Rapprochement

Sans cesser de taper au clavier, Finch leva les yeux en direction de son partenaire qui démontait une arme avec des gestes brusques, précis, les sourcils froncés. Les différentes pièces frottaient les unes contre les autres en émettant de petits bruits métalliques, donnant l'impression de protester contre ce traitement trop rude.

Comme s'il avait sentit le regard posé sur lui, Reese tourna la tête et leurs yeux se croisèrent. Finch eut un sourire contraint auquel Reese répondit par un étirement des lèvres qui n'éclaira pas ses yeux. Puis ils retournèrent chacun à leur tâche, en silence.

La mauvaise humeur de l'ex agent de la CIA était presque palpable et Finch n'avait aucune, aucune idée de ce qui pouvait en être la cause. Lui qui pouvait tout savoir sur tout le monde en tapant quelques lignes de code sur un clavier se heurtait depuis ce matin au mur d'impassibilité que Reese avait érigé autour de lui et sa curiosité était comme une démangeaison inaccessible.

Bien sûr, il aurait pu demander. Reese aurait balayé son inquiétude d'un haussement d'épaule ou d'un geste de la main, il aurait insisté, et finalement obtenu – probablement – le fin mot de l'affaire, accompagné d'une réplique ironique à propos du monopole sur les questions que Finch s'attribuait. Mais il hésitait, sans vraiment savoir ce qui le retenait – un désir de respecter ce qu'il restait à Reese de vie privée peut-être, ou une certaine répugnance à avoir ces yeux aujourd'hui chargé d'orage braqués sur lui. Ou encore l'envie inavoué que l'autre se confie sans qu'on l'y incite.

Finch, qui fixait depuis un moment le même paragraphe de code sans bouger, cherchant vaguement quel signe il avait oublié et qui provoquait invariablement l'apparition d'un « error » agressif, balaya les pensées qui le parasitaient et s'efforça de se concentrer.

Un moment plus tard, il sursauta et releva vivement la tête quand Reese aboya en allemand sur Bear. Le chien venait de pousser du museau une pièce posée sur le bord de la table, la faisant tomber au sol. L'animal gémit, les oreilles basses. Finch se racla la gorge, se décidant finalement.

- Quelque chose vous préoccupe, Mr. Reese ?

L'ex agent de la CIA haussa les épaules.

- Rien qui ne m'empêche de faire mon travail, Finch.

C'était clairement une rebuffade mais le vieux geek savait se montrer têtu quand il le voulait.

- Nous n'avons pas de numéro pour le moment, Mr. Reese. Ce n'était pas vraiment à titre d'employeur que je posais la question.

- Et à quel titre alors, Mr. Finch ? s'informa l'autre, légèrement narquois.

- Copropriétaire d'un animal maltraité, rétorqua l'informaticien avec un regard appuyé en direction de Bear, couché au pied de son alpha et les oreilles toujours basses.

Une expression presque penaude passa sur le visage de Reese et il se pencha pour flatter les flancs du chien. Celui-ci commença immédiatement à remuer la queue, ravi. Finch tourna le fauteuil en direction de son partenaire et croisa les mains devant lui, haussant un sourcil. Reese soupira et capitula.

- C'est l'anniversaire de la mort de Jessica aujourd'hui.

Finch se mordit la lèvre. Bien sûr, c'était aujourd'hui. Il y avait pensé plus tôt dans la semaine, se demandant si Reese avait un rituel précis pour cette journée, et s'il devait lui proposer de prendre un congé. Puis il avait eu une idée pour améliorer la transmission de données entre deux relais, commencé à coder et perdu la notion du temps.

- Je suis désolé, offrit-il. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire ?

Reese secoua la tête avec une expression presque coléreuse.

- Non, ce n'est pas ça. Finch, c'est l'anniversaire de sa mort et je ne me sens pas triste. Je regrette toujours de n'avoir pas été là pour elle, et je… ce que je ressens pour elle est toujours là, c'est une partie de moi. Mais je ne me sens plus triste.

L'informaticien hocha la tête, compréhensif. Lui aussi avait expérimenté cette culpabilité quand la douleur née de l'absence de Grace s'était atténuée, transformée en habitude, comme il s'était habitué à sa nuque raide et sa hanche qui le lançait.

- Qu'est-ce qui a changé ? demanda-t-il.

Reese hésita.

- Il y a… quelqu'un d'autre, finit-il par répondre.

- Oh.

Partagé, Finch garda un moment le silence. Reese était encore jeune, définitivement attirant il n'aurait pas dû trouver cette nouvelle tellement surprenante. Ni s'agacer de n'avoir perçu aucun signe – après tout il avait été agent pour la CIA, la dissimulation lui était une seconde nature.

- Vous ne me demandez pas qui ? lança finalement Reese.

- Inutile, Mr. Reese, je pense que j'en ai une idée assez précise.

Ça ne pouvait être que Zoe Morgan. Il n'avait fréquenté personne d'autre suffisamment longtemps et elle était une des rares personnes à savoir qui il était réellement. Du moins en grande partie. Et il avait déjà noté que l'alchimie entre eux était excellente – même s'il ne s'était fait cette réflexion qu'en terme de relation de travail et…

Reese se leva soudain, rompant le fil de ses pensées. En quelques pas, il traversa la pièce et se trouva soudain debout devant son partenaire, inconfortablement proche.

- Vraiment, Harold ?

L'informaticien déglutit, rendu nerveux par l'envahissement de son espace vital et l'intensité du regard que l'autre posait sur lui.

- Mr. Reese… ?

Puis Reese se pencha et l'embrassa.


Je ne sais pas encore si j'écris une 2e partie… Qui a envie de lire la suite ?