Chapitre 1 : La vie n'est pas un conte de Fées !

.

.

Regina n'en pouvait plus de ce « Pays Imaginaire ». Qui avait pu imaginer un tel endroit ? Trop humide, trop chaud, envahi d'insectes en tout genre, la Reine ne supportait plus de devoir dormir à même le sol, sans parler des animaux sauvages qu'ils croisaient… Regina n'était pas dans son élément depuis leur arrivée. Elle n'avait même pas eu le temps de se changer et ses pieds commençaient sérieusement à être douloureux à force de marcher dans cette jungle sans chaussures adaptées. Pour se réconforter, la Méchante Reine imaginait mettre la main sur ce sale gamin de Peter Pan pour lui arracher le cœur et le piétiner jusqu'à ce que mort s'en suive. Il avait osé lui enlever son fils et méritait de ce fait les pires châtiments, notamment pour l'avoir obligée à porter les mêmes vêtements depuis tant de jours sans pouvoir se laver convenablement.

La nuit était tombée sur le Pays Imaginaire et comme chaque soir, David et Crochet s'étaient occupés de chasser pendant que Blanche gardait le camp avec sa fille. Regina ne supportait pas les Charmant ni même le Capitaine, Gold ou Neil mais cette « collaboration » contre son gré était nécessaire pour sauver Henry. Pendant qu'Emma et Blanche discutaient près du feu qu'elle avait allumé parce qu'elle était la seule à faire de la magie, Gold étant sommé par son fils de ne plus en faire – la Reine s'était éloignée du campement pour récupérer du bois et trouver un peu de calme. Elle se demandait parfois si elle ne parviendrait pas à retrouver son fils plus rapidement que la plupart d'entre eux si elle le cherchait seule ou à la limite avec Emma Swan.

— Regina ? entendit-elle derrière elle.

Elle se tourna et vit la blonde approcher, repoussant à coups de sabre les feuilles de palmier sur son passage.

Des branches mortes dans les bras, Regina garda ses yeux baissés vers le sol afin d'en ramasser d'autres.

— Miss Swan… Vous venez m'aider ? Parce que je commence à être fatiguée d'être relayée aux corvées de ramassage sur cette île maudite ! J'ai des talents qui seraient bien plus utiles à chacun d'entre nous si on me laissait davantage de liberté !

Une fois de plus, Regina râlait et exprimait son mécontentement palpable. Emma finit par en sourire légèrement, habituée à ses commentaires après autant de jours à la côtoyer. Et comment l'en blâmer ? Regina faisait preuve de tempérance et de collaboration depuis qu'ils s'étaient réunis pour sauver Henry. Emma ne pouvait donc lui reprocher de se plaindre. Elle s'approcha et répondit :

— Si on vous laissait libre de faire ce que vous vouliez, tout le monde serait mort à l'heure qu'il est…

Regina approcha et tendit à Emma les branches devenues trop lourdes à porter.

— Pas tout le monde, rassurez-vous, répondit-elle. Je vous épargnerais uniquement parce qu'Henry me le demanderait.

Emma leva les sourcils en constatant qu'en plus, Regina la prenait pour un porteur.

— Vous m'en voyez rassurée tout à coup…

— Je plaisante Miss Swan…

— Je le sais, Regina. J'ai fini par discerner le vrai du faux avec vous.

Regina pinça un très léger sourire, réaction inhabituelle de sa part depuis la disparition d'Henry. Elle fouilla parmi les branchages tandis qu'Emma la suivait.

— C'est tant mieux, répondit Regina, ça nous évitera de longues explications quand je vous ferai part de mes avis sur certaines choses que je n'apprécie pas depuis que nous sommes arrivés.

Emma plissa les yeux sur cette longue remarque. Elle observa Regina, affairée au ramassage de feuillages pour le feu. Après quelques réflexions, elle pensa comprendre cette petite allusion et demanda :

— Ca vous a pas plu, pas vrai ? Ce qui s'est passé entre Crochet et moi, ça vous reste en travers de la gorge… Fallait le dire que vous étiez capable d'attirance envers un être humain.

Regina se redressa, les sourcils froncés, le regard accusateur sur Miss Swan. Elle revint vers elle et posa abruptement les branches dans ses bras.

— Vous n'êtes pas du tout mon genre.

Aussitôt, Emma se sentit embarrassée et rectifia sans tarder :

— Mais je… Je parlais pas de moi, là !

Regina leva les sourcils, prise par sa propre remarque.

— Et bien Crochet encore moins !

Cette fois, Emma resta muette, les yeux sur Regina. Jamais, elle n'aurait cru la Reine à ce point ouverte, capable d'envisager une attirance pour une autre femme. Son expression révélait toute sa confusion tandis qu'elle imaginait bien malgré elle, ce qu'aurait pu être une éventuelle relation avec elle… Elle se mit à rougir tel un phare, submergée par une vague de chaleur venue tout droit du creux de son ventre. Perdait-elle la raison pour penser à ce genre de chose ?! A force de passer trop de temps près de la Méchante Reine, elle finissait par se perdre dans ses pensées !

Emma toujours derrière elle, Regina continua sa quête de bois sec pour le feu. Seulement, quand sa main écarta les feuilles d'un buisson, elle tomba nez-à-nez avec un serpent comparable à un boa plus effrayant que dangereux. Dans un réflexe, elle sursauta, se tourna si apeurée vers Emma qu'elle en perdit l'équilibre et se retint à elle. Celle-ci venait de lâcher les branches pour empêcher Regina de tomber dans son élan de panique. Par manque de chance, son pied se prit dans une liane et toutes les deux chutèrent sur le sol, Regina tombant littéralement sur elle.

Celle-ci se redressa doucement en regardant Emma, incertaine et encore sous le coup de ses émotions après cette rencontre choquante.

— Merci…

Mais la Reine réalisa alors leur position particulière, leur visage à quelques centimètres l'un de l'autre en sentant les mains d'Emma Swan sur ses hanches.

Et bien sûr, Emma songea à nouveau à ses réflexions quelques minutes plus tôt, cette attirance éventuelle dont Regina avait parlé. Dans cette position, sous son corps, elle se sentit démunie et beaucoup moins certaine. Pourquoi la détaillait-elle avec autant d'insistance d'ailleurs ? Pourquoi était-elle en train de réaliser à quel point Regina était belle ?… Dans une envie aussi soudaine qu'inattendue, elle redressa le visage et l'embrassa. Ses lèvres sur les siennes découvrirent alors des saveurs douces et exaltantes à la fois. Et plus elle les goûtait, plus elle en voulait… Ce baiser fut chaud, à peine humide et très excitant mais Regina se recula et le rompit après avoir réalisé qu'elle venait de répondre à la Sauveuse. Son regard accusateur devint alors confus car la Reine était consciente que ce baiser, provoqué par la Sauveuse, lui avait fait ressentir un soupçon de chaleur et de réconfort. Aussi court venait-il d'être, Regina l'avait apprécié à sa juste valeur malgré les conditions dans lesquelles Emma Swan venait de le lui donner.

Mais la Sauveuse prit conscience de ce qu'elle venait de provoquer avec Regina.

— C'est pas ce que vous croyez… tenta-t-elle.

Regina n'en était pas si sûre après la courte conversation qu'elles venaient d'avoir. Elle se reprit malgré tout et se redressa en s'époussetant un peu. Emma Swan venait de l'embrasser, se répétait-elle.

— Et si ce n'est pas ce que je crois, comment appelez-vous ce qu'il s'est passé quand les lèvres de Crochet ont touché les vôtres ?

Emma fronça les sourcils en la détaillant. Elle aussi venait de se relever et frottait ses mains l'une contre l'autre pour se débarrasser de la terre.

— C'était pour le remercier, répondit-elle. Là, c'était…

Elle n'était pas sûre de savoir ce que ce baiser signifiait. Mais elle avait embrassé Regina !

— C'était une… Une sorte de…

— D'expérience ? interrogea Regina.

Emma leva les sourcils et ramena ses mains contre ses reins pour réfléchir. Elle ne supportait pas de se retrouver ainsi, aussi embarrassée surtout devant Regina !

— De pulsion, précisa-t-elle. Après tous ces jours à marcher dans cette jungle… C'est cette île… Et Peter Pan… Et vous !

Sur cette dernière accusation, elle l'avait désignée d'un geste de la main et Regina venait de lever les sourcils sur ce reproche. La Reine vit Emma ramasser les branches et l'aida.

— Je préfèrerais encore que vous me disiez que je suis à votre goût plutôt que de trouver une excuse qui n'est pas valable.

Emma la vit déposer d'autres branches dans ses bras et la prendre à nouveau pour un porteur. Son regard ne la quittait plus et l'observait. De toute évidence, Regina ne semblait pas offusquée, ni dégoûtée bien au contraire. Elle n'en fut que plus confuse et incertaine…

— Justement… Ca fait des jours que vous vous baladez avec votre chemisier ouvert... Et vous me tombez littéralement dessus… Je m'étonne même que Crochet m'ait embrassée moi plutôt que vous…

Regina s'arrêta dans son élan et regarda le Shérif.

— Insinueriez-vous que je vous allume Miss Swan ?

Emma leva les sourcils et prit une seconde d'hésitation.

— Je suis pas en pierre !

Regina plissa les yeux en voyant l'air plus arrogant d'Emma qui la regardait de haut pour appuyer ce dernier propos. Elle finit par sourire sur les arguments très valables du Shérif.

— Je trouvais aussi étonnant qu'une jeune femme comme vous, et ne le prenez pas mal, aux allures guerrières, puisse s'intéresser à des hommes comme Crochet ou Neil. Avouez que vous n'allez pas du tout ni avec l'un, ni avec l'autre.

Emma gardait ses yeux sur Regina et se demandait finalement ce qu'elle avait pensé de ce baiser. Dans un sens, elle se rassurait de constater que la Reine n'en tenait pas rigueur et ne montait pas sur ses grands chevaux pour la traiter de tous les noms.

— Vous êtes en train de me dire que j'ai des airs de garçon manqué, là ?

Regina constata qu'elle venait de vexer le Shérif et en sourit, amusée.

— Admettez que vous n'êtes pas un modèle de féminité avec votre… Tenue et votre épée dans le dos.

Emma tut un grognement de mécontentement sur ces commentaires censés la décrire. Regina la constata tendue et reprit en lui tendant un autre paquet de branches.

— Je plaisante, Miss Swan. Inutile de me faire votre regard accusateur.

— Non, vous plaisantez pas, là et je le sais… Mais je m'en fous, allez-y… Traitez-moi de ce que vous voulez, en attendant, je fais attention à ne rien suggérer, moi…

L'expression de Regina ne fut nullement offusquée.

— La suggestion n'existe que pour celui qui regarde.

Emma leva les sourcils sur cette nouvelle expression sortie de nulle part.

— Vous êtes tombée sur moi !

Et Regina répondit tout naturellement.

— Vous m'avez embrassée !

Emma bougonna sur ce dernier rappel. Mais elle avait beau se répéter qu'elle avait embrassé Regina, elle ne parvenait pas à le regretter.

— Et vous vous êtes laissée faire…

Regina marcha vers la lisière du bois et écarta les branches en se tournant vers Emma :

— Il faut croire que j'ai aimé…

Cette fois, Emma se retrouva encore muette sur cette dernière annonce. Regina l'allumait encore ! Elles rejoignirent le campement où se trouvaient les autres et Emma déposa les branches près du feu, l'air mécontent.

Crochet, David et Neil étaient revenus et un lapin était en train de cuire au-dessus du feu. Le Capitaine les regarda s'installer et demanda à Emma :

— Tout va bien ?

Mais ce fut Regina qui répondit en essayant de rendre plus confortable le tronc où elle devait s'asseoir.

— Comment voulez-vous que ça aille ? Ça va faire six nuits que je ne dors pas dans un vrai lit.

— Avec un peu de chance, ce sera la dernière au Pays Imaginaire, dit Gold. Le camp de Pan n'est plus très loin.

Emma ne disait rien et ruminait sa brève conversation avec Regina. Celle-ci avait eu le mérite de la sortir un peu de ses pensées incessantes au sujet de leur fils. Pour une fois, ses inquiétudes laissaient place à des questions sur ce baiser qu'elle avait donné à la Reine. David et Neil se chargèrent de préparer le gibier pour que tout le monde puisse manger. Une part de viande dans la main, Emma vit Crochet s'asseoir près d'elle et le prévint tout de suite :

— C'est pas le moment de me tourner autour, Crochet.

Le pirate esquissa un petit sourire, peu étonné par l'accueil chaleureux de la Sauveuse.

— Je m'assois, je ne traîne pas.

Regina l'avait vu faire du coin de l'œil tandis que les Charmant discutaient dans leur coin tout comme Baelfire et son père. Elle lança à l'attention du Capitaine :

— Vous n'êtes pas son style, Crochet. Il me semblait pourtant vous l'avoir déjà dit.

Sur cette remarque, Emma fronça les sourcils et tourna des yeux accusateurs vers la Reine. De quoi se mêlait-elle ? Comptait-elle aussi annoncer à tous qu'elle l'avait embrassée ?!

— On vous a jamais appris à pas écouter les conversations des autres ? lui demanda-t-elle.

Regina ne prêta pas d'attention à cette remarque et continua de manger en évitant de se salir.

— Je suis la Méchante Reine, Miss Swan. Je peux donc me permettre un tas de choses que d'autres ne peuvent pas.

Emma n'avait aucun besoin de dessin pour deviner toutes ces choses dont Regina parlait. Mais pour le baiser, c'était elle qui s'était permise et non pas la Reine ! Elle lui lança un regard mauvais et fier avant de le reporter sur son morceau de lapin. Crochet reprit à son attention :

— Je connais une cascade non loin d'ici. L'eau y est chaude… Nous pourrions aller prendre un bain ?

Emma le fixa du coin de l'œil et esquissa un petit sourire en songeant à la suite de cette proposition. Plus bas, elle répondit :

— Et plus si affinité, c'est ça ?

Regina se leva et prit les devants.

— Merci pour cette précieuse information, j'avais justement besoin de prendre un bain. Miss Swan ? Vous m'accompagnez ?

Emma lui fit les gros yeux pour lui indiquer qu'elles n'étaient pas seules et que tous pouvaient donc entendre ! Regina continuait de l'allumer et bien sûr, les effets se faisaient ressentir. Emma hésita pourtant, parce qu'au fond, quelque chose lui hurlait d'accepter… Bon sang, que lui arrivait-il ? Qu'est-ce que cette île était-elle en train de faire avec elle ?

— Ok, répondit-elle en se levant.

Le Capitaine se leva, tout sourire :

— Puis-je vous escorter mesdames ? Je veillerai à ce qu'il ne vous arrive rien durant votre bain…

Regina le regarda et répondit :

— Je ne pense pas que David et Blanche apprécient que vous reluquiez leur fille.

Crochet fut moins enthousiaste sur cette judicieuse remarque. David le regardait déjà d'un œil méfiant après avoir partagé un baiser avec Emma.

— Bien… Dans ce cas, je vous laisse et je veillerai à ce que Neil ne s'approche pas de la cascade.

Emma secoua la tête sur cette annonce de la part du Pirate. Elle suivit la Reine jusqu'à cette cascade dont Crochet venait de parler et l'accusa une fois loin du camp :

— Vous auriez dû carrément leur dire que vous étiez tombée sur moi et qu'on s'était embrassé…

Regina lui lança un coup d'œil, le sourire aux lèvres mais prenant soin de ne pas se prendre le talon dans une branche. Elle laissa Emma ouvrir la marche puisque celle-ci était équipée du sabre et coupait les feuilles encombrantes sur leur passage.

— Vous avez l'esprit mal placé. Il n'y a aucun mal à ce que deux femmes prennent leur bain ensemble. Annoncez donc à vos parents que vous partez vous baigner avec le Capitaine, vous verrez leur réaction.

Emma n'en avait aucun doute… David refuserait tout net de la savoir en compagnie de Crochet dans ce lac. Mais elle ne pouvait faire autrement que d'imaginer des choses dans ce même lac en compagnie de Regina. Sûrement parce que celle-ci ne cessait de flirter avec elle… Elles arrivèrent au pied de la cascade qui se jetait dans un petit lac. L'eau y était claire et une fumée planait au-dessus de la surface, indiquant une température sûrement élevée. Emma s'accroupit et y plongea la main pour confirmer ses doutes.

— L'eau est chaude…

— Quand bien même aurait-elle été froide, dit Regina, nous aurions pu la réchauffer sans mal.

En voyant le regard accusateur d'Emma la fusiller, elle précisa :

— Avec la magie Miss Swan. Ce que vous avez l'esprit mal placé, ajouta-t-elle en défaisant le bouton de sa veste bleue.

Emma se redressa, fulminant contre la Reine qui ne cessait de la provoquer sans arrêt. Elle ôta son débardeur après avoir enlevé l'épée dans son dos puis ses bottes et son jeans. Un bain était décidément une très bonne idée. Ainsi, son corps pourrait peut-être se laver un peu de ces derniers jours de marche et de chasse aux garçons perdus. Elle plongea sans hésiter et refit surface tandis que la Reine en était encore aux boutons de son chemisier.

— Vous avez peur de froisser vos beaux vêtements ?

Regina prenait surtout soin de ne pas les laisser n'importe où à la portée d'insectes en tout genre. Elle posa sa veste sur une feuille de palmier, puis son chemisier et son pantalon avant de se tourner vers Emma.

— Ce ne sont plus que de vulgaires morceaux de tissu tant cette île les a abimés.

Elle glissa sa main dans son dos et dégrafa son soutien-gorge sans la moindre gêne avant de le poser avec les autres vêtements.

— Oh bordel, bredouilla Emma qui détourna les yeux.

Parce que la Sauveuse venait d'être victime d'une violente bouffée de chaleur. Jamais, elle n'aurait pu s'attendre à ce que la Reine se déshabille à ce point.

Regina avait entendu ce murmure spontané de la part de la Sauveuse et esquissa un sourire tandis qu'elle enlevait sa culotte de dentelle.

— Miss Swan, je ne vous pensais pas si pudique.

Mais Emma ouvrit davantage les yeux en la voyant tout enlever. Son regard tourné vers l'opposé, elle répliqua d'un ton défensif :

— On n'avait pas parlé d'un bain de minuit, Regina !

— Il n'est pas minuit, répondit la Reine en se glissant enfin dans l'eau. Mais vous devriez essayer, c'est nettement plus confortable de se baigner nue que de sentir vos vêtements vous coller à la peau.

Certes, mais maintenant, Emma n'osait plus poser ses yeux sur la Reine au risque de se faire surprendre ! Parce que bien sûr, comme le disait Regina, son esprit était mal placé et ne songeait plus qu'à renouveler un baiser, voire plus si affinité comme elle avait rétorqué à Crochet.

Regina s'approcha d'elle et la contourna.

— Vous savez que c'est très impoli de tourner le dos à son interlocuteur quand celui-ci vous parle ?

— Vous savez que ça se fait pas de se déshabiller sans prévenir ?

Regina s'amusait finalement de voir la gêne d'Emma Swan qui n'osait plus la regarder.

— Je vous pensais moins farouche que cela. Vous m'avez embrassée et vous n'osez même pas me regarder parce que je suis nue. Auriez-vous peur du grand méchant loup ?

Emma esquissa un sourire nerveux sur cette question.

— De la Méchante Reine, vous voulez dire ? Non, j'ai pas peur de vous… Mais vous arrêtez pas de m'allumer depuis tout à l'heure, comment vous voulez que je réagisse ?

Regina était décidément charmée. Elle préférait de loin ce petit jeu de séduction/accusation avec Miss Swan que leurs perpétuels conflits.

— Vous aviez raison tout à l'heure. Ce baiser entre vous et Crochet m'est resté en travers de la gorge. En réalité j'ai toujours pensé qu'au-delà de nos petits différends il y avait autre chose de plus… Comment dire… Ambigu.

Emma avait finalement tourné les yeux sur Regina pour assimiler ses paroles qu'elle admettait véridiques. Elle ne nierait pas l'ambiguïté de leur relation depuis plus d'une année, depuis son arrivée à Storybrooke. Henry avait tellement œuvré pour les rapprocher qu'elles avaient nourri un lien étrange comme s'il s'était débrouillé pour faire d'eux trois, une famille recomposée.

— Alors vous vous dites qu'en vous baignant complètement nue, l'ambiguïté sera définitivement dépassée…

— Non, répondit Regina. J'aime simplement me baigner nue… Bien que le plaisir de vous voir rougir est aussi délectable !

Emma secoua la tête sur cette nouvelle provocation et lui envoya un peu d'eau en répondant :

— Je rougis pas…

La Reine ricana sur cette « attaque » plus enfantine.

— Oh si vous rougissez. Vous avez rougi dès l'instant où je vous ai dit que vous n'étiez pas mon genre.

Emma constatait à quel point Regina était observatrice :

— D'ailleurs, c'est quoi votre genre ? demanda-t-elle, curieuse.

Regina eut un petit sourire malicieux :

— Je mentais quand je vous ai dit ça Miss Swan.

Emma soupira sur cette réponse. Regina jouait avec ses nerfs et ses faiblesses. Pourquoi devait-elle en avoir d'ailleurs ? Pourquoi se sentait-elle si vulnérable devant elle ? Elle ne devrait même pas se sentir échauffée à chacune de ses provocations. Avant qu'elle ne réponde, elles furent interrompues par l'arrivée de Blanche-Neige qui les interpella :

— La fée Clochette est arrivée et on doit aller à la grotte tout de suite.

Sur cette annonce, les deux jeunes femmes se focalisèrent sur le but premier de leur venue sur cette île.

— On arrive, répondit Emma qui revenait vers la rive.

— On vous attend, fit Blanche avant de s'éloigner.

Emma sortit de l'eau. Le moment des plaisanteries et du flirt était terminé. Elles devaient retrouver Henry rapidement avant que Peter Pan ne s'en prenne à lui.

.

.

— Gold, Baelfire et Clochette sont partis devant, annonça David tandis qu'Emma et Regina revenaient.

— Dans ce cas, il n'y a pas une seconde à perdre pour les rejoindre, dit Emma.

— Je vous montre le chemin, fit Crochet. Suivez-moi…

Tous armés d'épée, d'arc ou de sabre, ils suivirent le Capitaine qui semblait parfaitement connaître le chemin vers cette grotte.

— C'est à une vingtaine de minutes de marche, annonça Crochet.

Regina était derrière lui ainsi que David. Derrière eux, Blanche marchait à la hauteur de sa fille et expliqua :

— Quand nous aurons sauvé Henry et que nous serons de retour chez nous, fais-moi penser à remercier Regina pour son aide. Je sais que je n'ai pas été très conviviale avec elle ces derniers jours et je suis aussi consciente qu'on lui doit beaucoup.

— Je l'ai embrassée, annonça Emma, les sourcils froncés et le regard devant elle.

Mary-Margaret fut incertaine de ces paroles et plus précisément, de cet aveu. Emma parlait-elle encore du Capitaine ?

— Tu parles de Crochet ?

— De Regina, corrigea Emma. Je ne sais pas ce qui m'a pris… C'est arrivé comme ça !

Blanche-Neige n'était ni stupéfaite, ni outrée mais perplexe.

— Je pensais que tu la détestais, commenta-t-elle.

— Je le pensais aussi, fit Emma.

Un silence suivit les dernières paroles de la Sauveuse. Blanche n'osait rien dire parce qu'elle ne savait comment réagir, ni quel type de questions lui poser sans lui donner l'impression de la mettre sous pression.

— Et… Est-ce que Regina a mal réagi ?

— Non, répondit Emma. On peut pas dire ça comme ça… Je dirais plutôt qu'elle a… Répondu.

Blanche la regarda avec plus de surprise :

— Tu veux dire qu'elle a… Répondu à ton baiser ?

Emma lui lança un regard, peu étonnée de lire autant de surprise sur les traits de Blanche.

— Ouais, répondit-elle. Je crois même qu'elle m'allume…

Cette fois, Blanche-Neige était sans voix. Elle n'aurait pu imaginer que la Méchante Reine flirte avec sa fille et l'embrasse. Il se passait décidément des choses étranges depuis leur arrivée sur cette île. Crochet s'arrêta à la lisière de la forêt où elles le rejoignirent pour voir la grotte.

— C'est ici. On devrait trouver une barque sur la plage pour gagner l'autre rive.

Blanche-Neige préféra chasser cette discussion étrange de son esprit pour mieux se focaliser sur son petit-fils. Ils descendirent la falaise jusqu'à la petite plage où effectivement se trouvait une barque, telle que Crochet l'avait indiqué. Ils montèrent à bord et David saisit les rames pour aussitôt lancer la barque vers cet îlot étrange de roches en forme de crâne.

Après quelques minutes, ils arrivèrent sur l'autre rive et Regina constata la main tendue d'Emma qui l'aida à quitter la barque instable. La Reine ne put s'empêcher un léger sourire sur cet élan de galanterie et Emma la coupa avant même qu'elle ne la taquine :

— Pas de commentaire…

— Ce n'était pas dans mon intention.

Le regard plus déterminé, les deux mères suivirent Blanche, David et Crochet jusqu'à l'intérieur de la grotte. Clochette expliqua sans attendre :

— Neil et Rumple sont montés, ils m'ont dit de les attendre ici.

Mais Emma n'allait pas attendre. Sa paume fermée autour du manche de son épée, elle marcha aussitôt vers les escaliers de pierre qui montaient à travers un couloir obscur. Suivie de Regina, elle gravit les marches dans un pas déterminé jusqu'à atteindre le dernier étage. En haut, se trouvait un grand sablier entouré de crânes décoratifs en bronze.

— Non !

Neil venait de crier après Henry pour l'arrêter avant qu'il ne poursuive dans son geste. Emma fut horrifiée en le voyant tenir son propre cœur dans sa paume. Près de lui, Peter Pan insistait sur l'importance d'être un héros et de ramener la magie au Pays Imaginaire.

— Tu dois le faire, poursuivit Peter Pan, le regard rivé sur Henry. N'écoute pas tes parents. Tout ce qu'ils savent faire c'est mentir. C'est ce que font tous les adultes.

Regina s'était figée, autant qu'Emma.

— Henry ! l'interpella-t-elle. Regarde-nous mon chéri… Henry !

Le jeune homme venait de voir arriver ses deux mères mais ne savait plus quoi décider. Peter Pan lui avait rappelé que tous les héros devaient faire des sacrifices pour sauver ceux qu'ils aimaient.

Le poing serré autour du manche de son épée, Emma bouillonnait et tentait de calmer sa colère à l'encontre de Peter Pan.

— Henry ! l'appela-t-elle pour le détourner de Peter Pan. Il te ment ! Si tu lui donnes ton cœur, ça ne ramènera pas la magie, ça ne fera que le rendre plus puissant, c'est tout…

Henry regardait ses mères, puis Peter Pan, incertain, le cœur battant dans sa main. Peter Pan le fixait avec une telle assurance dans les yeux qu'il ne savait plus qui croire.

— Je ne t'ai jamais laissé tomber, insista Peter Pan. Je ne t'ai jamais menti contrairement à eux, Henry.

— Je sais, fit Henry…

Regina et Emma virent Henry enfoncer son propre cœur dans la poitrine de Pan et leurs fils s'effondrer sur le sol la seconde suivante. Toutes les deux se figèrent d'horreur. Pan s'envola et Neil fut le premier à se précipiter sur le corps inerte d'Henry. Emma suivit à son tour tandis que Regina ne bougeait plus, pétrifiée, le regard sur cette scène qu'elle n'aurait pu imaginer même dans ses pires cauchemars. Elle n'entendait pas les cris de Neil, ni ceux d'Emma. Le temps semblait s'arrêter, tout comme son monde et tout ce pour quoi elle s'était battue jusqu'à maintenant. Seuls quelques mots prononcés par Emma lui parvinrent au loin, comme un écho assassin :

— Il est… Il est mort…

.

.