux qu'il disparaisse, je ne veux même pas que tu croises son regard, est-ce bien clair ?! Tu es la honte de la famille Malefoy !

La lettre prit soudain feu, faisant sursauter les personnes attablées près d'elle. Quand Harry porta finalement son attention sur son petit ami, il fronça les sourcils en remarquant qu'il avait les yeux débordant de larmes. Le brun voulut le prendre dans ses bras mais Drago le repoussa violemment et hurla :

– Tout ça c'est de ta faute, Harry !

– Drago, je t'en prie, calme-toi, on va trouver une solution...

– Il n'y a rien à faire ! Tu ne comprends donc pas ? Ma vie est fichue, et c'est à cause de toi !

– Tu ne vas quand même pas écouter ton père ?

– Quel autre choix ai-je ? Je ne peux pas risquer de perdre le support de ma famille, geignit-il. Je suis désolé, Harry.

Le balafré se leva doucement et tenta de mettre une main sur le bras de son petit ami. Celui-ci se dégagea violemment.

– Reste loin de moi et tout se passera bien, OK ? murmura le blond, cachant sans succès sa souffrance évidente.

Drago s'enfuit à travers la Grande Salle, laissant le trio de Gryffondors seul. Hermione caressa le dos d'Harry avec compassion.

– Ça va aller, Harry ?

– Ouais, marmonna-t-il. Je vais aller lui parler.

Il se leva et se lança à la poursuite du blond. Il le chercha dans tout le château et le trouva pour finir dans les toilettes des garçons, les deux bras sur les bords du lavabo, son regard meurtri planté dans le miroir. Harry passa la tête par la porte et observa son petit ami qui commençait à pleurer.

– Hé, Drago..., chuchota doucement le sorcier en s'approchant de lui.

Le Serpentard fit volte-face, sortant vivement sa baguette en la pointant dangereusement vers Harry.

Expelliarmus ! cria-t-il en désarmant Harry. Qu'est-ce que tu fiches ici ?!

Le jeune Potter alla se cacher derrière le mur.

– Je veux juste discuter ! plaida-t-il en tentant de jeter un œil au garçon.

Stupéfix !

Harry évita le sort qui s'écrasa en face de lui.

– Drago, je t'en prie ! Écoute-moi ! Tout peut s'arranger, il faut juste qu'on en discute !

– Je ne veux pas discuter ! répliqua Malefoy en apparaissant près de Harry, sa baguette plantée sur la gorge de celui-ci.

– S'il te plait, Drago..., chuchota Harry en portant une main à son visage.

Il caressa la joue pâle de l'adolescent et replaça une de ses mèches blondes. Drago chassa sa main, avec douceur cependant.

– Tu dois partir, souffla-t-il en baissant les yeux. Je n'ai pas envie d'être une menace pour ta vie. Si mon père apprenait que j'étais toujours avec toi, il te ferait tuer.

Harry plaqua les bras du blond le long de son corps, abaissant sa baguette, et l'embrassa maladroitement. A sa surprise, son petit ami ne lutta pas. Quand ils s'écartèrent l'un de l'autre, Harry lui dit :

– Je n'ai pas peur de ton père. J'ai seulement peur de te perdre.

Drago le regarda fixement, un instant plein d'espoir, mais finit par secouer la tête.

– Va-t'en, Harry. Et pardonne-moi.

Il le repoussa et commença à partir. Il se retourna finalement et lança très sérieusement :

– Adieu.

Harry secoua la tête. Ça ne pouvait pas être la fin. Il devait y avoir un autre moyen. Drago ne pouvait pas l'abandonner comme ça. Mais il dut se rendre à l'évidence : son petit ami de reviendrait pas. Son père avait trop d'influence sur lui pour qu'il lui désobéisse. C'était sans espoir.

Il regagna la Salle Commune, penaud, après avoir ramassé sa baguette magique, et s'affala dans un canapé de soie rouge. Ron et Hermione descendaient juste des dortoirs.

– Harry ! s'exclama Hermione. Tout va bien ?

– Il ne reviendra pas.

– On est désolé, dit Ronald.

Et ils l'étaient vraiment. Ses amis l'épaulèrent comme ils ne l'avaient jamais fait avant, et Harry leur en fut grandement reconnaissant.

Quand il croisait Drago dans les couloirs, celui-ci l'ignorait superbement, et quand le blond mangeait dans la Grande Salle, de nouveau intégré aux autres Serpentards à cause de l'obligation de son père, si le garçon avait le malheur de croiser son regard, il lui jetait des éclairs et redevenait indifférent. Malefoy était définitivement sorti de sa vie, pour plaire à son père tyrannique et traditionaliste.

Sa vie avait été rendue plus agréable et paisible aux côtés de Drago durant ces dernières semaines, mais à présent son absence et son mépris le réduisaient petit à petit en cendres. Le trou béant dans sa poitrine s'agrandissait au fur et à mesure que les jours solitaires se succédaient.

Il avait eu l'espoir au commencement que Drago n'obéisse à son père que sous la crainte et qu'il accepte de le voir en cachette, comme ils le faisaient au tout début, mais Harry se rendait compte que c'était là la volonté du garçon de s'éloigner de lui. Alors il avait arrêté d'essayer. Il ne tentait plus de prendre Drago à part après les cours de potions, il ne cherchait plus son regard dans la Grande Salle lors des repas. Il avait tout simplement abandonné.

Les Gryffondors lui remontaient le moral tant bien que mal, sachant combien le jeune Potter tenait à son ex-petit ami. Mais il se renfermait de plus en plus en lui-même. Plus personne ne pouvait rien pour lui. Harry avait beau avoir vaincu créatures imaginaires et sorciers maléfiques, la seule chose qu'il ne pouvait combattre était bien son amour déçu.

Même les divers événements à Poudlard n'avaient su raviver sa joie de vivre. Hermione et Ron avaient dû le traîner de force à la sortie à Pré-au-Lard. Cependant, il accepta de les suivre, maussade. Ils se baladèrent silencieusement dans les allées vives, pleines d'écoliers joyeux - tout le contraire d'Harry. Celui-ci cheminait entre ses deux amis, entrant parfois dans des magasins surpeuplés. Ils finirent dans le pub des Trois Balais après être passés voir Fred et George et commandèrent des bièraubeurres. Harry assista patiemment au dialogue quasi-inanimé de ses deux meilleurs amis, absent. Il réfléchissait intérieurement, se demandant quelle raison de vivre il allait bien pouvoir adopter, quand il nota un groupe d'adolescents en face d'eux. C'étaient Drago, Crabbe et Goyle. Il y avait même Pansy, qui s'était bizarrement rapprochée du blond depuis quelques temps. Elle riait présentement, prenant la main du Serpentard tendu. Elle embrassa le garçon sur la joue, qui sourit faiblement en regardant par terre. Harry fronça légèrement les sourcils devant l'évidente gêne du blond. Il en était certain, c'était le père de son amoureux qui était derrière ce rapprochement. A coup sûr, Lucius avait demandé à Drago de sortir avec Pansy pour lui faire oublier sa phase homo-érotique. A cette pensée, il se sentit fulminer. Comment Drago pouvait-il continuer d'obéir à son père, qui de toute évidence refoulait la vraie personnalité de son fils ? Comment Drago pouvait-il remplacer Harry par Pansy, dont il avait toujours dit du mal quand il en parlait à son ex-petit ami ?

Il secoua la tête, reprenant ses esprits. Pourquoi était-il si jaloux ? Il n'eut pas le temps de se questionner plus car il remarqua la tablée se lever et sortir du pub. D'instinct, Harry se mit debout. Hermione et Ron sursautèrent immédiatement, surpris.

– Harry ? s'étonna Hermione. Tu vas quelque part ?

– Prendre l'air, bredouilla-t-il.

Et il sortit à la suite du petit groupe de Serpentards. Pansy était pendue au bras de Drago et le couple était entouré par ses deux gardes du corps habituels. Ils se dirigeaient vers le château. Discrètement, Harry se vêtit de sa cape d'invisibilité et marcha tout près du groupe, de manière à les entendre discuter. A vrai dire, seule Pansy parlait, sans qu'aucun des garçons ne l'écoute vraiment. Elle appelait Drago "mon chou" ou "chéri" et cheminait bras-dessus bras-dessous avec lui. Harry avait juste envie de sortir sa baguette et de lui crier Petrificus Totalus ! Alors qu'Harry les suivait de près, un passant encapuchonné et vêtu tout de noir bouscula Drago qui pesta contre celui-ci. Alors qu'il avait tout juste repris sa route, le jeune Serpentard s'arrêta net. Ses amis l'imitèrent avec étonnement et lui demandèrent ce qui se passait.

– Je... Rien, trancha-t-il amèrement. Je vais rester un peu. Ne m'attendez pas pour rentrer à Poudlard.

– Mais Drago, protesta Pansy d'une voix enfantine, tu ne peux pas me laisser ! J'espère que ce n'est pas pour aller retrouver cet idiot d'Harry Potter que tu m'abandonnes !

– Non. Ce n'est pas pour cet "idiot", comme tu dis.

Harry fut satisfait du ton agacé et plein de reproches que le garçon avait pris pour cracher sa réplique à la figure de son amie. Il poussa pourtant un soupir intérieur. Comme il aurait aimé que ce soit lui que Drago doive retrouver ! Pansy sembla vexée par le jeune Malefoy, mais obéit en entraînant Crabbe et Goyle avec elle. Quand ils furent loin, Drago ouvrit sa paume droite, où était caché un papier froissé, et lut attentivement les lignes tracées furtivement à la main. Il finit par jeter l'objet dans une poubelle et se diriger d'un pas ferme vers les bois environnant la Cabane Hurlante. Harry, perplexe, le suivit sans bruit. Le Serpentard tentait d'avoir l'air naturel et de ne pas attirer les regards quand il quitta peu à peu les ruelles de Pré-au-Lard pour s'engager sur les sentiers de la forêt sombre. Il s'arrêta soudain, et Harry fit de même sous la cape d'invisibilité. Une ombre sortit d'entre les arbres et se précipita sur Drago, qui ne cilla même pas. C'était le même passant encapuchonné qui l'avait bousculé plus tôt, et qui lui avait sans doute remis le papier. Le passant prit le garçon dans ses bras, et ce dernier se lova contre l'étranger. Harry sentit la rage bouillonner en son for intérieur et eut envie de retirer la cape pour demander à l'inconnu de laisser son ex-petit ami respirer. Alors, Drago se cramponna fermement à la longue robe noire de sorcier et fit la grimace, comme s'il se retenait de fondre en larmes.

– Je suis désolé, tellement désolé...

C'en fut trop pour Harry, dont la jalousie atteignait son maximum, et il retira sa cape pour cracher aux deux sorciers, n'écoutant que son instinct et sa colère :

– A ce que je vois, tu n'as pas attendu longtemps avant de me remplacer, Malefoy.

Celui-ci se retourna et, sidéré, se figea.

– Ha-Harry ? Qu'est-ce que tu fiches ici ?

Il se tourna vers la silhouette encapuchonnée et se justifia comme il put, paniqué :

– Je te jure qu'il n'y a plus rien entre nous, c'est fini ! Harry est sorti de ma vie.

Le Gryffondor serra les poings et s'avança de plusieurs grandes enjambées, à quelques mètres des deux autres maintenant.

– Pourquoi tu te sens obligé de te justifier ? C'est qui, lui ? Ton nouveau petit ami ? Je croyais que t'avais plus le droit d'en avoir, impliqua-t-il cruellement, tout de même vexé.

– Non, Harry- Je veux dire, Potter... Reste en-dehors de tout ça, je t'ai déjà dit que je voulais plus que tu m'adresses la parole...

– C'est bon, Drago, coupa soudain l'étranger d'une voix ferme et plus aiguë que ce à quoi s'était attendu Harry.

La personne rejeta son capuchon en arrière. C'était une femme, blonde et pâle, avec des traits autoritaires mais frais. Narcissa Malefoy. La mère de Drago. Harry recula instinctivement, surpris.

– N'aie pas peur, ajouta-t-elle dans un sourire si triste. Je ne serai pas aussi radicale que mon mari.

– Mais que faites-vous là ?

– J'étais venue parler à Drago, mais c'est une aubaine que tu sois là également. Venez, enfonçons-nous plus dans la forêt, je ne voudrais pas qu'on s'aperçoive que je suis ici, Lucius ne me le pardonnerait pas...

Ils suivirent la sorcière au sang pur et s'assirent finalement sur un rocher glacial. Narcissa considéra les deux garçons, assis côte à côte mais espacés autant que possible l'un de l'autre. Elle prit son inspiration et déclara :

– Chéri, tu as sans doute eu l'occasion d'ouvrir la Beuglante de Lucius.

Drago se renfrogna, le dos rond.

– Quand il a appris ta... ta situation, il n'a pas pu se contenir. Un des enfants de ses amis scolarisé à Poudlard l'en avait informé, et il a écrit cette lettre sans réfléchir. Il s'était senti dévasté et trahi, tu comprends, Drago ? Tu es notre unique enfant, tu es notre héritier. Et nous ne voyions pas la famille Malefoy sans descendance...

– Mère, si c'est seulement la question des petits-enfants qui vous tracasse, sachez que nous pouvons...

– Je le sais. Mais Lucius n'a écouté que son instinct. Je l'ai pourtant sommé de bien y penser avant de t'envoyer une lettre. Il ne l'a pas fait.

Harry jeta un regard en coin à son ex-petit ami qui fixait le sol sec.

– Il a rapidement déployé ses ordres et organisé tout ton futur. Encore heureux qu'il n'ait pas décidé de te payer un séjour à l'hôpital de Saint-Mangouste.

– Je ne suis pas malade ! grommela Drago.

– Je sais. Ton père est plus fermé que je ne le suis. C'est pourquoi je suis ici.

– Que voulez-vous dire ? demanda Harry.

Narcissa se tourna vers le brun et sourit.

– Je voulais venir en personne vous voir.

– Nous voir ? Pourquoi nous ?

– J'ai entendu dire que vous étiez en couple avant que Lucius ne t'interdise de voir quel garçon que ce soit.

Les jeunes sorciers rougirent en détournant les yeux.

– Lorsque j'ai appris que c'était avec Harry Potter que tu étais, je n'ai pas été surprise. Tu as toujours visé haut, et je dois dire qu'Harry a pour réputation d'être très attentionné envers ceux qu'il aime. J'étais ravie. Mais ensuite, Lucius t'a demandé de créer une pseudo-romance avec Pansy... J'ai été contre tout du long, je déteste tracer l'avenir de quelqu'un à sa place, surtout toi, mon fils.

– Qu'essaies-tu de dire, mère ?

– Je suis venue vous donner ma bénédiction.

Les garçons se redressèrent immédiatement et se regardèrent furtivement, avant de reposer leurs yeux sur Narcissa, qui leur sourit.

– J'approuve votre relation, même si ce n'est pas le cas de Lucius. Et je suis prête à lui tenir tête si jamais il découvre que vous êtes de nouveau en couple. Je ne veux que votre bonheur, si jamais vous décidez de vous remettre ensemble.

– Pourquoi feriez-vous ça ? dit Harry avec suspicion.

– J'aime mon fils, Harry. Je suis fière de lui, peu importe comment il choisit d'être heureux.

Drago passa une main sur son visage, cachant mal son sourire. Sa mère caressa tendrement sa jambe.

– Ne vous souciez pas de ton père, Drago. Je m'en charge. Occupez-vous seulement d'être amoureux et comblés.

Le blond laissa échapper un rire nerveux et un "Merci" enjoué puis prit sa mère dans ses bras, quelques larmes de soulagement roulant sur ses joues. Harry regarda la scène avec un attendrissement mélancolique. Quand ils se séparèrent enfin, Narcissa se leva et leur lança dans un autre de ses sourires flamboyants :

– Je vais vous laisser discuter de tout ça dans le calme. J'espère juste être tenue au courant des choix que vous ferez vis-à-vis de votre situation. Au revoir, Drago. Ravie de t'avoir vu, Harry.

Elle mit son capuchon et disparut dans la profondeur des bois. Les deux garçons restèrent silencieux un bon moment sur le rocher avant qu'Harry ait enfin le courage de prendre la parole :

– Alors ?

– Alors quoi ? murmura directement Drago.

– Qu'est-ce que tu penses de ce que ta mère a dit ?

– Que veux-tu que j'en pense ? Je ne peux pas aller à l'encontre des ordres de mon père, quoi que ma mère en dise.

– Tu ne vois donc pas que c'est notre chance ? D'être ensemble, de nous aimer, de vivre notre vie, comme avant ?

– Ma mère a beau dire, elle ne pourra jamais faire changer d'avis mon père.

– Pourquoi as-tu peur ?

– Tu ne le connais pas, tu ne sais pas comment il est. Il est effrayant, malsain. Il est persuasif et puissant. Il peut se rendre maître de tes pensées s'il le veut. Il m'a fait détester les Sang-de-Bourbe, les Sang-Impur, les gens comme toi et moi. Il m'a fait me détester. Et je ne peux pas me battre contre lui.

– Ça, c'était quand je n'étais pas là. Mais est-ce que ce sera pareil si je me bats avec toi ?

– J'en ai marre de me battre, Harry.

– Non. Tu ne dois pas arrêter d'essayer. C'est ce qui nous a séparé, je te rappelle, dit-il durement. Mais je te promets que ça n'arrivera plus, si tu y mets du tien. On peut tout recommencer. Il suffit juste d'y croire et de se soulever contre le monde.

– Contre mon père ?

– Oui. Nous ne sommes plus seuls, maintenant. Nous avons nos amis pour nous soutenir, et il y a ta mère.

– Tu crois que ce sera suffisant ? demanda le blond, osant à peine y croire.

– Ton père ne peut rien contre l'amour. On ne peut pas vaincre quelque chose dont on ignore tout.

Drago sourit doucement, et Harry se rapprocha un peu de lui. Le Serpentard releva la tête et dit :

– Tu m'as manqué.

Harry sentit une bouffée de chaleur lui envahir le cœur et il sourit en prenant vigoureusement le sorcier dans ses bras.

– Toi aussi, Drago, chuchota-t-il en l'embrassant sur le crâne. Toi aussi.


– Harry ? demanda Drago alors qu'ils marchaient main dans la main pour aller manger dans la Grande Salle.

– Mmh ?

– Après manger, on se retrouve dans la Salle Sur Demande ? Ça me manque nos petits rendez-vous nocturnes.

En effet, cela faisait quelques temps qu'ils ne s'étaient plus rendus dans cette pièce du château, profitant le jour de leur amour.

– Bien sûr, mon cœur.

Drago sourit bêtement et quémanda un dernier baiser avant d'aller s'asseoir seul à la table des Serpentards. Beaucoup l'évitaient, même si certains l'accueillirent avec un sourire.

Après le repas, les deux amants arrivèrent donc dans la Salle Sur Demande. Harry était un peu en retard, mais il se dit que son amoureux ne lui en voudrait pas. Quand il entra, la pièce était toujours la même, quoiqu'un peu différente.

Drago l'attendait au centre de la salle, un regard inquiet sur le visage. Harry fronça les sourcils, regardant l'halot de lumière au centre de la pièce.

– Où est-il ? demanda Harry, incertain.

– Je ne sais pas… Quand je suis arrivé, il n'y avait rien.

Le brun plissa les yeux et s'approcha de Drago. Ce dernier se blottit contre lui et enfouit sa tête dans son cou. Harry l'embrassa dans les cheveux et crut comprendre pourquoi le Miroir du Riséd n'était plus à sa place.

Ils avaient enfin eu ce qu'ils voulaient. Harry voulait Drago. Drago voulait Harry. Harry avait eu Drago. Drago avait eu Harry. Ils avaient avoués à tous leurs sentiments et étaient heureux. Ils n'avaient plus aucun autre désir que de rester ensemble pour toujours et de s'aimer quoi qu'il arrive.

Harry esquissa un sourire. Finalement, tout était rentré dans l'ordre. Il n'était plus jaloux d'Hermione et Ron, et il était enfin heureux. Et quelque chose lui disait que ce serait pour longtemps. Jamais il ne pourrait quitter Drago. Ça lui ferait trop mal.

Il embrassa longuement son petit ami et leva les yeux vers la lumière scintillante. Ce miroir avait contribué à son bonheur, il l'avait aidé. Il lui en devait beaucoup.


Deux garçons se trouvaient sous un faisceau de lumière blanche, dans une pièce très sombre. L'un, brun, tenait un autre, blond, dans ses bras. Ils échangeaient des regards amoureux et des baisers passionnés. Si le Miroir du Riséd s'était tenu devant eux à cet instant, il n'y aurait eu que leur parfait reflet dans la glace, car ils avaient tout ce dont ils rêvaient. Ils n'avaient besoin de rien d'autre que de leur amour.

Parfois, le destin fait se rencontrer deux âmes perdues. Parfois, il suffit juste d'un miroir très spécial pour que deux personnes qui ne voulaient pas s'avouer leurs sentiments s'unissent.


Voilà ! J'espère que vous avez aimé ! Moi j'ai mis super longtemps à l'écrire (et à la récrire sans la partie comédie musicale), et je suis à peu près fière du résultat, même si j'ai largement préféré écrire Legilimens ! (Si vous en avez l'envie et la patience, allez lire cette autre fiction, je pense qu'elle vous plaira). Laissez-moi un commentaire, histoire de sonder les différents avis sur cette histoire et son petit changement ! A bientôt (Enfin pas trop tôt, écrire du Drarry me prend un temps fou) !