Merci à Pims10 pour le comm ! Merci à Mel.

Voilà la suite


DEUXIEME CHANCE

PARTIE 26


Nous étions couchés depuis une heure mais nous discutions encore de tout ce qui me tracassait et elle exprima elle aussi ses craintes concernant notre avenir, ses parents et son désir d'enfant. Je restai muet sur ce dernier point, prudent.

-Je sens bien que toi aussi tu refuses cette possibilité, se désola-t-elle.

-Je n'ai rien dit de tel.

-Alors quoi ?

Je pris le temps de réfléchir à la question. Face à face, nous nous observions dans la pénombre, voyant clair comme en plein jour.

-J'ai envie de voir mon fils naitre…

-Ce sera peut-être une fille.

-Peu importe, tu as entendu ce que le fils de Nahuel a dit. Je ne veux pas qu'il serve d'arme. Je ne veux pas faire un enfant par obligation.

-Moi non plus. Mais j'ai envie de cet enfant, et si son destin est tracé, on s'en accommodera. Nous serons là pour lui, pour l'aimer, le guider, le soutenir. Par expérience, tu sais qu'on ne peut pas tout contrôler.

Je ne le savais que trop.

-Je le sais mais…

-Ne me prive pas de ce bonheur, ne me prive pas de ce bonheur.

Elle attrapa mon visage et j'entendis la même phrase dans ma tête tandis qu'elle m'embrassait avec désespoir. Je ne sus lui résister, au contraire, tout me portait vers elle. Elle partageait avec moi ce qu'elle ressentait, j'étais dans son cœur, dans sa tête, dans son corps en abandon depuis trop longtemps. Je voyais confusément ce qu'elle désirait, moi-même envahi par ce besoin similaire de rapprochement intime. Nous avions trop attendu, tournant autour du pot, malmenés par nos problèmes et manquant cruellement de confiance.

Elle avait baissé ses barrières, elle me voulait en elle, je perdis toute lucidité, laissant mon corps prendre le relais, fusionnant avec elle, m'appropriant son intimité avec frénésie comme assoiffé. La douleur des retrouvailles était immense, nous rendant insatiables. Peau contre peau, en sueur, elle enfonçait ses ongles dans mon dos, ses dents dans mon épaule. J'étais proche de l'extase. Elle se retrouva sur moi, pensant calmer mes ardeurs, mais ce fut le contraire, excité par cette danse charnelle qu'elle exécutait lentement, se caressant avec savoir-faire, relevant ses cheveux, rejetant sa tête en arrière. Elle-même arrivait à son paroxysme et je ne pus que céder au plaisir qui nous consumait.

Nous passâmes notre dimanche au lit, fermés au monde, dans un cocon imperméable à la vie extérieure. Cette seconde nuit se révéla tout aussi réparatrice, je n'avais pas aussi bien dormi depuis des lustres. Je me réveillai vers cinq heures du matin et trouvai Nessie debout devant la fenêtre. Je la rejoignis sans attendre.

-Ça ne va pas, mon cœur ?

Je l'enlaçai, elle se laissa aller contre moi, dos à moi, fixant la lune. Ses mains attrapèrent les miennes, les firent glisser sur le bas de son ventre.

-Je suis enceinte.

Mon cœur eut un loupé.

-Pardon ?

-Mon utérus travaille déjà.

Mon cœur s'emballa d'un seul coup car je ne remettais pas en doute ses conclusions. Je pensais qu'on aurait un peu plus de temps. Elle se tourna vers moi, cela me rappela brièvement une situation similaire.

-Ne t'inquiète pas, je vais aller voir Carlisle dans la semaine mais je ne suis pas inquiète, je sens que ça va bien se passer.

-Je le sais, je ne suis pas inquiet pour ça.

-De quoi as-tu peur ? Mon père ?

-Il va mal réagir mais je saurais gérer cette fois.

-Alors quoi ? Dis-moi.

Ses mains se posèrent sur mes épaules, remontèrent vers mon cou, puis mes joues. Mon angoisse s'estompa devant l'évidence de son bonheur. Je lui souris pleinement, le cœur remplit de gratitude.

-J'ai peur de me réjouir, d'être trop heureux alors que mon entourage souffre.

-On a droit à ce bonheur, Jake. Il se répandra sur les autres et soulagera des cœurs, j'en suis sûre.

Sa confiance me reboosta, elle était à nouveau ma Nessie, mon pilier, mon ancre à la vie. Elle était mon tout et me donnait la possibilité de regagner son cœur et le cœur de mes proches. Je voulais la croire, je voulais y croire.

-D'accord, cédai-je enfin.

Elle me serra contre elle, fort, très fort.

-Merci.

oOOOo

Je travaillais d'arrache-pied quand Embry franchit le seuil.

-Tu es déjà là, Jake ?

-Ça fait bien une heure. On a du retard à rattraper tu m'as dit.

-C'est vrai.

Il semblait fatigué mais il se mit au travail sans broncher. Le renfort arriva dans la foulée et la matinée passa rapidement. Nous déjeunions Embry et moi quand son portable sonna. Il fronça les sourcils en décrochant. J'entendis sa conversation, je le vis devenir tout pâle.

-Vas-y, dis-je avant même qu'il ne se lève.

Kim avait des contractions, son père l'a emmenée à l'hôpital car elle n'arrivait pas à le joindre.

-C'est trop tôt, s'angoissa-t-il en franchissant l'entrée du garage.

Mon cœur se serra. Je n'avais pas eu le temps de lui parler de Nessie. Chacun de mes bonheurs allait il provoquer un malheur ? Je ruminais toute la journée, me montrant parfois désagréable avec les clients qui venaient. Je me calmai seulement quand Embry m'appela en fin d'après-midi.

-Fausse alerte, ils ont réussi à stopper les contractions, ils vont la garder quelques jours à l'hôpital.

Soulagé, je respirai mieux.

-Tu sais ce qui a provoqué ça ?

-Non. Pas vraiment. Enfin ça va aller, c'est le principal.

-Repose-toi. Reste auprès d'elle, je vais gérer cette semaine.

-Tu es sûr ?

-Oui.

-Merci mon pote ! Si tu veux ce week-end on se prévoit un pique-nique sur la plage ? Quil vient de revenir de vacances avec Claire, on sera entre potes.

-Oui, ok, répondis-je, emballé.

-Cool, je te laisse. Je retourne auprès de Kim. Bon courage et merci.

Il raccrocha et ce fut bien plus sereinement que je terminai ma journée.

OoooO

Allongée sur une table d'examen, Carlisle examinait Nessie avec attention. Il avait viré tout le monde de la maison pour pouvoir discuter tranquillement avec nous. Il avait compris que Nessie voulait que ça reste confidentiel pour l'instant. Alice n'avait rien vu venir comme la dernière fois. Je tentai de ne pas penser à autre chose, évitant de me stresser pour rien.

-Je vais devoir en parler à ta grand-mère, tu le sais ma chérie.

-Oui, mais je veux être sûre que ça va, avant.

Il pratiqua l'examen, son visage inexpressif m'agaça.

-Alors ? M'impatientai-je.

-Jacob sois patient, me temporisa ma femme.

-L'utérus est un peu épais mais on distingue quand même un embryon d'environ un mois.

-Un mois ! S'étonna Nessie. Mais ça ne fait même pas une semaine que…

Elle s'interrompit en rougissant. Etonné, moi, je ne l'étais pas.

-Tu auras une grossesse un peu différente de la normale, en conclut son grand-père. Selon ce que tu avances, d'ici trois mois grand maximum tu seras à terme.

Elle ouvrit de grands yeux effarés.

-Ça ne nous laisse pas beaucoup de temps pour préparer son arrivée.

-Ça ne nous laisse pas beaucoup de temps pour prévenir ton père, surtout, soupirai-je.

-Ils rentrent ce dimanche, d'ailleurs, nous prévint Carlisle.

Dans deux jours, l'angoisse. Je remarquai la mine sombre de Nessie. Je lui pris la main en signe de soutien.

-Vous voulez écouter son cœur ?

Je n'avais jamais rien entendu de plus beau. Je n'avais pas assisté aux examens la première fois, très occupé par mes patrouilles. Carlisle nous sourit, je sentais son émotion face à la nôtre. Il était heureux, cela prédominait sur ses inquiétudes et nous étions heureux ma femme et moi, ne pensant qu'à ce petit être qui n'allait pas tarder à nous rejoindre.

OoooO

Assis sur le sable, un gros sandwich à la main, je mangeais de bon cœur, entourés de mes deux potes. Embry avait mis Quil au parfum, lui révélant que j'étais revenu, plongeant dans un inconnu un peu flippant. Je savais aussi que Kim allait bien et rentrerait chez eux en début de semaine. Nous étions heureux, ici, tous les trois, épargnés par la vie. Je ne pensais plus à mes beaux-parents, ni à ma sœur, ni à Leah, ni à Sam. Je ne pensais à rien d'autre que ce que je vivais en cet instant. Et eux aussi visiblement. L'estomac plein, nous fîmes une petite sieste, ensuite nous nous baignâmes longuement. La fin d'après-midi arriva, nous nous posâmes au soleil, séchant naturellement. Quil me parla de Claire qui entrait en phase d'adolescence et qui devenait pénible. Il riait de toutes les crasses qu'elle lui faisait. Et puis il retrouva son sérieux en me parlant des difficultés à s'intégrer dans la famille de la jeune fille. Il me parla aussi de son travail, de ses projets de construction pour une maison rien qu'à lui. Vivre chez ses parents lui semblait être une bonne idée à la base mais maintenant il étouffait, il voulait de l'indépendance.

-Et comment va Emily ?

-Elle survit, me confia-t-il. Elle s'occupe beaucoup de ses nièces, elle travaille aussi mais ça se voit qu'elle est déprimée. Elle n'est jamais sortie avec personne depuis la mort de Sam.

Je pouvais la comprendre. J'étais passé par là, je ne le souhaitais à personne.

-Et toi ? Me questionna Quil. T'as pu arrondir les angles avec ta chérie ? Et Edward, il te fiche enfin la paix ?

Je lui fus reconnaissant de ne pas aborder certains sujets (comme ma sœur par exemple ou Bree et Seth).

-Les choses s'arrangent doucement.

-Tu vas enfin mettre en route ton p'tit gars ?

Etonné, je le fixai sans rien dire un moment.

-Jake refusait cette option mais toi tu m'as l'air d'être prêt.

Embry acquiesça. C'était bizarre comme conversation.

-Nessie est enceinte, ne pus-je m'empêcher de leur confier.

Ils me tombèrent dessus, me félicitant avec effusion. Nous formâmes ensuite un cercle, nos têtes se collèrent les unes aux autres, nos bras autour de nos épaules. Rien n'aurait pu nous séparer à ce moment-là…

OoooO

En rentrant, je sifflotais, le cœur léger. Mes amis m'avaient redonné de la force, je me sentais en capacité de tout affronter. Mais je ralentis en reniflant une odeur désagréable. Adieu sérénité et confiance. Edward m'attendait sur le pas de la porte, même d'aussi loin je percevais son regard féroce. Bella l'appela, il rentra à l'intérieur. Devant ma porte, j'hésitai à entrer. Dans le salon, je les trouvai installés sur le canapé, seul Edward restait debout. Nessie me sourit malgré son anxiété. Bella me fit signe de prendre une chaise, impassible. Je soupirai, déjà fatigué par cette confrontation, et pris une chaise pour m'asseoir en face d'elles.

-Félicitations, dit Bella contre toute attente.

Elle entoura la taille de sa fille, l'attirant doucement contre elle. Etonnamment, Nessie se laissa faire. Elle ferma même les yeux en se calant dans le cou de sa mère.

-Merci, bafouillai-je en jetant un regard méfiant vers Edward.

Celui-ci nous tourna le dos, se posta devant notre fenêtre. Son profil était morose. Cependant, il encaissait mieux que ce que je pensais.

-Ne crois pas ça.

Il avait à peine murmuré ces mots mais tout était dit. Il allait me passer à tabac dès qu'il en aurait l'occasion.

-Parce que tu crois que tu mérites autre chose ?

-Je n'ai rien fait de mal, m'opposai-je.

-Vraiment ?

-Je vais être père, en quoi est-ce un crime ?

Il glissa vers moi, je me levai d'un seul coup.

-Tu veux vraiment qu'on ait cette conversation ?

-Allons marcher un peu ma chérie, entendis-je Bella, confusément.

-Vous ne cassez rien dans ma maison, nous prévint Nessie avant de quitter les lieux avec sa mère.

J'aurais pu me réjouir de la voir se rapprocher de sa mère, de voir que Bella ne prenait pas position contre lui comme elle avait l'habitude de le faire, au lieu de ça, je sentais que j'allais exploser ici face à ce regard haineux. Il fallait que je me calme. Je devais trouver un moyen de lui expliquer à quel point j'aimais déjà cet enfant, c'était viscéral, ancré en moi depuis si longtemps. Cet enfant, je l'avais perdu une première fois, au même moment que ma femme. La vie m'avait déserté, je n'étais plus qu'une coque vide qui avait erré comme un fantôme jusqu'à ce que cet hybride me redonne la possibilité d'éviter cette tragédie. Cette deuxième chance, je l'avais saisi, et maintenant je devais avancer, j'avais contourné la peur qui me tordait les entrailles afin d'offrir à ma femme ce qu'elle attendait et qui la rendrait heureuse.

Les traits rigides d'Edward ne bougèrent pas, mais son regard se voila.

-Je n'arrive pas à contourner cette peur, je n'arrive pas à me réjouir.

Face à face, il me sondait, cherchant des réponses mais je n'en avais qu'une : accepter ce qui arrivait et oublier le passé. Le contexte n'était pas le même, je n'étais pas le même, nous étions tous marqués mais nous en étions ressortis grandis et plus forts. Nous saurons gérer si nous restons unis et vigilants.

Il hocha la tête, indécis.

-Accepter…

Il retourna à sa position initiale, fixant je ne sais quel point à l'horizon.

-S'il leur arrive quoi que ce soit, je te tuerai, Jacob Black.

-Je le sais. Mais ça n'arrivera pas.

Il posa sa main sur la vitre, esquissant l'ombre d'un sourire. Passé le choc de le voir se résigner, je me détendis tout doucement.

-Elles sont heureuses, admit-il avec difficulté. Nessie a compris que sa mère essaierait de ne plus s'immiscer dans votre couple, elle a décidé de lui faire confiance. Ce bébé influe sur elle positivement.

Oui, notre fils agissait déjà, parsemant lentement du bonheur autour de lui.

-Elle aimerait avoir une fille, me révéla-t-il.

-Ah oui ? Elle ne m'a rien dit.

-Elle vient de le réaliser… et de le confier à sa mère.

-Fille ou garçon peu m'importe, tant qu'il va bien.

-Je dois avouer …

Il se tut et préféra sortir de la maison pour aller rejoindre celles qu'il aimait.


La suite quand je pourrai.