Disclaimer : Saiyuki et le personnage de Goku appartiennent à Kazuya Minekura.

Mot de l'auteur : Relire Saiyuki m'a donné envie d'écrire un texte qui mettait en scène Goku dans sa prison. Cette fic est très expérimentale, puisqu'il n'y a pas de scénario. Seulement des sentiments, des réflexions, des images. Merci de votre attention et bonne lecture !


Volière
「鸟笼」

Première Éternité


Il n'avait aucun souvenir de tout ce qui avait précédé l'instant où il ouvrit les yeux. Quelques idées lui revenaient de ce passé lointain, mais elles avaient toutes l'horrible point commun d'être floues, comme s'il s'était agi d'un rêve que la mémoire ne veut pas garder.

Son Goku était son nom. Rester ici était sa punition. Il était l'auteur d'un crime impardonnable.

C'était la seule chose qu'il avait. Ces informations simples, sans profondeur, qu'il était condamné à revisiter en boucle afin d'espérer y trouver d'autres souvenirs. Depuis sa petite grotte derrière des barreaux de pierre, il regardait l'extérieur s'obscurcir puis s'éclaircir de nouveau, sans trouver le sommeil pendant quelques jours. Il ne trouvait pas les forces de bouger ou de se déplacer. Le seul sentiment qui le gouvernait était l'ennui. Il ne savait pas ce qu'il devait faire. Devait-il tenter de s'évader ? Devait-il pleurer et regretter le crime dont il n'avait aucun souvenir ? Que voulait-on de lui ?

Plus que ses muscles engourdis, sa véritable souffrance était son amnésie. Il ressentait un regret profond pour tout ce qu'il avait pu faire et qui avait amené à son emprisonnement, sans avoir le souvenir d'une erreur dont il pouvait tirer quelque chose. Il n'avait rien du tout au-delà de sa cellule, les chaînes qui emprisonnaient son corps au sol, et lui-même. Il ne savait pas quel crime il devait expier en restant ici. Et plus les jours passaient, plus ce fait nourrissait en lui une colère bouillante. Ceux qui l'avaient enfermé ici ne pouvaient-ils pas envoyer quelqu'un pour lui expliquer ce qu'il devait ruminer en étant ici ?

Le temps ne faisait qu'alourdir sa peine, creusant davantage le vide qu'il abritait. La seule chose à laquelle il pouvait penser était la raison de son emprisonnement. Il était incapable de quantifier les secondes, et pourtant il savait qu'avec chacune d'entre elles qui s'écoulait, sa haine envers sa condition grandissait. Il sentait bouillir en lui l'envie de réduire en charpie celui qui avait choisi une punition aussi sadique. Peu importe quel était le crime qu'il avait commis, il ne devait sans doute pas mériter d'ignorer ce qu'il avait fait.

Enfin, un matin, après avoir fait une courte sieste, sa rage explosa. Il se leva brusquement, et serra aussi fort qu'il le put sur la chaîne qui entourait son cou. Il se débattit nerveusement, canalisant toute son énergie dans ses poings et son buste, se remuant avec toute la force qu'il avait afin de défaire ses liens. Il essaya de mordre la chaîne de métal, mais s'arrêta aussitôt qu'il comprit que le métal aurait raison de ses dents avant qu'il ne puisse l'entailler. Puis il s'abaissa au sol, plaqua son lien contre la terre, et s'efforça de l'y garder ainsi de sa main gauche. Dans son poing droit fermé, il enferma toute sa hargne, et le projeta contre le métal sans aucun succès. Il répéta l'opération jusqu'à ce qu'il soit entièrement inondé de sa sueur et de ses larmes, n'émettant que de faibles gémissements en guise de musique à son acharnement machinal. Il passa la journée entière à répéter ce manège, ne s'arrêtant que pour changer de bras ou de position. Malgré la fatigue qui lui montait aux yeux et la douleur qui lui arrachait les phalanges, il ne voulait pas s'arrêter.

C'était la seule chose qu'il avait à faire, de toute façon.

Lorsqu'il se réveilla, il n'avait pas le souvenir de s'être endormi. Il avait sans doute dû tomber de fatigue sans s'en rendre compte. Il se passa les mains sur le visage et en tira la peau afin de se remettre d'attaque pour reprendre son travail. Une fois debout, il se sentit étrangement léger.

La chaîne ne l'avait pas suivi en se relevant.

Il regarda plusieurs fois la chaîne qui traînait au sol et le petit bout restant qui pendait à son cou. Il toucha les deux pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Il caressa la cassure au niveau de la chaîne à son cou, puis la fit tomber sans le faire exprès du reste des chaînons. Dans tout cela, quelque chose le tracassait horriblement, au point où il n'arrivait pas à sourire ou être heureux que son travail ait porté ses fruits. Devait-il s'attaquer aux autres liens puis aux barreaux de la prison ? Qu'était-il censé faire ?

« Et maintenant ? »

Il regarda le trou qu'il avait creusé dans le sol en frappant la chaîne, puis porta son regard à ses poings couverts de sang. Les os de ses mains étaient probablement broyés par sa hargne ; du moins, la douleur qu'il ressentait le lui signifiait. Il devrait peut-être attendre d'être rétabli pour continuer, se dit-il.

Mais il savait très bien que ce n'était pas pour cela qu'il abandonnait son travail. Il n'avait tout simplement pas envie de continuer. Il n'avait pas réellement envie de sortir d'ici. L'idée de quitter sa prison le rendait triste à chaque fois qu'il y repensait. Comme s'il savait qu'au fond de lui, il ne devait pas. Il avait un pêché à expier, même s'il n'en connaissait pas les détails. Il en venait même à regretter d'avoir cassé la chaîne qui reliait son cou au sol.

En réalité, il ne savait pas quoi faire. Il avait envie qu'on lui dise ce qu'il devait faire, pour être sûr de ne plus commettre de crimes. Plus simplement, il voulait être pardonné pour tout ce qu'il avait fait, aussi bien le pêché qui avait causé son emprisonnement que sa destruction de l'une des chaînes. Mais peut-être que s'il tentait de s'échapper, quelqu'un viendrait l'enfermer à nouveau, et il pourrait être sûr de comment il devait agir. Ou bien cela aggraverait la situation. Personne ne viendrait le retrouver, et il se retrouverait seul pour l'éternité, à errer dans l'inconnu. Malgré le malheur qu'elle lui infligeait, sa cellule avait au moins l'avantage de lui apporter un certain confort, un sentiment de sécurité. S'il ne pouvait demander de l'aide à rien ni personne, cela voulait aussi dire que rien ni personne ne pouvait venir lui faire du mal.

Mais de même, personne ne pouvait venir lui accorder son pardon.

Au fond, c'était la seule chose qu'il désirait. De tout son être, il regrettait profondément la faute qu'il avait commise.

Il se leva et agrippa les barreaux de sa cage. Il les serra avec autant de force qu'il pouvait passer en ses mains meurtries, puis se mit à sangloter nerveusement. Il se sentait incroyablement anxieux et mal à l'aise. Une migraine lui grignotait le crâne, s'intensifiant petit à petit.

« Pardon. »

Un cri déchira le paysage paisible qu'il avait sous les yeux. Pendant son hurlement, il ne put pas entendre les oiseaux qui s'étaient envolés à cause du bruit, ni la grosse vague qui se préparait à s'éclater sur la plage. La seule chose qu'il entendait, c'était le son de sa voix, qui se déchirait au fur et à mesure qu'il prolongeait les voyelles de son mot, avec l'espoir vain que quelqu'un lui réponde.

Lorsqu'il s'arrêta enfin, il avait l'impression d'entendre un sifflement strident bourdonner dans le creux de ses oreilles. Il se concentra longuement, espérant entendre une réponse. Mais il n'y avait personne.

Il s'écroula au sol de fatigue, pris d'un vertige qui frappa sans prévenir. Et en ce court instant, il comprit quel était sa punition.

Le crime qu'il avait commis ne pouvait être pardonné.