Voici un petit recueil qui sera en quatre parties sur la relation entre Anna et Elsa. Voilà depuis une semaine que cette relation et ses héroïnes accaparent mes pensées. Alors après avoir d'abord voulu faire un OS, j'ai finalement décidé d'en faire un recueil où chaque partie alternera sur le point de vue d'une des sœurs.

Pour cette première partie je vous conseille de vous écouter : Je voudrais un bonhomme de neige ou Do you wanna build a snowman ? de la soundtrack du film.

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Sœurs

Anna


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Combien de fois sa voix avait-elle pépié sur le pas de la porte ? Combien de fois avait-elle laissé sa menotte glisser sur le bois, toquant le code secret pour annoncer sa présence à sa sœur ? Combien de fois lui avait-elle demandé de construire avec elle un bonhomme de neige ?

Joyeuse. Joueuse. Curieuse. Inquiète. Suppliante. Triste.

Sa voix était passée par tous les tons possibles et inimaginables mais la porte était toujours restée résolument close.

—Elsa ! Je voudrais un bonhomme de neige !

Elle se demandait parfois pourquoi elle venait toujours lui demander d'entreprendre la construction d'un bonhomme de neige alors que les bourgeons éclataient sur les branches en une myriade de couleurs, ou que le soleil éclairait les paysages verdoyant fleurissant autour du fjord Et pourtant ses lèvres lâchaient toujours cette harmonie syllabique en écho à de doux souvenirs sororaux dans la poudreuse. C'était devenu un code pour dire : Viens jouer avec moi Elsa !

Mais la porte était toujours demeurée résolument close aux supplications d'Anna.

—Va-t'en Anna…Laisse-moi…Tu es bruyante.

Elle savait bien que quelque chose s'était brisé entre elles mais elle ne comprenait pas. Elle voulait savoir pourquoi et à quel moment le lien qui les unissait s'était tranché. Elle dépensait son énergie à toquer et supplier devant la porte parce qu'elle voulait comprendre et recoller les morceaux.

Ses pieds tapaient avec force les lattes des parquets ou les dalles de marbre du palais, elle dispersait ses jouets dans les couloirs et les pièces en tentant d'entraîner sa sœur dans ses jeux et l'insouciance de son monde. Mais le claquement sec de la porte nimbé d'une peinture blanche, piquetée d'arabesques parme, était la seule réponse qu'elle recevait.

La porte était toujours demeurée close.

Elle avait besoin d'Elsa. Elle avait besoin de sa grande sœur. Où était Elsa quand elle courrait dans les méandres du château sans la moindre compagnie ? Où était Elsa quand elle faisait un cauchemar et qu'elle ne pouvait plus se réfugier dans son lit, maintenant qu'elles n'étaient plus dans la même chambre ? Où était Elsa quand elle voulait simplement parler, rire, jouer ou même se disputer ?

Où était sa sœur ?

Elle toquait à la porte pour avoir sa grande sœur près d'elle…mais la porte était toujours restée résolument close.

—Je voudrais un bonhomme de neige !

Elle voyait bien qu'Elsa souffrait. Elle était certes maladroite et gauche, cassant des objets ou lâchant des paroles dans une spontanéité qu'elle tentait ensuite de rattraper dans un imbroglio d'excuses, mais la souffrance de sa sœur n'échappait pas Anna. Elle pouvait lire dans ses yeux d'un bleu glacé les angoisses et la solitude qui rongeaient son cœur. Elle remarquait que quelque chose clochait dans ses gestes mesurés, ses postures droites, ses coiffures strictes, ce rôle de princesse parfaite qu'elle se donnait.

Où était la grande sœur souriante, malicieuse et protectrice envers elle ?

Elle avait tenté de comprendre en demandant à ses parents ce qui n'allait pas chez Elsa, mais les explications nébuleuses de la reine Iris ou du roi Ruben n'avaient réussi qu'à faire prendre conscience à Anna d'une seule chose : sa sœur n'était plus la même. Et elle était exclue de ce bouleversement dans la vie d'Elsa.

Toc ! Toc ! Toc !

Elle toquait à la porte parce qu'elle voulait un bonhomme de neige mais surtout pour percer la carapace de glace de sa sœur et tenter de chasser les peines de cette dernière.

C'était bien à cela que servaient les sœurs ? A jouer, partager et s'aider ! Alors pourquoi Elsa fermait sa porte au nez d'Anna ? Pourquoi papa et maman pouvaient en dépasser le seuil alors qu'Anna était exclue de la chambre ?

Pourquoi Elsa ?

Allez, ouvre la porte ! Viens s'il te plait ! Regarde ce soleil, ces fleurs, cette neige…allez viens jouer avec moi Elsa. Dis-moi ce que tu as ? Ne reste pas seule…ne me laisse pas toute seule.

Tout ce que voulait dire un simple toc à la porte et un « je voudrais un bonhomme de neige » joyeux.

Mais la porte était toujours résolument demeurée close.

Alors elle avait caché sa solitude et son incompréhension derrière sa joie et ses jeux. Petite fille ou adolescente courant dans les couloirs bruyamment. Les tresses en bataille et les jupons déchirés par ses incessantes escapades et ses chutes. Elle glissait sur les rampes des escaliers, explorait les recoins des greniers poussiéreux, faisait des cabanes dans le fond des jardins, piquait des friandises dans les cuisines, parlait avec les tableaux ou le vent pour combler son cœur rongé par l'absence de sa sœur.

Elle imitait les horloges comme pour remonter le temps, dansait avec des fantômes dans la salle de bal vide de tous invités depuis des années, riait fort pour étouffer le chagrin qui oppressait son cœur, rêvait du monde pour fuir l'atmosphère étouffante du palais.

Boule d'énergie chaleureuse contrairement à la réserve glacée d'Elsa. Elles étaient si différentes mais il aurait suffi de l'entrebâillement d'une porte pour qu'elles pansent ensemble les blessures de la solitude qui marquaient leur cœur.

Mais la porte était toujours restée résolument close.

Au fil des années les tocs et les tentatives pour renouer les liens brisés étaient devenus de plus en plus fugace. Elle se contentait de glisser, de courir, de marcher, de passer, d'hésiter, de regarder, de souffrir en silence devant cette porte toujours close. Parfois elle serrait les poings, grinçait des dents et mourrait d'envie d'aller défoncer la porte et hurler à sa sœur ainée toute sa colère et son chagrin devant ce mutisme.

Ne voyait-elle donc pas qu'elle souffrait aussi ? Croyait-elle que cela ne lui faisait rien d'être ainsi rejetée, exclue et dédaignée par sa grande sœur ? Pensait-elle qu'elle ne comprendrait pas les raisons de cette fuite ?

Elle ne comprenait pas. Elle ne voulait plus de bonhomme de neige. Elle voulait juste entendre le son de la voix de sa sœur, voir Elsa, échanger un regard. Elle voulait sa sœur.

Mais la porte était toujours restée close à ce souhait muet.

Alors Anna repartait dans un sourire rejoindre sa mère ou son père, jouer dans la grande salle des tableaux pour chasser les démons de la solitude, coller le nez contre la vitre pour rêver de ce jour où elle fuirait la pression étouffante de cette famille dont les rouages fragiles blessaient son cœur et celui de sa sœur.

Puis il y avait eu ce douloureux jour d'été. Ce jour où elle était venue frapper à la porte de sa sœur pour la supplier dans une ultime tentative de sortir de son antre. Ce jour où elles étaient devenues orphelines.

Elle avait toqué à la porte, la voix enrouée et les yeux embués de larmes. Et en ce jour où elle avait eu besoin de la présence de sa sœur, de cet unique repère alors que son monde s'écroulait, de paroles rassurantes ou d'une étreinte pour chasser le chagrin qui oppressait leur cœur…Elle n'avait vu que les oiseaux virevolter dans les arbres à travers les fenêtres du long couloir. Elle n'avait senti que le bois de la porte contre son dos. Elle n'avait entendu que le silence.

Les larmes avaient roulé sur son visage alors que ses lèvres retenaient les sanglots qui se cognaient contre ses dents.

Ce jour-là quelque chose s'était définitivement brisée.

Ce fut la dernière fois qu'elle lui demanda un bonhomme de neige.

Elle aimait toujours Elsa…mais elle était fatiguée d'espérer et d'attendre.

Anna ne toqua plus à la porte.


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La reine s'appelait au début Gerda, en clin d'oeil au conte d'Andersen, mais comme il se trouve qu'une domestique dans le film s'appelle déjà Gerda et que ça m'a donné des idées de fics, j'ai choisi d'appeler la mère d'Elsa et Anna Iris (aussi en clin d'oeil à la théorie comme quoi la mère de Rapunzel (que certains appellent Primrose sur internet) serait la soeur de cette dernière). La prochaine partie se concentrerait sur le point de vue d'Elsa durant cette période de leur existence.

Je préviens d'avance que les parties de ce recueil seront postées de manière aléatoire, il n'y a donc pas de date précise pour la parution du prochain OS. Toutefois n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez et si jamais cette partie mérite que je lui donne une suite :D

Merci de m'avoir lu !